Mon Ami : OMAR 3ème Partie : LA DESCENTE AUX ENFERS

Publié le par LAGHOUATI

SOUVENIRS DE  JEUNESSE

TEMOIGNAGE  SUR  L’IMPERFECTION  HUMAINE

           Mon  Ami :   OMAR

  3ème  Partie : LA DESCENTE AUX ENFERS

 

  Mon ami OMAR (aujourd’hui HADJ OMAR), vécut en parfaite harmonie en compagnie de sa femme NOUR E. H. (aujourd’hui HADJA NOUR).

MADAME a été toujours une femme merveilleuse. Très appréciée par le voisinage ; elle jouissait d’une excellente réputation. Pour elle, être femme au foyer, c’était une véritable vocation. Elle savait que c’était un « métier » difficile et rude, fatigant, usant, tellement riche et complexe, plein de surprises, frustrant par certains cotés, mais elle en était fière. Elle était convaincue qu’elle avait fait le bon choix pour elle, ses enfants, sa famille…

Elle me confia un jour, en présence de son mari: « le soir quand je me couche, je me demande ce que la nuit et le lendemain me réservent, que ce soit en bêtises ou en découvertes chez mes enfants. Je suis heureuse de les voir rire, pour tout l’or du monde, je ne voudrais rater ces petits moments. Je les aime et j’aime ma vie près d’eux. » Puis elle ajouta en riant : « je suis tour à tour cuisinière, buandière, infirmière, femme de ménage, arbitre, flic, chasseuse de fantômes sous le lit… ».

C’était une vraie WONDER WOMAN. Surtout elle n’était pas le genre de celles qui se noieraient entre les couches bébés sales et les biberons préparés ; et qui accueillaient leur mari en fin de journée avec une symphonie de jérémiades et de lamentations sans fin…

Elle se distinguait aussi par la beauté et la façon de parler, la délicatesse dans les mots, dans les gestes…

Elle vivait avec son mari avec sobriété, se contentant de ce qu’ALLAH LE MISERICORDIEUX leur a attribué comme bienfaits ! Elle menait sa vie conjugale avec dévouement et obéissance ; respectant les sensibilités de son conjoint, lui montrant de la bienveillance ainsi qu’à l’égard de son entourage.

Bien des années plus tard, après ces événements, OMAR me confessa un jour ceci : 

-«  je dois plus à ma femme qu’à n’importe qui au monde. Quand j’étais un petit garçon et elle une petite fille, elle fut ma meilleure camarade et me guida dans la bonne voie malgré mon entêtement ; m’empêchant de m’acoquiner avec d’autres garçons turbulents ou dépravés, en me menaçant de le rapporter à ma mère.

Après notre mariage elle épargna dinar par dinar et sut faire fructifier nos économies ! C’est elle qui m’a permis d’acquérir un logement, et c’est encore elle qui a édifié notre modeste fortune en m’aidant de ses conseils judicieux, à gérer le petit commerce que mon défunt père (A.Y.) m’a légué en 1994. (Aujourd’hui reconverti en Bijouterie). Elle m’a donné 5 enfants adorables et m’a toujours fait un foyer délicieux. Si je n’ai pas sombré corps et âme et si j’ai réussi à quelque chose, c’est à elle qu’en revient tout le mérite ! ».

Cinq années s’étaient écoulées après leur mariage. Nous sommes en 1983. L’ALGERIE était gouvernée par le président CHADLI BENDJEDID (A.Y.). Le P.A.P. (Programme Anti Pénurie) battait son plein. Toutes les denrées auparavant prohibées sur les marchés Algériens, car considérées comme produits de « luxe », s’étalaient en grandes quantités dans les grandes surfaces (Galeries et Souk El Fellah), faisant la joie des consommateurs : bananes ; pommes importées ; fromages de toutes sortes ; fruits exotiques ; articles ménagers : cuisinières ; frigos ; congélateurs ; robots de cuisine…

Je participais en ce temps-là à un séminaire national à MOSTAGANEM. A mon retour à LAGHOUAT, ma secrétaire me fit part d’une communication téléphonique reçue la veille en provenance de  GHARDAIA, d’une femme angoissée et en pleurs, se faisant appeler MME. G. NOUR. « Mon DIEU me disais-je ; j’espère qu’il n’y a rien de grave ! ».

