La revanche du goumier (1) par K.Hadjoudja-

Publié le par LAGHOUATI

La revanche du goumier (1) par K.Hadjoudja-

La revanche  du  goumier 

   1ere  partie

 

 

Année scolaire 1960.1961. j’étais en classe de C.M.1ere année à l’école de garçons du schettet.(aujourd hui Larbi Tebessi).

 

A cette époque, la grande majorité de notre communauté d’ « indigènes de la république », vivions dans un dénuement extrême. Nombre d’écoliers étaient dans un état lamentable. Vêtus de loques, pieds nus, avec des poux, souvent les yeux pleins de pus ; conséquence du trachome qui sévissait a l’état endémique…

Très rares, ceux qui étaient relativement présentables, et qui avaient de quoi acheter des articles scolaires.

Pourtant ! Malgré les affres de la mistoufle qui s’étalaient  quotidiennement devant elle, notre précédente institutrice, en classe de C.E..2ème année (cours élémentaire). Année scolaire : 1959.1960 ; Mme Carsenac, n’avait pas hésité à déclarer, en notre présence, à Mr. Célébran, alors directeur de l’établissement : « dans toute ma carrière d’institutrice, je n’ai jamais rencontré d’élèves aussi volontaires et studieux ! »

Elle était parfaite dans ses manières, elle a su garder la cordialité de la voix, le pétillement du regard, la bonté du sourire, et tous les signes de la jeunesse. C’est pourquoi nous lui vouâmes beaucoup d’admiration et de respect.

Par contre, à Aflou, comble du paradoxe, en classe de  C.E.1ere année (année scolaire : 1958.1959), notre institutrice, Mme B., était l’antithèse de Mme Carsenac.

Elle n’était ni très jolie, ni très jeune. Elle affichait envers nous, une attitude ostentatoire de mépris ; qu’on lui rendait bien nous aussi, à notre manière.

Très violente, elle s’acharnait sur nous à l’aide de sa règle en bois dur, pour des fautes sans importance. Ses accès de rage étaient célèbres. Quand elle piquait sa crise, elle avait une manière propre à elle de redresser le nez, de se tourner vers nous et de lancer d’une voix volubile, fluette et stridente, devant trente gamins en silence et au garde à vous : (à ces moments, elle devenait sujette à un syndrome de  « confusion mentale »). « Ouvrez la bouche ! Tournez le nez à gauche ! Levez le pied droit ! Jetez les bras ! Sautez ! »

Comprenez :

« Ouvrez la porte ! Tournez la tête à gauche ! Avancez le pied droit ! Levez les bras (du pupitre) ! Sortez ! » 

C’était sa méthode à elle, pour nous faire dégager de nos pupitres,   et nous faire sortir dans la cour.

Ses cours se déroulaient toujours de la même manière. ça commençait calmement, puis un ou deux camarades font une remarque humoristique (du moins prétendue telle). C’est le signal. D’autres s’engouffraient dans la brèche, et ça dégénérait. Le bazar était Installé.

Mme B. déstabilisée, demandait en vain le silence.

Nous redoublâmes de rire en la voyant galérer. N’y tenant plus, elle sombrait corps et âme dans une colère noire, qui faisait vibrer porte et fenêtres…

Là, nous ne bougions plus. Terrorisés. A partir de cet instant, régnât un silence sidéral jusqu’ à la fin de l’heure.

Tentant désespérément de s’extraire du gouffre dans lequel elle s’était précipitée à la suite de son ire ; Mme B. se démenait  comme un beau diable pour essayer de nous ramener à de meilleurs sentiments, tantôt en proférant des menaces, tantôt en se montrant conciliante. Peine perdue. Nous avions tous perdu la parole jusqu’ a la sonnerie suivante.

Remarque : je prie mes amis(es) lecteurs (ces) de bien vouloir m’excuser d’avoir un peu dévié de l’objet du récit. J’ai tenu à effectuer cette comparaison entre deux enseignantes, pour montrer à nos jeunes éducateurs, qu’un enseignant qui cesse d’être spontané perd toute vertu.

Revenons maintenant, si vous voulez bien, à l’école du schettet, année scolaire : 1960.1961.

Hélas ! Pour comble de malchance, cette année là s’annonça pour nous sous de mauvais auspices.

Mr. G. le nouvel instituteur, faisait partie, lui, de cette catégorie d’enseignants nuisibles et malfaisants ; par toute la haine et la violence qui émanaient de leurs vociférations, et par toute la peur qu’ils généraient chez des êtres fragiles en plein épanouissement.

Mr. G. était âgé d’une quarantaine d’années, de taille moyenne, assez corpulent. Il avait les yeux bleus et portait de grosses lunettes qui lui donnaient un regard de batracien. Il louchait légèrement. Il hoquetait et reniflait tout le temps.

Il était brusque et autoritaire, totalement insensible, méchant, terrifiant. Il multipliait les ordres et les défenses ; et son mode favori était l’impératif.

Nous nous rendions à ses cours la boule au ventre. On avait peur de dire une bêtise qui l’aurait  fait sortir de ses gonds et aurait entrainé une humiliation et un passage à tabac en règle.

Très brutal, il nous cognait à coups de poing sur la tête. il balançait les craies et toutes sortes d’objets. Tout le monde se planquait sous les tables…pendant ses cours, les « alertes aériennes étaient fréquentes ». Il considérait comme méthode éducative, de distribuer des gifles, d’empoigner les enfants par les cheveux ou par les oreilles…

Je me souviens parfaitement du sentiment d’angoisse permanent qu’on ressentait quotidiennement à l’école ; ainsi que d’être témoins de scènes violentes, traumatisantes pour des jeunes enfants comme nous.

