L’INJUSTE PUNITION-par K.Hadjoudja-

Publié le par LAGHOUATI

L’INJUSTE  PUNITION

Cela s’est passé durant l’année 1965 du siècle passé.

Nous étions scolarisés en classe de 4ème (3eme année moyenne aujourd’hui) au C.E.G. (Collège d’Enseignement Général) (C.E.M) du Schettet.

Le directeur de l’établissement était l’illustre MR. KADA HADJ AHMIDA (ALLAH YARHAMOU), qui cumulait deux fonctions directoriales : il était directeur du C.E.G situé au 1er étage, et directeur de l’école primaire sise au rez de chaussée.

Avant toute chose, je me dois de préciser, ici, aux amis(es) lecteurs (ces) qu’il n’est pas dans mon intention de décrire ici sa biographie ; tel n’est pas le but de cet appoint. Ce serait un travail de recherche trop complexe. Je laisserai ce soin à d’autres, plus spécialisés, qui disposeraient des éléments de réponses nécessaires, et qui le feront certainement mieux que moi.

Donc, en ma qualité d’un de ses anciens élèves, je me bornerai uniquement à donner mes impressions personnelles de collégien sur cette éminente personnalité.

EL HADJ AHMIDA KADA (A.Y.), était un monument de son époque. Austère et digne, il était passionné par son métier. Eminent pédagogue, il motivait et suscitait l’intérêt de ses élèves. Il faisait preuve de dévouement en matière d’enseignement, et favorisait l’apprentissage et le rendement de ses apprenants. Enfin, il dominait parfaitement sa matière.

Il était seul maitre à bord. Il n’y’avait personne d’autre pour le seconder dans sa tâche : ni censeur, ni surveillant général, ni surveillants, ni personnel administratif…le personnel de l’établissement se limitait à sa personne et a Ammi Ahmed (agent de service).

EL HADJ AHMIDA, ne badinait pas avec la discipline et l’autorité ; n’hésitant pas à user de temps à autre de méthodes éducatives brutales, en vigueur à cette époque.

Quoique, concernant ce chapitre, je n’ai pas connu beaucoup d’audacieux qui ont osé affronter la colère de MR. KADA et parer le coup.

Enfin, c’est le genre d’enseignant qui ne nous caressait jamais dans le «  sens du poil ».

D’une manière générale, notre sentiment envers lui était empreints de déférence craintive. Sans aucun doute, SI EL HADJ AHMIDA KADA a marqué les gamins qu’on était, et les hommes qu’on est devenu.

Notre professeur de littérature française était alors une ravissante demoiselle qui s’appelait : MLLE CHOUFFOT. Un jour, elle convint avec MR. KADA, de son désir de nous répartir les livres de littérature classique entreposés à la bibliothèque pour un devoir d'étude de texte noté.

En ce temps-là, les livres en question étaient cédés aux élèves, à titre de prêt, durant une semaine, contre la somme modique de vingt centimes. Nous étions tenus d’en faire la lecture chez nous, d’élaborer un résumé pour chaque chapitre, en mettant en évidence l’idée principale. Ce travail était sanctionné par une note chiffrée.

Ce jour-là donc, comme entendu préalablement avec MR. KADA, environ vingt minutes avant la fin de la séance, elle désigna un de nos camarades : M.R. et lui dit « MR.R. Allez voir MR. KADA ! »

Celui-ci interloqué, le visage devenu subitement cramoisi, le front moite, se leva brusquement de son siège, pris d’une fureur panique et rétorqua presque en criant : «  mais pourquoi  mademoiselle, je n’ai rien fait ! ».

Sincèrement étonnée par cette réplique, elle répondit : « mais qui vous a dit que vous avez fait quoi ? Je vous demande simplement d’aller chez le directeur pour me ramener une chose qu’il doit vous remettre pour moi ! ».

HELAS ! MLLE CHOUFFOT, omettant involontairement de préciser a son élève l’objet de sa « mission » ; l’avait, sans s’en rendre compte, envoyé dans la gueule du loup. M.R. rassuré sur son sort, s’en alla, joyeux, d’un pas allègre  vers l’incertain.

Arrivé à destination, et conforté dans son innocence de tout délit ; il frappa résolument à la porte vitrée.