Je regardais l’heure. Il était 8 heures et 20 minutes du matin. J’ordonnais à ma secrétaire de me mettre en relation avec la Direction Des Impôts de GHARDAIA. Quelques minutes après, elle me transmit la communication. Un homme était au bout de la ligne. Je me présentais et le priais de bien vouloir me mettre en contact avec le Contrôleur G. OMAR.

-«  Mr. OMAR est hospitalisé depuis maintenant 10 jours ! » ; me répondit-il.

-«  Et pour quel motif s’il vous plait ? Voudriez-vous me dire s’il s’agit d’un accident ou d’une maladie ? ».

-«  Non ! Non ! Il a un peu exagéré sur la bouteille, et il s’est retrouvé à l’hôpital plongé dans un coma éthylique ! Mais ça va mieux maintenant, il récupère petit à petit ! ».

-«  quoi ? Quelle bouteille ? Vous voulez dire qu’il s’adonne à l’alcool ? ».

-«  Malheureusement oui monsieur, et depuis quelques années déjà ! ».

J’étais abasourdi, je refusais d’y croire. Mon ami si doux, si pieux, si gentil, si affable…se livrait au Riquiqui depuis tout ce temps, et moi je n’en savais absolument rien !! J’avais l’impression que le ciel venait de me tomber sur la tête !! Impossible de joindre sa famille, car ils ne disposaient pas encore du téléphone.

Je requérais ma secrétaire une seconde fois, et lui demandais de me mettre en communication avec le Directeur de l’hôpital de GHARDAIA. C’est le Directeur-Adjoint qui me répondit ; le chef d’établissement étant en mission.

-« Bonjour SI B. (nous nous connaissions déjà). C’est vrai que vous avez un contrôleur des impôts hospitalisé pour coma éthylique ? ».

-« Oui, Mr. G.O. il est chez nous depuis 10 jours déjà ! C’est un gentil garçon ! Vous le connaissez ? ».

-«  Oui, c’est un ami. ».

-« cette étonnante nouvelle nous a tous attristé. Lui et sa famille jouissaient pourtant d’une excellente notoriété ».

-« comment se présente son état de santé aujourd’hui ? ».

-« Bien ! Cela évolue favorablement. Il est conscient, parle à sa famille ; il peut même faire quelques pas avec un aide…le médecin du service a décidé de le garder encore 2 ou 3 jours ».

-«  Merci SI B. transmettez mes salutations à votre patron ! Bonne journée ! Au revoir ! ».

Je raccrochais et me laissais aller sur mon siège ; plongé dans mes cogitations, cherchant désespérément une explication à ce destin funeste. Rien ne le prédisposait à devenir alcoolique. Ni sa famille conservatrice et puritaine, ni ses brillantes études, ni son mariage réussi.

Je « naviguais » en plein brouillard. Beaucoup de questions se bousculaient dans ma tête, dont je n’arrivais pas à trouver de réponses…je pris la décision de partir le lendemain à GHARDAIA pour rendre visite à mon compère hospitalisé ; voir si possible sa famille ; ses parents…tenter de voir un peu plus clair dans cette affaire…je pris la route tôt le matin, et à 8h.30mn. J’étais devant l’hôpital de GHARDAIA.

Le Directeur était toujours absent, et c’est toujours le Directeur-Adjoint, MR.B. Qui m’accompagna à la salle d’OMAR. En nous dirigeant vers la chambre d’hospitalisation ; il m’informa que leur malade a été sujet, pour la première fois, il y’a 4 jours, à une légère crise de DELIRIUM TREMENS due au sevrage alcoolique, ce qui a nécessité l’instauration d’un traitement par les Anxiolytiques.