Son caractère et ses agissements étaient bien connus du corps enseignant de l’établissement, mais personne ne disait rien sur personne. L’omerta était de règle.

Nous acceptions passivement notre sort avec résignation. On ne se plaignait jamais ; car nous savions que nos parents étaient  eux-mêmes partisans des châtiments corporels. Progressivement on était devenu assez insensibles aux mauvais traitements à l’école ; qui avaient fini par nous apparaitre normaux et logiques ; puisqu’ ils s’inscrivaient dans l’ordre social dans lequel nous vivions.

   Fin de la première partie  

  à suivre…     

Publié dans K.HADJOUDJA

Commenter cet article

Dania 25/02/2015 12:06

L'école de cette époque là et l'école d'aujourd'hui ,
si c'était à refaire pour laquelle opteriez-vous?? (sans prendre en considération le côté nostalgique)
Pour moi, je vois une différence qui réside seulement dans quelques commodités au sein des établissements, aujourd'hui / l'authenticité des résultats enfin de curcus scolaire, avant.
Alors, pas trop difficile, le choix !!
Merci l'ami.
Bonne journée à toutes et à tous.

HADJOUDJA KAMEL 26/02/2015 15:07

bonjour! si j'ai a opter pour l'une d'elle, je dirai que je prefere celle d'autrefois,pour deux raisons: pour la qualité de l'enseignement et le dévouement et la compétence des enseignants. merci! a bientôt!

HADJOUDJA KAMEL 25/02/2015 10:29

bonjour si mohammed! merci d avoir veillé si tard pour me lire! bientôt la 2eme partie du récit que je vous dédie personnellement, en vous souhaitant de passer une bonne journée!

Mustapha 24/02/2015 20:31

Mon cher Kamel, je crois que votre Etablissement ressemblait beaucoup plus à un centre de détention qu'à une école. Aujourd'hui les rôles sont inversés avec cette génération qui se démarque de jour en jour des bonnes habitudes et des principes de la bonne éducation de famille.

HADJOUDJA KAMEL 25/02/2015 10:15

bonjour cher ami! je te remercie toi aussi pour ton gentil commentaire. non! ce n est pas l établissement qui est a blâmer, c est notre classe de C.M.1, la plus sinistre de toute l école, qui n avait plus rien d un lieu d instruction et d apprentissage.
la génération actuelle est ce qu on a voulu qu elle soit.les parents n éduquent plus leur progéniture, l école ne joue plus son rôle, et la société en général a perdu tous ses repères
bonne journée!.

Benmessaoud 24/02/2015 20:22

Kamal vise sans doute cet instituteur-directeur, fou à lier, Mr Gentil, pur qui la gentillesse n'était pas de son fort, qui posait des question à bout de champ aux élèves terrorisés. Et, quelque soit la réponse, un déluge de coup à la règle tombait en cascades pour des questions, comme "La lune est dans ma poche, oui ou non?"

Benmessaoud 24/02/2015 20:07

Kamal, peut-être, est une découverte pour ceux qui ne le connaissent pas. Kamel, il écrit naturellement comme il s'exprime oralement dans un style franquiste et direct , avec des pointes de franchise et d'ironie, selon l'évènement d'une manière apparente et voilée. Je lui demanderais de narrer cette anecdote, où chargé de ramener des fruits pour les invités de son père, il s'est arrangé à oublier le panier attendu pour agréémenter l'invitation, au gran dam du père, médusé par une réplique époustouflante. qui ajoute à son trouble, si ce n'est la présence de sa protectrice grand-mère !

HADJOUDJA KAMEL 25/02/2015 10:05

bonjour! si hadj Ahmed.عمرة مباركة تقبل الله طاعتكم وزادكم من الاجر و الثواب merci pour ton commentaire.pour le panier de fruits, j en ferai prochainement le récit avec d autres anecdotes courtes. in challah! non! ce n est pas Mr. gentil, c est quel qu un de bien pire! son nom commence par un G. et se termine par un Y. bonne journée! K. HADJOUDJA

Mohammed 24/02/2015 08:55

Bonjour;

Tant que je serai un lecteur passif de ce blog, je resterai anonyme. quand j'aurai le courage d’écrire, ce sera fait inchallah.

LAGHOUATI 24/02/2015 10:17

Moi aussi il m'est arrivé la meme chose il y a 6 ans en créant le blog . Je n'arrivais pas à écrire , cela m'était difficile mais i'ai pris mon courage à deux mais et j'ai plongé et maintenant c'est le contraire je ne peux plus ne pas écrire . Fais de meme comme a su si bien le faire ton ami hadj Kamel que je salue de nouveau et remercie de tout coeur pour son "courage à plonger" , chose que tu dois avoir, Mohamed, espérons pour très bientot . Courage , ce n'est rien ! Nous aurons ainsi le plaisir et le bonheur de te lire

Mohammed 24/02/2015 00:11

J'ai bien fait d'attendre minuit....
Et je vais devoir attendre la suite.
Merci

LAGHOUATI 24/02/2015 06:43

Tu es un grand fan de hadj kamal pour veiller jusqu'à minuit pour pouvoir le lire . Tu mérites , Mohamed , le grand prix de fidèle parmi les fidèles , Bravo ! Il faudrait bien que tu me révèles ton identité entière pour que l'on puisse nous rencontrer autour d'un thé inchallah bientot