6ème et Dernière Partie : LA RÉSURRECTION (3) par K.HADJOUDJA

Publié le par LAGHOUATI

SOUVENIRS DE JEUNESSE

TEMOIGNAGE  S U R  L’IMPERFECTION  HUMAINE

     Mon  Ami :   OMAR

6ème et Dernière Partie : LA RESURRECTION (3)

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Je me retirais le premier, suivi par MME T. En attendant que ma sœur sorte à son tour, j’entamais une petite conversation avec elle au sujet du cas qui nous préoccupe.

-«  Que pensez-vous Madame de tout cela ? Est-ce que en fin de compte, on peut se laisser porter à l’optimisme, et lui faire pleinement confiance ? ».

-«  Oui, mais sous certaines conditions ! ».

-«  C’est-à-dire ? ».

-«  Vous savez, traiter une mansuétude est une entreprise à la fois sans détour et extrêmement difficile. Il n’existe pour réussir aucune potion magique et aucun mécanisme miracle. Il s’agit rien de moins que de réorganiser des zones entières de la vie de l’individu, ou à certains égards de tous ses aspects. C’est pour cela que j’ai mis sur pied un programme de «  thérapie du comportement » adapté à ses propres besoins, en collaboration avec le DOCTEUR F. (Psychiatre).

Ce programme vise en gros, surtout à :

-        Contrôler, maintenir, renforcer la motivation au changement, et la fidélité aux engagements.

-        Approfondir la prise de conscience.

-        Surmonter la période initiale, mais temporaire de sevrage.

-        Planifier un bon programme d’action en collaboration avec la famille, comportant :

·       Des loisirs bénéfiques

·       Une vie familiale harmonieuse

·       Une vie spirituelle active

·       Des activités sociales enrichissantes

·       Un travail bien accompli

·       Une discipline positive concernant l’alimentation, le sommeil, etc.…

-        Surveiller étroitement et discrètement l’abstinence.

-        Lui faire éviter les gens, les endroits et les choses associés à la consommation.

-        L’entourer sans « l’étouffer ».

-        Lui faciliter l’accès aux livres, revues, journaux...

Si on arrive à maintenir rigoureusement cette feuille de route, le temps nécessaire, tout ira bien ! Surtout qu’il est très motivé !! ».

Sur ce, ma sœur quitta le domicile d’OMAR et s’engouffra dans la voiture. Je pris congé de MME T. qui regagna la sienne, et nous partîmes chacun de son côté.

Je raccompagnais ma sœur chez elle, et pris la direction de LAGHOUAT par la sortie nord de la ville de GHARDAIA ; passablement rassuré par les déclarations du Psychothérapeute.

Le lendemain, je téléphonais à MME T. pour avoir des nouvelles. Elle me notifia ce qui suit :

-«  Vous savez, MME NOUR m’a téléphoné de chez sa voisine tôt ce matin ; environ 7h30mn. Elle était affolée : « Venez vite Mme, je crois qu’il va mourir ! » ; m’a-t-elle déclaré. J’ai accouru chez elle, et qu’est-ce que je découvre : Un homme chancelant sur ses jambes, pris de panique, tremblant de tout son corps, qui a vomi de la bile auparavant. Je réalisais tout de suite que ce sont des symptômes engendrés par le MANQUE ! « Il a passé toute la nuit éveillé, sans parvenir à s’endormir. Il voulait mourir ! » ; Affirma-t-elle en chialant. ».  «  Calmez-vous, lui répondis-je, c’est les signes du sevrage, ça va passer ; en vous voyant dans cet état, il va se démotiver. Ayez du courage ! Vous voyez qu’il est en train de lutter de toutes ses forces pour dompter sa crise ! Encouragez-le en restant calme ! ».

Peu à peu, il se détendit de lui-même, s’allongea et s’endormit.

-« A Quoi doit-on s’attendre après cela ? » ; répliquais-je.

-«  C’est le Manque, ça finit toujours par-là, et c’est un enfer pour lui et ses proches qui dure environ trois jours ! ».

-Parlez-en à son médecin traitant. Peut-être  jugera-t-il utile de lui prescrire un sédatif pour l’aider à franchir ce cap douloureux ! ».

-«  C’est ce que j’ai pensé faire. Je lui en parlerai tout à l’heure à l’hôpital ! ».

-«  Merci Madame. Je vous saurais gré de me tenir au courant s’il y’a du nouveau ! ».

-« Oui, comptez sur moi ! Au revoir SI Kamel ! ».

-«  Au revoir Madame et bonne journée aussi ! ».

