Hadj Mustapha Benamar nous livre quelques bribes sur son parcours de Moudjahid.

Publié le par LAGHOUATI

Hadj Mustapha BENAMAR à l’extrême droite

Hadj Mustapha BENAMAR à l’extrême droite

Merci cher frère pour votre précieuse contribution qui constitue une autre page à ajouter à l'histoire de notre ville et de notre pays.

J'aurais voulu aller un peu dans le détail les préparatifs qui ont précédé le maquis, comment étiez-vous organisés? Quels ont été vos relais? y a t-il eu des lycéens de Laghouat qui n'ont pas rejoint ( il suffit d'en donner le nombre ) . Comment s'est fait votre acheminement vers le Maroc ? Racontez-nous un peu le déroulement de l'accrochage et au cours duquel vous avez été blessé....

Parlez-nous aussi de votre parcours après l'indépendance et des différents postes de responsabilité que vous avez occupés successivement .

Mohamed Hadj-Aissa

 

 

 

Réponse à la première partie de vos questions sur les lycéens et étudiants algériens  qui avaient rejoint la Révolution.

 

Nous lycéens étions  fin avril 1956 à Laghouat pour les vacances de Pâques. Les échos  relatifs aux progrès de l’insurrection qui nous parvenaient jusqu’au sud et les actions engagées dans certaines zones du nord du pays  nous incitaient à  tenter d’entreprendre  quelque chose et d’agir.

Nous étions malheureusement par trop isolés dans le sud où il n’y avait pas encore des maquis  vraiment structurés dans notre région pour envisager de les rejoindre.

Nous comptions alors sur deux ou trois camarades  originaires de villes du nord du pays dont Daoud Akrouf élève de philosophie du collège Bencheneb de Médéa et comptions aussi sur Mahmoud mon oncle qui élève de mathématiques élémentaires au lycée Duverrier de Blida pensait pouvoir nouer pour nous des contacts via sa cellule estudiantine de Blida autrement plus active que celle que nous avions à Médéa.

Après quelques malentendus, la fameuse grève des étudiants et lycéens  fut enfin proclamée le 19 mai 1956.

C’est donc dans une ambiance rendue fébrile par l’annonce de cette  grève qui plus est, était illimitée que certains d’entre nous  décidèrent de partir pour le nord.

Pour éviter que nos parents ne s’opposent à notre départ, nous avions convenu de leur expliquer qu’étant donné cette grève, il nous fallait partir récupérer notre trousseau et affaires laissés  dans nos établissements respectifs.

C’est ainsi que le 24 mai 1956 nous primes l’autocar pour Djelfa puis le train pour rallier Médéa et Blida pour Mahmoud Benamar mon oncle.

 

Réponse  à votre question sur la participation des lycéens de Laghouat

 

Dans la photo ci après laquelle avait été insérée dans le livre « C’étaient eux les héros » on reconnaît quelques uns des lycéens de Laghouat élèves du collège Bencheneb de Médéa ayant pratiquement tous rejoint les maquis.

Dans cette photo,on reconnaît aisément parmi eux ceux morts  en héros en différents endroits du territoire national et à différentes périodes tels Mohammed Rezzoug et Mahboubi Mohammed (région de l’Ouarsenis) ,Djeridane Lazhari,Bouchareb  tombés dans la région de Chélif Tahar,Kazi Bachir blessé et Tadj Khaled encore vivants.

Benamar Mahmoud n’était pas sur cette photo  parcequ’il était élève à Blida au lycée Duverrier. Lui également était mort au combat lors d’un violent accrochage avec les parachutistes dans la région de Sidi Madani au dessus des gorges de la Chiffa.

D’autres lycéens et étudiants de Laghouat ont rejoint les rangs de la Révolution par différentes voies comme Ahmed Taouti mort en officier  dans un accrochage sur le barrage ouest tandisque que d’autres  ont rejoint l’ALN à partir d’Alger, du Maroc, de l’Europe ou du Moyen Orient.

A ne pas oublier Gourine Mohammed  chahid  qui accompagna longtemps le colonel Bougara en wilaya IV.

Nombre de Laghouatis parmi les jeunes et moins jeunes ont rejoint directement les maquis dans la région de Laghouat même tels le djebel Amour et  les monts des Ouled Nail.

Il y en eût qui prirent le maquis y compris dans les Aurès et ce dès 1954.

