En hommage à oncle sidi Ali

Publié le par LAGHOUATI

En hommage à oncle sidi Ali

Il avait dix huit ans lorsqu’il s’est fait remarquer par une touriste niçoise , alors qu’il travaillait comme guide touristique à l’hôtel saharien. C’était dans les années 40. 

Il avait de quoi se faire remarquer : jeunesse , prestance , dynamisme, connaissance de plusieurs langues …

Lui, c’est mon oncle sidi Ali , le plus jeunes des garçons de sidi Belkacem Hadj Aissa, mon grand-père.

Son père n’était plus de ce monde et il fallait demander l’autorisation de sa mère qui a été obligée d’accepter devant la grande insistance du benjamin de ses enfants.

Il a été recruté à l’hôtel que possédait la dame niçoise. Il y a travaillé jusqu’à la libération de la France .

A la libération il a été accusé de collaborateur avec les Allemands , jugé et écopé de huit ans d’emprisonnement alors que le procureur avait requis la peine capitale . Il s’en est sort à bon compte grâce à Dieu et à la défense de maitre Floriot ; l’un des avocats les plus connus de l’époque. Il lui a été désigné par la femme qu’il a connue et qu’il devait épouser. Elle l’a attendu jusqu’à sa libération et ils se marièrent.

  • Je dois tout à cette femme qui a dépensé son argent pour me sauver de la potence, qui m’a attendu pendant 8 longues années, m’avoua t-il en 1976 lorsque je l’ai rencontré à Paris pour la première et dernière fois

Ils restèrent  unis sans pouvoir avoir d’enfants  . Au décès de sa femme il se maria avec sa jeune sœur en reconnaissance et fidélité pour  cette famille qui a fait beaucoup pour lui

J’étais venu à Paris dans le cadre d’une mission qui devait durer une dizaine de jours . Je comptais aller faire un saut à Nice pour embrasser mon oncle mais en fin de compte le programme ne me permit  pas d’effectuer la visite escomptée.

  • Ne t’en fais pas Mohamed  c’est moi qui viendrais à Paris , me dit mon oncle au téléphone ; tu me donnes juste ton adresse

Et le lendemain mon oncle arrive à Paris après avoir roulé toute la nuit . Ce fut deux journées inoubliables que celles que nous avons passées ensemble à Paris. Il m’a servi de guide ( son premier métier)  , il m’a fait visiter tout ce qui méritait d’être visité et  pour couronner le tout il m’a offert un repas au restaurant tenu par son vieil ami Tahar Soukehal ( oncle de Lamine et Djamal)  dans l’un des quartiers les plus chics de Paris.

  • Si Tahar , s’adressant à moi : Tu viens de Laghouat ?
  • Oui c’est bien ça !
  • Alors dis-moi , Que deviennent les seguias de Laghouat ?
  • En piteux état, ce n’est plus de l’eau claire et limpide  qui y circule mais les eaux usées
  • Je me suis promis de ne plus me rendre à Laghouat tant qu’elle n’a pas retrouvé ses seguias , me dit si Tahar pour conclure.

Je ne revis plus mon oncle qui n’est jamais revenu au pays ou plutôt si …Une fois au tout début de l’indépendance d’après un vieil ami à lui mais il est retourné sur le même bateau qu’il a emprunté à cause de l’accueil déplorable avec lequel il a été reçu.

Depuis quelques années nous avons su qu’il est décédé et enterré à Nice où il a toujours vécu. Allah yarahmou !

 

Publié dans Hommage.

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