TREIZE MOIS s’écoulèrent depuis, marqués par le suivi médical et psychologique et surtout le maintien d’une vigilance ferme et discrète de tous les instants, assurée par les membres de sa famille ; en particuliers, je dois de le répéter tout à son honneur, de SA FEMME. Inlassablement elle l’entoura de son affection, répondant à ses moindres désirs, veillant à son bien-être, attentive à ne jamais le culpabiliser ; lui permettant de la sorte de retrouver la paix intérieure et l’espoir de renaitre au bonheur…

Certes, le chemin a été long et difficile, semé de terribles embuches, comme les rechutes. Mais OMAR a su croire en lui, en son avenir pour reconquérir sa dignité humaine et sa liberté. Il a su redresser la barre de sa vie au risque de la perdre définitivement.

EN 1992, le pourcentage de risque de rechute devint quasiment nul. OMAR entre temps, avait retrouvé le gout de vivre. Il vivait pleinement sa vie ordinaire et même spirituelle : Prière, lecture du coran, fréquentation des prêches et séminaires religieux…Fréquentations bénéfiques et fructueuses pour son équilibre psychique !! Il avait même commencé à pratiquer un peu de sport le week-end, sous la férule de sa moitié…

Son activité professionnelle devint plus dynamique, plus libre, et plus efficace. Son ancien patron tyrannique était parti en retraite durant l’année 1988. Il fut remplacé par un autre d’une grande ouverture d’esprit et très compréhensif.

EN 1995, MME NOUR fut désignée par tirage au sort pour effectuer le Pèlerinage aux lieux saints de l’Islam ; et put ainsi inclure son mari avec elle en qualité d’accompagnateur.

Ils sont retournés nimbés de l’auréole de la sainteté.

Nous étions présents, les deux smalas, la mienne et la sienne ce jour-là, pour les accueillir à l’aéroport de GHARDAIA.

L’accomplissement du rite du 5ème pilier de l’Islam, constitua l’ultime étape de sa guérison complète de cette calamité redoutable à issue fatale qu’est l’ALCOOLISME.

Le lien d’amitié qui nous liait ne fut jamais interrompu à ce jour.

ALLAH LE TRES MISERICORDIEUX a gratifié la famille de G. OMAR de 5 enfants : 2 filles et 3 garçons. L’ainée AMAL, Médecin Psychiatre de son état, exerce aujourd’hui au C.H.U. FRANTZ FANON de BLIDA.

En 1998, EL HADJ OMAR m’a invité chez lui dans le cadre d’une petite fête familiale organisée à propos de la réussite de sa fille AMAL au Baccalauréat.

Alors que nous discutions du cursus des études futures et de l’avenir professionnel de celle-ci ; il replongea subitement  dans ses souvenirs ; faisant la chronique de ses années noires ; et me fit part de ses impressions d’alors à peu près en ces termes :

-«  Les années passants, mon cerveau était arrivé à saturation, et un élément déclencheur est survenu.

Il s’agissait de mes comportements agressifs à l’égard de mes proches qui me faisaient subir toutes les critiques, les reproches, les insultes…Je ne pouvais être compris par ceux qui ignoraient cette maladie…

J’aurais voulu qu’on m’aide, mais je ne savais pas comment le demander. Les paroles ne voulaient pas sortir de ma bouche. Alors je le faisais à ma façon : je criais un coup, brisais une assiette, claquais une porte… Impuissant, Je voyais devant mes yeux ma vie tomber en morceaux.

Le dernier lendemain d’une nuit d’ivresse, j’ai vu dans le regard de ma fille la détresse qui fut la mienne tout au long de ces années. J’avais admis que j’avais perdu le contrôle de ma vie et que j’étais le seul à pouvoir changer tout ça, mais à condition de m’en donner les moyens… Il aura fallu en passer par là, c’était ainsi.

Jusqu’au jour ou, du fond de l’horreur, et grâce à cet incident voulu par ALLAH (AZZA WA JAL) : (chute dans les bécosses), la volonté de s’en sortir a ressurgi. C’était il y’a 14 ans. Depuis, EL HAMDOU LILAH, nous vivons nos choix, nos joies, nos aléas évidemment, mais sans jamais que l’alcool n’ait son mot à dire ! ».

Son visage était devenu rouge d’émotion. Je clôturai cette reconnaissance en disant :

-« Il faudra que tu oublies le passé. C’est de l’eau sous le pont. Ton passé est passé. Maintenant concentre-toi sur l’avenir ! ».

-«  J’ai passé, jadis, des moments agréables avec toi, Kamel, on a rigolé ensemble, on a pleuré ensemble, parce qu’on a  vécu des choses que peu de personnes pourraient comprendre. Tu as toujours été là pour moi lorsque j’ai eu des moments difficiles, tu as su me remonter le moral lorsque j’ai voulu baisser les bras, tu as su me remettre sur le bon chemin. Une amitié qui ne s’explique pas, qu’on ressent sans arrêt, quoi que l’on fasse. ET DIRE QU’ON S’EST CONNUS DANS UNE QUEUE DE RESTO. U. !! JAMAIS JE NE POURRAIS T’OUBLIER !! ».