« Oui ! Entrez ! Ah ! C’est toi R. qu’est-ce que tu as fait encore ? »

« Voilà, monsieur, MLLE CHOUFFOT m’a envoyé… ». À cet instant précis, il ne se doutait pas qu’il venait de prononcer lui-même sa sentence, sans jugement préalable !  C’était précisément la réponse fatale qu’il ne fallait pas dire ! Cette réplique était toujours interprétée par MR. KADA comme une « demande » de punition (tabassage) émanant de nos professeurs.

Immédiatement, et sans crier gare, le malheureux fut roué de coups. Une avalanche de gifles retentissantes, qui possédaient une certaine force symbolique, succéda à une volée de coups de STICK administrée sur toutes les parties du corps.

Le passage à tabac fut tellement fumant, que nous le vîmes revenir à travers les carreaux des fenêtres ; la tête basse, les cheveux ébouriffés, le visage rouge et boursouflé ; étranglé par une fureur difficilement contenue. Adoptant une attitude stoïque de « nif », il ne pleurait pas.

Il pénétra dans la classe sans frapper, claquant furieusement la porte derrière lui ; et s’affala sur sa chaise, fixant obstinément le sol du regard, totalement groggy.

Notre professeur, désorientée, ne comprenant rien à ce qui s’était passé, se leva doucement de son bureau et vint près de lui.

« Mais qu’est ce qui se passe MR. R. ? » Lui dit-elle gentiment, d’une voix inquiète. 

« Vous êtes tombé dans les escaliers ? »

« Non ! Mademoiselle ! »

« Qu’est-ce qui vous arrive alors ? Pourquoi vous êtes dans cet état la ? »

«  ……silence…… » (Trop d’émotion contenue)

« Vous êtes allé voir MR. KADA ? »

«  Oui ! Mademoiselle ! », Rétorqua-t-il, en esquissant un geste de rancœur.

«  Et alors ? »

« Et alors ? Mais mademoiselle, IL M’A BATTU ! » En appuyant fermement sur le mot BATTU.

« OH ! Mon dieu ! Mais pourquoi ? »

« Je ne le sais pas, c’est à vous de me le dire, MADEMOISELLE ! »

Aussitôt, toute la classe, filles, garçons, même le professeur, furent saisis d’un fou rire homérique, qui ne cessa qu’avec la sonnerie de la cloche à midi.

En quittant la salle, MLLE CHOUFFOT demanda à R. de l’accompagner chez le directeur. Comme d’habitude, chaque jour, les élèves bénéficiaires du repas de la cantine (celle-ci ne fut instituée qu’après l’indépendance) ; se dirigeaient vers le cagibi de AMMI AHMED (A.Y.), chargé de la distribution des rations.

Il n’y’avait ni tables, ni chaises, ni réfectoire. Nous nous assîmes a même le sol, hiver comme été, dans la cour, en cercle, nos assiettes en fer blanc devant nous sur la poussière en guise de nappe. Deux volontaires parmi nos collègues, tournant autour du cercle avec les marmites, se chargeaient de remplir nos assiettes avec une grosse louche. Le menu était toujours le même : haricots secs, lentilles, pois chiche…et une tranche de pain.

A la fin du repas, nous lavâmes nos assiettes dans les lavabos et les rendîmes à AMMI AHMED. La cuillère, après l’avoir lavée, elle aussi, est rangée dans le cartable et fait partie intégrante des autres articles scolaires, car elle nous appartient.

Afin d’éviter une très probable pagaille qui aurait compromis le bon déroulement du repas et entrainé immanquablement des dégâts, MR. KADA, son stick sous le bras, supervisait l’opération du début jusqu’à la fin.

MLLE  CHOUFFOT s’approcha de lui, suivie par R.

«  Bonjour ! MR. KADA ! » Lui dit-elle en souriant.

« Bonjour ! MLLE CHOUFFOT ! Comme vous voyez, il faut toujours surveiller ces JANISSAIRES, de peur qu’ils ne se disputent et renversent les marmites ! »

« Oui, voilà, monsieur le directeur, tout à l’heure je vous ai envoyé cet élève R. pour lui remettre, comme convenu avec vous, les livres de bibliothèque ; et au lieu de cela, il parait qu’il a reçu injustement une correction de votre part ! »

MR. KADA, confondu, se tapa le front avec la paume de sa main, et répondit en éclatant de rire : 

« Ah ! Oui ! Oh là là ! J’ai complètement oublié, vous savez ! » Puis s’adressant à R. « viens ici toi ! Pourquoi tu n’as rien dit ? » Le professeur réagit à sa place :«  il l’ignorait, monsieur ! ».

