Cela fait déjà une année...

Publié le par LAGHOUATI

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  • Mohamed Nostalgique
    17:52
     
    Mohamed Nostalgique

    Il était midi passé et en ce 1er décembre 2014 , je me trouvais sur la route menant à Hassi-Messaoud .Le téléphone sonne , je ralentis , c’était MBG au bout du fil. - Que me veut mon ami MBG , me dis-je intérieurement , il a l’habitude de téléphoner de temps à autre pour se rassurer , pensais-je .

    - Alors vieux comment vas-tu ? - Bien…Bien….Et toi ?

    - Bien …Si ce n’est ….( et il s’arrête …) dis-moi d’abord où es-tu ?

    - Je suis à quelque 70 kms de Hassi-Messaoud - Dr.Larabi ( le frère de Ahmed Benhouache) vient de me téléphoner pour …..Pour …. Pour m’annoncer la nouvelle que tu dois deviner

    - Ce n’est pas la peine de continuer, j’ai compris ….J’ai compris …. Oui j’avais compris que notre ami avait fini de souffrir , vaincu par une maladie qui a eu le dernier mot en fin de compte .

     

    Ahmed était courageux, il a lutté jusqu’au bout mais il a fini par comprendre qu’il y a des choses dans la vie contre qui on ne peut rien. La nouvelle était tombée comme un couperet. Je suis resté impassible pendant un bon moment , incapable de réaliser encore

    que l’un de mes plus proches amis vient de nous fausser compagnie.

     

    - Ahmed , comment se fait-il que tu sois parti le jour même de mon départ de Laghouat ? J’aurais pu te faire mes adieux

     

    - Cela n’a pas d’importance , je connais tes sentiments envers ma personne bien avant ce jour et puis qu’aurais-je pu faire , cela ne m’appartient pas , je n’ai aucun choix . Mon créateur et le tien m’a voulu auprès de lui au jour et à l’instant qu’il a voulus.

     

    - Oui il n’y a aucun doute et c’est à lui de choisir pour nous le jour et l’instant où nous nous rencontrerons . Ainsi va la vie …Nous n’y pouvons rien…Absolument rien… Tu Sais le temps passe très vite , cela fait déjà une année que tu es parti au loin . Tes enfants , ta compagne , tes frères et sœurs , tes amis , le tout Laghouat continuent à te pleurer ….Ils ont gardé de toi des souvenirs impérissables d’un être si bon , si aimable , si près de ses malades et des plus pauvres et des plus malheureux parmi eux ….Tout cela , ils ne pourront jamais l’oublier … Tu sais Ahmed , il y a deux jours je regardais le classico Barcelone-Real et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à toi parce que je sais que pour rien au monde tu n’aurais voulu rater ce match . Je sais que tu aurais sauté en l’air à la vue de la magistrale phase de jeu qui a précédé le 3ème but barcelonais… Voilà , je crois avoir tout dit …

    Tu sais , je n’ai vu en rêve les êtres chers à mon cœur après leur disparition que deux fois : Une fois mon père et le deuxième cela a été toi et j’aurais tellement souhaité te voir encore une fois ….Oui , j’aurais tellement te revoir me parler plus longuement … Si tu le peux , fais-le , cela me ferait tellement plaisir …

     

    Adieu cher ami…Adieu !

    -

    Vous m’avez dit, tel soir…

    Emile Verhaeren

    Vous m’avez dit, tel soir, des paroles si belles
    Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
    Soudain nous ont aimés et que l’une d’entre elles,
    Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.

    Vous me parliez des temps prochains où nos années,
    Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ;
    Comment éclaterait le glas des destinées,
    Comment on s’aimerait, en se sentant vieillir.

    Votre voix m’enlaçait comme une chère étreinte,
    Et votre cœur brûlait si tranquillement beau
    Qu’en ce moment, j’aurais pu voir s’ouvrir sans crainte
    Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.