Nous pénétrâmes dans la salle. Je découvris mon ami allongé sur son lit, couché sur le dos, seul, sans autre ressource que des larmes inutiles. J’ai eu de la peine à le reconnaitre. Ses yeux hagards et enflammés se tournaient vers le ciel à qui il semblait redemander de lui faire grâce de cet enfer dans lequel il se débattait ; et de longs gémissements sortaient des entrailles de cet être désolé.

En me voyant, des larmes amères coulèrent sur ses joues pales et livides. De ses mains tremblantes, il pressa sa poitrine oppressée. Sans mot dire, Je m’assis sur le rebord du lit, lui prit les deux mains dans les miennes et l’embrassait sur le front.

Mr. B. sortit discrètement et nous laissa seuls. Visiblement gêné par ma présence, il me souffla :

-«  C’est toi cher frère ! Tu n’aurais pas dû te déranger pour cela ! C’est transitoire, ça va passer ! J’ai l’habitude !! On n’aurait pas dû te mettre au courant de cette abomination ! » ; Conclut-il irrité.

-«  tout se sait tôt ou tard cher ami ; ne te fatigues pas trop, reposes toi ! Penses plutôt à ta guérison IN CHALLAH ; le reste n’a aucune importance. ».

-«  Pardonne moi Kamel, j’avoue que j’ai commis une grosse bourde ; mais ne te fais pas de soucis, je tiens encore fermement le gouvernail ! ».

-«  les bêtises, objectais-je, c’est comme les impôts, on finit toujours par les payer ! ». Son visage baigné de larmes laissa transparaitre un semblant de sourire…

A cet instant précis, le médecin du service entra, suivi par son infirmier poussant devant lui un chariot contenant divers produits et matériels médicaux.

Je compris que c’est l’heure de la visite médicale des malades hospitalisés. Je pris congé de mon ami en lui promettant de revenir bientôt. En quittant la chambre, je trouvais Mr. B. en train de faire les cent pas dans le couloir.

-«  Je n’arrive pas à gober cette histoire ; lui dis-je ; voilà un jeune homme intelligent, charmant, avec une vraie vie avant…une épouse remarquable, une petite fille adorable…un boulot…puis la rupture sociale, familiale...je ne comprends pas, je vous assure !! ».

-«  C’est la troisième fois qu’il est amené aux urgences dans des états terribles ; aux limites de la mort. Il a déjà subi, il y’a de cela quatre mois, une cure de désintoxication de 21 jours à DRID HOCINE à ALGER. Apparemment sans résultat probant !! ».

Sur ce, je quittais l’établissement de soins, pensif et soucieux du devenir incertain de mon copain. Je résolus d’aller rendre visite à une sœur plus âgée que moi, mariée et résidante à GHARDAIA depuis les années cinquante.

Elle fut bien contente de me voir. J’avoue pour ma part que je lui rendais rarement visite…après m’avoir installé confortablement sur un canapé ; et m’avoir préparé un thé digne d’un véritable spécialiste sinologue ; elle s’assied à son tour en face de moi en me regardant droit dans les yeux ; un tantinet ébaubie par mon arrivée inattendue.

Se doutant de quelque chose, elle me lança à brule pourpoint :

-«  qui est ce qui se passe, cher frérot, tu me parait anxieux ? Ce n’est pas dans tes habitudes ! ». Éludant la question, je demandais :

-« tu connais les G. tes voisins de quartier ? ».

-« Oui, quoique on n’a pas de fréquentations assidues entre nous, parce qu’ils habitent un peu loin sur la berge de l’oued ! ».

-«  et leur fils OMAR le contrôleur des impôts, qui habite non loin d’eux, qu’est-ce que tu sais de lui ? ».

-«  je connais sa femme ; c’est une dame absolument merveilleuse ; quant à lui, les premiers temps, il avait, parait-il, un comportement exemplaire et puis subitement, il s’est mis à boire. On raconte qu’actuellement, il est sérieusement malade à l’hôpital ! C’est tout ce que je sais de lui pour l’instant ! ».