« Bon ! D’accord, on va essayer de réparer ça ! Allez assieds-toi par terre ! » Puis s’adressant à AMMI AHMED :

« Si Ahmed, remplissez lui son assiette à ras bord ! ».

Comme un malheur n’arrive jamais seul, ce jour-là, le menu c’était des lentilles en sauce ; et c’est ce que détestait le plus au monde notre camarade, qui avait une aversion profonde pour les lentilles.

Il essaya de se dérober pour éviter ce second calvaire, mais MR. KADA veillait au grain. Il le somma, en usant de menaces à peine voilées, de bouffer le contenu de son plat et de le terminer.

Pauvre R. il ne méritait vraiment pas tout cela !!

En quittant l’institution pour rentrer chez nous, nous le laissâmes seul, dans la cour, toujours accroupi sur le sol, sous bonne garde, se tapant laborieusement la cloche de sa pitance détestée ; se demandant désespérément, quel péché irrémissible a-t-il commis pour mériter un tel acharnement du sort ; avec MR. KADA et son stick debout en face de lui, AMMI AHMED et son légendaire « bousaadi » derrière lui.
EPILOGUE

« PEUT-ON RIRE DU MALHEUR DES AUTRES ? CA DEPEND…SI LE MALHEUR DES AUTRES EST RIGOLO, OUI ! »   PHLIPPE GELUCK

 Le héros de cette aventure, notre éternel ami R. est aujourd’hui grand père. Il coule des jours heureux avec ses enfants et petits-enfants, savourant sa modeste retraite d’enseignant ; fidèle à lui-même, constamment disponible, jovial, généreux, bon…comme il l’a toujours été.

S’il se reconnait dans cet écrit, qu’il trouve ici, l’expression de mon affectueux souvenir, ainsi que tous mes vœux de bonheur, santé, et prospérité.
Salutations chaleureuses, cher ami.

 

K.HADJOUDJA

 

Publié dans K.HADJOUDJA

Commenter cet article

HADJ AISSA 12/03/2015 20:06

il faudrait que kamel et mustapha me le fassent connaitre pour que nous puissions prendre un thé ensemble

HADJ AISSA 12/03/2015 19:50

c'est embetant ces commentaires qui ne veulent pas passer . Ils sont au niveau de l'administration du blog mais ils ne ichent pas pour les lecteurs . Cela a trop duré avec votre maintenance qui n'en finit plus

Mustapha 12/03/2015 12:39

A l'imagination des scènes si bien représentées par notre frère Kamel, je n'arrive plus à me retenir de rire. Je voudrai seulement t'informer, qu'à l'époque cette humoristique mésaventure avait fait le tour des écoles. Le camarade c'était R.M (j'ajoute le prénom) . Merci Kamel, de nous rappeler de bon vieux temps.

LAGHOUATI 17/03/2015 01:19

BONJOUR SI EL HADJ.
OUI ! EXCELLENTE IDÉE ! Nous nous ferons un plaisir de vous montrer l’endroit exact où a lieu le « SUPPLICE ».
J’ai déjà contacté le principal intéressé (héros). Il m’a paru enchanté par votre proposition, mais il a posé deux conditions préalables :
1/ il ne faut pas qu’il y ait de témoins ; mais pour les photos il n’y a pas de problème.
2/ ne pas oublier de lui offrir un cadeau. À défaut il dit accepter les CHÈQUES !
Au revoir CHEF et à bientôt !
K. HADJOUDJA

LAGHOUATI 12/03/2015 19:47

C'est vraiment embetant ces commentaires qui ne passent pas

HADJ AISSA 12/03/2015 15:21

Je suis le seul à ne pas connaitre notre héros , à ma prochaine virée à Laghouat , vous me le "dénoncerez" , j'aimaerais bien boire un petit thé en sa compagnie avec vous deux également , Kamel et Mustapha . Qu'en dites-vous ? Nous pourrions meme nous rendre ensemble à l'école pour prendre une photo ensemble à l'endroit où s'est déroulée la mésaventure de notre ami.

HADJ AISSA 12/03/2015 07:31

beau récit , triste, injuste punition de notre ami mais en meme temps rigolo. J'avoue que j'ai souri à ce qui est arrivé au pauvre petit collégien de la belle période et du grand-père d'aujourd'hui ; Meme le héros de cette histoire doit en rire aujourd'hui , n'est-il pas vrai ?