Le Mendiant- poème de Victor Hugo-

Publié le par LAGHOUATI

 
 
 
 
Brahim Salhi Ayari

 

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LE MENDIANT


Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.
Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant
Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile.
Les ânes revenaient du marché de la ville,
Portant les paysans accroupis sur leurs bâts.
C'était le vieux qui vit dans une niche au bas
De la montée, et rêve, attendant, solitaire,
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre,
Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu.
Je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu.
Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme
Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »
Et je lui fis donner une jatte de lait.
Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait,
Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre.
« Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre,
Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu.
Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,
É talé largement sur la chaude fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.
Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,
Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations.

 

Victor Hugo, Les Contemplations (1856)

 
 
 

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Dania 29/11/2015 15:01

... Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,
Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations.

La misère quand elle revêt une âme poétique ... !!

Un autre dans une toute autre dimension!!


UN VIEUX LAPIN
Ce vieux, poilu comme un lapin,
Qui s'en va mendiant son pain,
Clopin-clopant, clopant-clopin,
Où va-t-il ? D'où vient-il ? Qu'importe !
Suivant le hasard qui l'emporte
Il chemine de porte en porte.
Un pied nu, l'autre sans soulier,
Sur son bâton de cornouiller,
Il fait plus de pas qu'un roulier.
Il dévore en rêvant les lieues
Sur les routes à longues queues
Qui vont vers les collines bleues,
Là-bas, là-bas, dans ce lointain
Qui recule chaque matin
Et qui, le soir, n'est pas atteint.

De Jean Richepin.