-«  effectivement je viens de lui rendre visite à l’hôpital ! Il se trouve que c’est un ami à moi. Je l’ai connu quand j’étais étudiant à ALGER, au début des années 1970. C’était un type épatant ! Écoute petite sœur, je suis venu ici pour tenter d’abord de voir clair dans cette affaire ; ensuite essayer de faire quelque chose pour l’aider à s’extraire de ce bourbier ! ».

-«  et tu comptes faire quoi, Mr. Superman ? ».

-«  je n’en ai aucune idée pour l’instant. Il faut d’abord que je m’informe du comment et du pourquoi de cette histoire. Et il n’y’a qu’une seule personne qui soit à mon avis capable de nous relater in-extenso l’anamnèse de ce désastre : c’est sa femme ! ».

-« Tu as peut être raison ; et comment monsieur va s’y prendre pour lui tirer les vers du nez ? ».

-«  L’unique personne qui soit en mesure de faire le travail dans cette situation, sans risques majeurs pour elle : C’est TOI ! ».

-«  Je m’en doutais un peu. Comme cela, tu as décidé de gaieté de cœur, et sans l’ombre du plus petit remord, de me propulser au casse-pipe ! Merci infiniment ! ».

-«  Allons ! Chère sœur n’exagérons rien ! ALLAH (azza wa jal) te récompensera dans l’au-delà ! ».

-«  Et comment dois-je m’y prendre ? ».

-« C’est simple. Essaye de lui poser des questions pour savoir comment en est-il arrivé là. C’est tout. Tu ajouteras que c’est moi qui t’envoie ! ».

-«  O.K. je vais essayer ; monsieur le défenseur des faibles et des opprimés ».

Elle enfila son « hidjab » et partit au domicile des G…Environ deux heures après, elle rentra. Son visage maussade reflétait l’impact émotionnel qu’elle a dû subir à la suite de cette entrevue…après s’être débarrassée de son voile, elle s’assit lentement sur le canapé en laissant échapper un long soupir d’abattement. Je risquais une gouaillerie :

-« ça a été un conte passionnant on dirait ! ».

-«  Tu devrais dire plutôt un aveu déchirant, oui ! », répondit-elle d’un ton morose.

-«  Vas-y raconte !! ». En me faisant la genèse de leur drame, elle n’a pas cessé de pleurer…

                    FIN DE LA 3EME PARTIE… A SUIVRE...

 

K.HADJOUDJA

 

Publié dans K.HADJOUDJA

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HADJOUDJA KAMEL 06/10/2015 20:37

Selon un PROVERBE RUSSE:" Un mot aimable est comme un jour de printemps".
MERCI INFINIMENT à vous MESDAMES ( VOUS et UNE AMIE). C'est vrai que j'ai mis un peu de temps à publier cette 3ème Partie. La cause est un empêchement du à une Tendinite de l'épaule gauche, qui me mène la vie dure ces jours-ci. Elle m’empêche de "jouer du clavier" pour l'instant.
En attendant que ça se tasse, je vous présente toutes mes excuses à VOUS, à SI EL HADJ MHAL ainsi qu'à tous les AMIS(ES). BONNE SOIRÉE.

Une amie 07/10/2015 10:25

Nous allons faire preuve de patience, promis!
Nos meilleurs voeux de prompt rétablissement, prenez bien soin de vous cher ami.

Dania 06/10/2015 16:42

... de la patience et encore de la patience... Ceci serait mon avis aux amateurs. ..!!

HADJOUDJA KAMEL 05/10/2015 10:22

S.V.P. Lire: " SEPT (7) années s'étaient écoulées après leur mariage." et non pas: "CINQ (5)" . MERCI.

Une amie 05/10/2015 07:56

Bonjour !
J'aime sincèrement votre style d'écriture, l'histoire est si bien menée, le suspens maintenu jusqu'à la fin. Je suis sûre que je vais avoir autant de plaisir à poursuivre ma lecture qu'elle m'en a procuré jusqu'à présent.
Merci et à bientôt !