compte-rendu de la rencontre du 3 10 2015-par S.BENADJILA

Publié le par LAGHOUATI

                                                                                                                     Laghouat, le 13 oct. 15

 

AGRICULTURE OASIENNE

 

HERITAGE SÛR

 

POUR UN  FUTUR INCERTAIN

 

 

Etat des lieux.

La situation de crise inédite que vit l’humanité, nous amène à reconsidérer notre façon d’entretenir nos relations avec la Terre Nourricière. La production agricole mondiale devra faire face à une croissance des besoins alimentaires d’une population qui atteindra les 8 milliards en 2030 et 9.5 en 2050. Mais il est parfois utile de préciser qu’indépendamment de la croissance démographique, les modèles de consommation et de productions actuelles ne peuvent plus être soutenus. On ne peut plus croire à un modèle où, les 2/3 des pesticides et engrais épandus par l’agriculture servent en définitive à détruire la nature, où le 1/3 de la production mondiale est tout simplement jetée, où en même temps la disparité dans la répartition de l’alimentation est telle que près d’un milliard d’êtres humains souffrent de la faim alors que la planète produit suffisamment pour faire vivre prés de 10 milliards d’habitants, où il faut 7 à 10 calories fossiles (parfois plus) pour obtenir une calorie alimentaire, où….. Nous vivons le début des conséquences de cette tragédie, la nourriture, un produit sacré, a été pervertie, selon le cas en marchandise ou en arme alimentaire, la faim est devenue responsable de 90% des décès sur la planète, avec un enfant toutes les 5 secondes. L’épuisement des ressources sur lesquels a été développée l’agriculture industrielle et la dégradation des écosystèmes, constituent des externalités négatives qui ne permettront pas de nourrir l’humanité les années à venir. Les crises de l’eau, de la biodiversité, de la fertilité des sols, et les perturbations du climat n’arrêtent pas d’être dénoncées tant elles sont insoutenables.

Nous sommes amenés à constater l’urgence d’une transition qui changera radicalement notre comportement de prédateurs rentiers. Si la révolution du néolithique a été aussi une révolution intellectuelle où l’homme a rompu son lien naturel avec la terre, il est contraint d’engager une  contre-révolution car la terre ne peut continuer à donner de cette façon. Depuis 10 000 ans, il s’est comporté comme s’il était le seul à avoir le droit de vivre sur cette planète. A partir de la première crise écologique anthropique du néolithique, attribuée à l’extension de la pratique de l’abatis brulis, qui causa la perte d’un milliard d’hectares jusqu’à cette sixième extinction massive des espèces, l’homme n’a fait qu’agresser la nature. L’avènement des hydrocarbures comme principale énergie fossile utilisée, n’a fait qu’exacerber ce comportement irresponsable.

C’est en ce moment d’épuisement de la planète, que notre attention se porte vers la souveraineté alimentaire, soutenue par des politiques alimentaires et des pratiques agrobiologiques comme unique voie d’accès à la sécurité alimentaire.

 

Les agrosystèmes Oasiens.  

Etant le produit de l’appauvrissement du biotope, les agrosystèmes oasiens ne peuvent que renfermer les germes de la résilience qui ont permis de nourrir les populations depuis la dernière période de l’holocène, il y a 2 500 ans jusqu’à leur marginalisation par la mondialisation et le productivisme.

Sans avoir participé à la première crise écologique en s’adaptant au réchauffement et à l’assèchement progressif du Sahara, l’homme des oasis a parcouru les séquences d’un chasseur cueilleur, puis nomade cueilleur, pour finir agriculteur éleveur en se sédentarisant autour des points d’eau. Contrairement aux autres foyers de naissance de l’agriculture, lui a transformé un écosystème naturel appauvri, en un agrosystème durable générateur de nourriture dans lequel il s’est inséré se gardant bien de rompre le lien étroit entre lui et la nature. Au fil du temps toute une ingénierie technique et sociale s’est développée pour surmonter, la rigueur climatique, le stress hydrique sur des terres arables rares et pauvres.

L’eau est la ressource sans laquelle  l’existence de l’agrosystème oasien n’aurait pas lieu. La biocapacité du milieu oasien étant fondamentalement corrélée à la disponibilité de cette ressource. L’homme a compris que c’est uniquement l’eau disponible qui délimite la surface cultivée et la biomasse  produite et en définitive détermine la charge humaine. Cette dernière dépend donc directement de la disponibilité de l’eau. Le développement et l’extension de l’oasis sont devenus possibles grâce à l’ajustement judicieux des besoins alimentaires à l’effort constant mais indispensable à la mobilisation du potentiel hydrique. Autour de la maîtrise  de l’eau s’articulent les mécanismes sociaux d’une agriculture familiale et paysanne, et des pratiques culturales semblables à l’agroforesterie qui associe l’élevage. Dans le souci permanent d’optimiser l’efficience de l’eau et d’intensifier la production de biomasse par unité de surface, l’homme a réussi avec son niveau de connaissances, à extraire des richesses qui dépassent largement les performances de l’agriculture industrielle.

