Le Pont ( Partie 4) par K.Hadjoudja-

Publié le par LAGHOUATI

Le Pont ( Partie 4) par K.Hadjoudja-

Le pont

4ème partie

 

Le commandant du faouj, un homme entre deux Ages, de taille moyenne, en tenue kaki, bien sanglé dans une djellaba de laine à rayures noires et blanches, un chèche autour du cou et casquette verte  s’approcha, sincèrement étonné par notre présence.

 

Il salua mon père en le désignant par son prénom : « salam alaikoum, si Mohamed ! Que faites-vous par ici tout seul ? Ils (le convoi) vous ont abandonnés ou quoi ? »

« Non ! Non ! Si Nacer ! (tiens, ils se connaissent pensais je !) C’était une panne imprévue qui est la cause de notre retard ! Et j’essaie de faire de mon mieux pour rallier ce damné convoi ! »

« Jusqu’ ici, vous avez eu beaucoup de chance d’avoir échappé à une patrouille aérienne ! »Et d’ajouter tout de go : «  de toute façon, vous ne pourrez pas traverser, le pont est miné ! »

« Mon Dieu ! Quelle tuile ! Et alors, si Nacer, qu’est-ce que je dois faire ? »

« Je suis désolé, mais il faudra que vous rebroussiez chemin ! »

Mon père, décontenancé par tant de désinvolture, ne put se contenir et s’écria : « quoi ! Vous croyez que c’est facile ! Mais qu’est-ce que je vais raconter aux parachutistes que j’ai laissés derrière moi à Guelta ? Hein ? Dites le moi ! Vous vous rendez compte de ce qu’ils vont me faire subir, après tout ce que j’avais enduré tantôt avec le gosse ! »

Se rendant à cette évidence, et constatant le désarroi de mon paternel, l’officier  embarrassé, releva un peu sa casquette sur son front et déclara : «  calmons nous si Mohamed ! Quelle pourrait  être la solution selon vous ? Qu’est-ce que vous proposez ? »

« Je propose simplement que vous m indiquiez les endroits exacts d’enfouissement de vos mines, afin que je puisse les éviter ! »

« Non ! Ça on ne peut pas vous le dire ! Par contre, on pourrait peut-être essayer de vous aider à traverser ! À vous de manœuvrer habilement en respectant scrupuleusement les indications du djoundi qui sera chargé de vous guider ! »

A ce moment précis, mon père se rappela de ma présence. Il fit signe à si Nacer :«  s’il vous plait ! Faites descendre le petit et prenez soin de lui ! S’il doit m’arriver un malheur, remettez le à sa mère ! Vous savez ou nous habitons ! »

Si Nacer, contrarié par ce qu’il lui arrive, donna des ordres à un djoundi de haute taille, armé d’un fusil, qui me fit descendre du camion en me prenant par la main. Pendant ce court laps de temps, je jetais un coup d’œil en biais à mon père. Il était très pale et avait les mâchoires serrées. Il essayait d’éviter mon regard.

Nous nous éloignâmes rapidement du camion kamikaze, et vînmes nous abriter derrière un gros chêne, dont les branches  se courbaient sous la charge de la neige.

Une bouffée d’angoisse me serra le cœur, et ma respiration se fit plus rapide. Je me sentais affreusement seul. De grosses larmes de désolation me brouillaient la vue. Pris de compassion, le djoundi chargé de veiller sur moi, se rendant compte de mon affliction, tenta sans succès, de me faire détourner le regard. Je tenais absolument à voir ce qu’il adviendra de mon père.

Un autre djoundi fut désigné pour guider le camion à travers les mines.

  Fin de la 4 ème partie

 A suivre…

 

Publié dans KAMEL HADJOUDJA

Commenter cet article