Après avoir occupé le poste de directeur des impôts dans une wilaya du sud du pays pendant 8 années ; il fit valoir ses droits à la retraite en 2007.

Aujourd’hui, âgé de 65 ans, HADJ OMAR, la barbe bien taillée, en gandoura, calotte blanche et pantalon bouffant ; gère paisiblement, avec son fils LAKHDAR la bijouterie familiale…

Ses enfants ont tous achevés leurs études universitaires, sauf la dernière-née, l’espiègle  F.ZOHRA qui entame cette année sa première année d’université.

Le couple, qui s’empêche de devenir vieux, a l’air d’avoir beaucoup de plaisir à être ensemble malgré les épreuves qu’il a traversé, ou grâce à elles. Il est un exemple vivant qu’il est possible de persévérer et de surmonter les crises existentielles du couple. Il nous prouve que la vie à deux demeure encore la meilleure façon de vivre…

« Le bonheur n’est pas dans la recherche de la perfection, mais dans la tolérance de l’IMPERFECTION ».  Yacine Bellik.

«  Etre heureux ne veut pas dire être parfait. Cela veut seulement dire que tu as décidé de regarder au-delà des IMPERFECTIONS. »   K.B. Indiana.

« Un homme intelligent est parfois forcé de boire pour pouvoir passer du temps parmi les imbéciles ». E. HEMMINGWAY.

    AINSI S’ACHEVE L’HISTOIRE EXTRAODINAIRE D’UNE VIE ORDINAIRE.

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EPILOGUE/

Au terme de cet humble témoignage sur l’imperfection humaine que j’offre en hommage :

-        D’abord à l’intéressé lui-même, pour sa ténacité, son impétuosité, et sa détermination à se relever et à se battre.

-        Ensuite, à son épouse exceptionnelle HADJA NOUR pour son dévouement, son abnégation, sa patience devant l’adversité, et sa présence constante sur tous les fronts.

-        Enfin, à tous (tes) ceux (celles) qui ont contribué à l’époque, de près ou de loin : parents ; proches ; médecins ; infirmiers ; psychothérapeute ; amis(es) ; collègues ; cadres de l’hôpital de Ghardaïa ; imams ; voisins de quartier…A SA RESURRECTION !!!

Nous sommes des humains, nous avons tous des faiblesses, et nous commettons tous des erreurs.

Dans ces moments-là, nous ne sommes pas l’ami que les autres méritent, le conjoint que les autres choisissent, l’enfant que nos parents ont éduqué, l’exemple que nous aimerions être, ou même simplement la personne que nous serions capable d’être.

TOUT CELA PEUT ARRIVER AU MEILLEUR D’ENTRE NOUS.

Ce qui compte à l’arrivée, ce n’est pas que nous trébuchions, c’est que nous nous relevions !!

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DESIDERATA : A l’intention de SI EL HADJ MHAL/

Permettez-moi de solliciter, dans la mesure du possible, de votre immense bonté, l’inclusion à ce récit de la superbe chanson de l’Algérien Mohamed Boulifa (A. Y.), intitulée : ما قيمة الدنيا وما مقدارها. Celui-ci était l’ami de mon frère Tahar (A.Y).

Que je dédie à :

-        -Toute la famille de HADJ OMAR au sens large du terme.

-        -SI EL HADJ MHAL, que nous aimons bien, qui est et restera toujours un modèle de générosité et d’engagement.

-        -Tous(tes) les Amis(es) du Blog pour leur accortise, leur indulgence, leur loyauté et leur constance.

      -A TOUS ET A TOUTES MERCI !!

 

G. OMAR       K. HADJOUDJA Etudiants : 1972                Quand nous faisions semblant de ne pas être pauvres
G. OMAR       K. HADJOUDJA Etudiants : 1972                Quand nous faisions semblant de ne pas être pauvres

G. OMAR K. HADJOUDJA Etudiants : 1972 Quand nous faisions semblant de ne pas être pauvres

Publié dans K.HADJOUDJA

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Dania 15/11/2015 12:12

"Tout est bien qui finit bien." Un joli partage, merci!!

Une amie 15/11/2015 10:23

C'est une très belle histoire et une magnifique leçon de vie.

Makhlouf 14/11/2015 21:11

Voila une belle histoire qui se termine bien.Notre ami Kamal a des qualités de conteur indéniables.
L'alcoolisme est une calamité pour l'humanité.

MOHAMED HADJ AISSA 14/11/2015 15:29

Bravo à toi cher Kamal , à ton ami Omar et son épouse qui ont su , grâce à leur courage , à gagner une dure bataille . Très jolie leçon de la vie, merci Kamal . Tu es resté fidèle à ton ami jusqu'au bout . Tu mérites la médaille de la fidélité