Les traditions de lutte et de résistance étaient fortement établies à Laghouat et ce depuis la résistance opposée aux troupes coloniales lors des deux sièges qu’elle eut à subir en 1852 alors que la population ne comptait guère plus de 5000 âmes et qui eut à faire face face à une armée de plus de 7000 hommes conduite par plusieurs généraux français.

Les héros  de Laghouat s’appelaient déjà Nasser Benchohra, Chérif Benabdallah,Hadj Bouziane et bien d’autres.

 

 

 

 

(place  pour la photo des lycéens) à insérer ici La photo n'a pas , malheureusement, pas pu etre insérée à cause de son volume important

 

Comment s’est fait votre acheminement vers le Maroc ?

 

Il  faut d’abord préciser que je n’ai pas  été acheminé sur le Maroc mais que j’avais au printemps 1957 pris la direction sud ouest pour une mission dans le sud oranais destinée à ramener des armes acheminées par l’ALN du Maroc  et qui revenaient à nous   c’est à dire wilaya VI.

En prévision de cette mission ,j’avais rejoint une de nos katibas  qui activait dans la région de Derrag à l’ouest de Boghari.

J’avais utilisé plusieurs subterfuges pour faire passer plus d’une centaine d’hommes de cette zone jusqu’au sud de Chahbounia (région plate et risquée) pour atteindre  finalement  le djebel Chemmar sis à l’ouest de Sougueur (wilaya de Tiaret) où m’attendait le capitaine Abdelaziz.

J’avais échangé avec lui des points de vue sur la manière d’atteindre le djebel Amour soit plus de cent kilomètres de terrain nu et risqué.

Nous nous étions pour cela rapprochés avec nos hommes de l’extrémité  du kef Ennef.
Nous fûmes ‘’vendus’’ par des habitants à l’époque acquis au capitaine de SAS du coin d’où l’arrivée rapide et relativement conséquente de troupes motorisées avec mitraillages par leurs avions d’où un accrochage bref et violent avec l’ennemi au cours duquel le capitaine Abdelaziz fut tué et moi blessé à la hanche.

J’avais par la suite  réussi à reprendre les choses en main nos hommes  en leur demandant de ne plus évoquer devant les civils un quelconque projet de passage vers le sud mais de laisser comprendre que nous retournions  plutôt vers le nord

 

 

 A marches forcées nous avions réussi en trois étapes à atteindre les premiers monts sis au nord du djebel Amour.

C’est sur le chemin  que nous avions pu croiser une unité de la wilaya V composée de combattants des Ouled Djerir fortement armée et commandée par  Zabana un ancien d’Indochine.

Il me fit savoir que je me devais d’établir le contact avec le capitaine Nasser ( Bouhizem Mokhtar et le capitaine Djelloul (Bakhti Nemmiche) qui eux montaient par un autre itinéraire vers le djebel Nador.

J’avais  alors demandé à nos hommes de la wilaya VI de continuer leur route en direction de la Gaada d’Aflou et j’avais donc accompagné  les hommes de la wilaya V pour revenir sur mes pas en direction du djebel Nador où nous parvînmes après trois nuits de marche.

Au petit matin des escadrons d’automitrailleuses blindées et des avions  vinrent en ratissage sur les hauteurs boisées où nous avions campée.

Accrochages avec des morts dans nos rangs et dans ceux d’en face.

Je fus blessé à la jambe ce qui me gênait pour marcher.

N’ayant pas réussi à localiser, j’avais décidé alors de repartir vers Aflou rejoindre notre katiba dans le djebel Amour et tenter là-bas de faire extraire une balle qui s’était logée presque à la surface de ma jambe et qui compliquait ma marche.

Pour tous ces détails longs à résumer , il serait plus intéressant de retrouver les péripéties qui s’en était suivies et rapportées dans ‘’C’étaient eux les héros’’.

 

Question relative à mon propre parcours après l’indépendance

A ce sujet et sur mes réflexions tout au long de ma carrière de cadre aux Affaires Etrangères puis plus tard dans  les administrations des finances et comme membre du gouvernement, j’ai entrepris l’écriture d’un ouvrage qui traitera de cela à partir de 1962 jusqu’à 1992.

Ce travail est déjà bien entamé et devrait être achevé dans peu de mois.

Cette période étant tout de même bien  plus longue que les années passées au service de la Révolution (1956-1962)  nécessite des retours sur des détails et situations autrement plus complexes.

 

Publié dans MUSTAPHA BENAMAR

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