Nous sommes amenés à insérer ce modèle agricole dans une dynamique en quête de souveraineté alimentaire. L’effet dévastateur de la mondialisation doit être stoppé par l’amélioration adaptative des agrosystèmes oasiens. L’urbanisation anarchique et démesurée exerce actuellement la plus grande menace pour ces agrosystèmes. Le double objectif étant de développer et d’étendre les pratiques d’une agriculture écologiquement intensive et durable, tout en soustrayant les oasis à la pression négative exercée par la mondialisation.

 

En quoi les oasis trouvent-elles leurs réponses à la sécurité alimentaire ?

Le modèle agricole issu de la révolution verte des années 50-60, nous conduit dans une impasse énergétique, sociale et environnementale. Le traité de Rome en est arrivé à sonner officiellement l’alerte  dès 1972 ; la Terre avait atteint 85% des capacités à supporter nos activités. Notre empreinte écologique est de plus en plus importante puisque cette année nous vivons sur un crédit depuis le 14 Août, soit 6 jours plus tôt qu’en 2014. Cette agriculture chimique et industrielle, s’oppose à  l’agriculture oasienne qui est familiale et paysanne, et peut être considérée aussi comme urbaine ou périurbaine. A partir de là, on peut en déduire un ensemble de caractères qui lui confèrent les atouts indéfectibles de la résilience.  Ceci sous entend, qu’elle est participatives et créatrice d’emploi, d’où son impacte sur la performance sociale. Une oasis pouvant être considérée comme un gigantesque jardin, les transactions  commerciales empruntent des circuits extrêmement courts, offrent une garantie d’équité. Elle est fortement ancrée dans les terroirs, ce qui la pousse à valoriser les terres ou même les biotopes les plus marginaux. Son effet multiplicateur fait qu’elle est tout à fait apte alors à jouer pleinement son rôle de ferment dans le développement.

 

Un regard vers l’avant.

Il faut bien s’entendre sur le fait qu’aucune prospective n’est envisageable en dehors du cadre de la transition vers une économie verte. L’autonomie énergétique étant l’un des objectifs ciblés, la généralisation de l’utilisation quasi systématique d’énergies renouvelables et des équipements leurs correspondants deviennent impératifs pour acquérir l’indépendance énergétique des agrosystèmes oasiens. Leur survie et développement sont étroitement liés à la course au sevrage aux énergies carbonées fossiles. Les rendements énergétiques, qui comparés à l’agriculture conventionnelle actuelle (dopée aux énergies fossiles carbonées), sont déjà appréciables puisque on produit plus de 5 calories alimentaires avec une seule calorie dépensée, mais leur optimisation reste à faire. Il est bien entendu que même si la productivité par personne est faible (rapport de 1 à 100), comparée aux techniques conventionnelles, la productivité par unité de surface par contre en est bien supérieure. La polyculture donne la possibilité de fournir une biomasse qui dépasse les 50 tonnes par hectare. L’unité de surface nourrit donc un nombre supérieur de personnes, ce serait l’un des acquis de la sécurité alimentaire.

Les populations des zones arides sont entrain de croître au rythme de 1.2%, leurs besoins alimentaires seront en constantes progression. Les agrosystèmes oasiens doivent les accompagner pour pouvoir répondre à la demande de la population de demain. Leur développement et extension deviennent un souci et une priorité majeure car ils doivent suivre la cadence imposée par la poussée démographique. C’est un défi de taille puisqu’il faut augmenter les niveaux de production dans un contexte globale de raréfaction des ressources. Seule l’introduction de principes agrobiologiques intensifs performants permettra d’insuffler une nouvelle dynamique à ces agrosystèmes. Il reste à fournir un effort pour améliorer les processus organisationnels, optimiser les chaînes de valeurs étendues aux filières impliquées dans le développement locale ou régionale, et celles qui présentent des avantages comparatifs considérés comme plus value des agrosystèmes pouvant capter des profits à l’échelle nationale ou internationale .

Une série d’actions franches et ciblées doivent être engagées qui  paraissent être les outils qui façonneront les bases de la naissance d’une économie locale, ou régionale, productive, rentable et durable

  • Le renforcement des capacités des acteurs sociaux aux principes de l’agroécologie, et la création de communauté pratiques.
  • la mise en place de plans sociaux permettant le rajeunissement de la population active allant de l’instruction de base à la formation professionnelle spécialisée, ceci découlera sur des plans de carrières…
  • Une gestion intégrée efficace, à même d’optimiser et d’élargir le potentiel de ces terroirs.

Ceci sous entend l’édification et l’implication de structures régionales de recherches appliquées en mesure de soutenir promptement et d’accompagner ce double effort de transition, et de développement.

Enfin il serait utile de finaliser une caractérisation des différents types d’agrosystème oasiens, de cerner leur potentiel dans l’apport alimentaire, de faire des réflexions synthétiques et modélisables avant de réaliser  des extensions qui s’avèrent inévitables pour les générations futures.

 

Sofiane Benadjila, Ing Agronome

sofbenadjila@hotmail.fr

 

 

 

 

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