    Émile Verhaeren, Les Heures d’après-midi

     

    Voici la mort du ciel…

    Théodore Agrippa d'Aubigné

    Voici la mort du ciel en l’effort douloureux
    Qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux.
    Le ciel gémit d’ahan, tous ses nerfs se retirent,
    Ses poumons près à près sans relâche respirent.
    Le soleil vêt de noir le bel or de ses feux,
    Le bel oeil de ce monde est privé de ses yeux ;
    L’âme de tant de fleurs n’est plus épanouie,
    Il n’y a plus de vie au principe de vie :
    Et, comme un corps humain est tout mort terrassé
    Dès que du moindre coup au coeur il est blessé,
    Ainsi faut que le monde et meure et se confonde
    Dès la moindre blessure au soleil, coeur du monde.
    La lune perd l’argent de son teint clair et blanc,
    La lune tourne en haut son visage de sang ;
    Toute étoile se meurt : les prophètes fidèles
    Du destin vont souffrir éclipses éternelles.
    Tout se cache de peur : le feu s’enfuit dans l’air,
    L’air en l’eau, l’eau en terre ; au funèbre mêler
    Tout beau perd sa couleur.

    (v. 913-931)

    Théodore Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques

    Une âme devant Dieu

    Alfred de Vigny

    Dis-moi la main qui t’enlève,
    Ô mon âme, et dans un rêve
    Te montre la vérité !
    D’où vient qu’un songe m’emporte
    Jusques au seuil de la porte
    Qu’entr’ouvre l’Éternité
    C’est ici que l’homme arrive ;
    Oui, je reconnais la rive
    Jusqu’où le rocher dérive
    Roulé dans le flot des temps ;
    J’entre dans le port de l’âme :
    Je vais m’asseoir dans la flamme ;
    La place que j’y réclame
    Est vide depuis longtemps.

    Dieu, je te vois ! Comment pénétrer dans ta gloire ?
    Détourne mes regards, ne m’anéantis pas ;
    Je sens mon front brisé par ton char de victoire :
    Dans cet air lumineux qui soutiendra mes pas ?

    Je vois tout l’univers rajeuni par la tombe
    Des êtres infinis que je ne puis compter
    O mon Dieu, je succombe,
    Laisse-moi m’arrêter.
    Je m’arrête pour me plaindre
    De ce monde d’où je sors ;
    Toujours espérer et craindre ;
    Et moi je pleurais les morts !
    Ne savais-je pas encore
    Quel esprit devait éclore
    De cette éternelle aurore
    Qui vit l’Éternel créant ?
    Qu’avec toi l’âme ravie
    Pour jamais est assouvie
    Que dans la Mort est la Vie,
    Que la Vie est le Néant ?

    Je le savais dès l’enfance,
    Je le disais dans mes nuits ;
    Et l’espoir de ta présence
    Calme seul tous mes ennuis.
    Cependant j’aimais la vie
    Comme un marin ses dangers,
    Comme l’Esquimau n’envie
    Nul des soleils étrangers ;
    Comme un Chartreux aime l’ombre,
    Aime sa cellule sombre
    Et, libre, y revient toujours ;
    Comme un lévrier fidèle
    Caresse la main cruelle
    Qui le frappe tous les jours.

    Aujourd’hui je sais tout, je te vois, et j’embrasse
    L’avenir qui n’est pas, le passé qui n’est plus,
    Les temps qui doivent naître et les temps révolus.

    Je conçois l’espace,
    L’univers s’efface
    Et devant ta face
    Tout s’unit en toi.
    Je vois tout s’y peindre,
    Je vois, sans les plaindre,
    Les mondes s’éteindre
    Et fuir devant moi.

    Je puiserai ma force en ta force suprême,
    J’ose marcher vers toi, j’ose lever les yeux.
    Un seul de tes regards me révèle à moi-même :
    Je m’étais échappé de ton sein radieux,

    Perdu comme l’étincelle
    Qui, dans les nuits de l’été,
    Blanche et légère parcelle
    D’une immortelle clarté,
    Quitte le chœur des étoiles,
    Des vapeurs perce les voiles,
    Et tombe sur les roseaux
    Et s’éteint au fond des eaux.

    Laisse-moi pour un jour retourner sur la terre :
    Là, sur mon marbre noir, sous ma croix solitaire,
    J’irai m’asseoir en souriant ;
    Dire : « Je vis toujours » à ceux qui me regrettent,
    Qui, posant leurs genoux sur les fleurs qu’ils y jettent,
    Viennent me pleurer en priant.

    Alfred de Vigny

     

 

Publié dans DR.A.BENHAOUACHE

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