L’âtre de mon enfance Par Mohamed-Seddik LAMARA

Publié le par LAGHOUATI

L’âtre de mon enfance    Par Mohamed-Seddik LAMARA
L’âtre de mon enfance    Par Mohamed-Seddik LAMARA

L’âtre de mon enfance

 

Par Mohamed-Seddik LAMARA

 

Combien est exquise la douceur qui se dégage de l'âtre, quand accroupies à l'aube autour du foyer serein et lumineux, nos mamans s'affairaient à déposer sur le tadjin grésillant ces galettes enduites de beurre qui seront gloutonnement avalées par nous enfants affamés avant de nous rendre à la mahdara pour affronter les "foudres" du taleb devant lequel nous devions réciter par cœur les versets tracés la veille sur les tablettes de bois. Chaque famille d'apprenant devait, à tour de rôle, offrir tous les matins, un petit déjeuner assez copieux pour le cheikh. Généralement, une galette au beurre, des dattes sèches et un broc en métal émaillé débordant de café parfumé au "jertil" (une plante aromatique poussant sur les collines enserrant la vallée de Bousaada) ou au poivre noir. Quand venait mon tour de présenter à notre maître coranique, juste après la prière de l'aube, un plantureux plateau garni d'un broc de lait, d'un autre de café et suprême délice d'épais losanges de galettes au beurre fourrées de "ghars" (dattes écrasées) au goût rehaussé d'une secrète mixture de clous de girofle et de pelures de grenades finement pillés, c'est l'occasion pour moi de fanfaronner et de frimer devant mes camardes. En me voyant pénétrer dans la salle recouverte de tapis d'alfa, le cheikh ne peut s'empêcher d'écarquiller les yeux face à cette corne d'abondance matinale. Avec les mêmes gestes mesurés, il rabat avec grâce sur ses épaules les pans de ses deux burnous, l'un en laine l'autre en "oubar" (poil de chameau), esquisse un large sourire dessiné par une bouche lippue bordée de dents à la blancheur immaculée avant de se précipiter vers moi pour me débarrasser de cet alléchant présent minutieusement préparé par ma mère. Et de me lancer avec un air taquin: "alors sdidek, c'est le jour de la zerda, tu diras à ta maman qu'elle aura aujourd'hui droit à mes nobles prières;" Notre maître prend toujours le soin de s'isoler dans la "maqssoura" afin de déguster ce régal loin des yeux des petits apprenants dont les narines à l'odorat aiguisé, avaient aussitôt reniflé les irrésistibles senteurs dégagées par les douceurs au dattes mêlées à la capiteuse fragrance émanant de la cafetière encore fumante. En voyant leurs mines désolées par la déception de ne pas avoir eu droit à cette agape, un indicible sentiment de culpabilité m'envahit. La plupart d'entre eux étaient issus de familles extrêmement démunies qui arrivaient à peine à leur assurer le pain quotidien rarement accompagné d'un maigre ragout ou d'un petit lait souvent aigre. Notre famille, loin d'être aisée, avait la chance de disposer d'une vache et d'un non négligeable garde manger ravitaillé par les moissons de nos minuscules parcelles céréalières et les dattes que nous envoyaient depuis les zibans nos grands parents maternels.

 

 

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MOHAMED HADJ AISSA 22/12/2015 09:21

MSL , je t'attribue la palme du meilleur article du blog pour cette année 2015. Tu ne peux savoir quel effet il a eu sur moi ce matin. J'en suis tout assommé ,

MOHAMED HADJ AISSA 22/12/2015 09:21

MSL , je t'attribue la palme du meilleur article du blog pour cette année 2015. Tu ne peux savoir quel effet il a eu sur moi ce matin. J'en suis tout assommé ,

MOHAMED HADJ AISSA 22/12/2015 09:21

MSL , je t'attribue la palme du meilleur article du blog pour cette année 2015. Tu ne peux savoir quel effet il a eu sur moi ce matin. J'en suis tout assommé ,

MOHAMED HADJ AISSA 22/12/2015 09:21

MSL , je t'attribue la palme du meilleur article du blog pour cette année 2015. Tu ne peux savoir quel effet il a eu sur moi ce matin. J'en suis tout assommé ,

MOHAMED HADJ AISSA 22/12/2015 09:12

Depuis que j'ai lu ce matin cet article , je suis devenu triste , déroulant sans cesse en feed back le film de mon enfance et me revoyant près de l’âtre , regardant ma mère s'activer pour nous préparer café,galette ....Des moments magnifiques que tu as su , ce matin , réveiller en moi . Je comptais sortir faire quelques pas mais la force et la puissance de ton article ont été si grands que je n'ai pu le faire . Par temps d'hiver , ma mère me faisait une petite place tout près d'elle et me réchauffait sans cesse mes petits pieds tout gelés. Jamais je ne pourrais oublier ces moments de tendresse et d'amour . Nous avions faim des fois, nous endurions les grands froids des hivers de Laghouat, nous étions mal chaussés, mal vêtis mais oh combien heureux ! Nous avions la chaleur de la tendresse et de l'amour de nos parents , de nos proches, de nos amis et cela suffisait à nous rendre heureux . Merci encore une fois MSL ! Tu m'as tué !

MOHAMED HADJ AISSA 22/12/2015 02:39

,Tendres souvenirs d'enfance faite de privations, de punitions , de misère souvent, d’obéissance , d'hivers rigoureux, de pieds nus .;;;Mais également faite de joie ,de jeux, de farces, de beaucoup de bonheur , .... que nous évoquons toujours avec beaucoup de plaisir . Merci beaucoup MSL de nous avoir rappelé ces doux instants

llamara 22/12/2015 10:05

C'est plutôt à moi de te remercier mon cher MHAL d'avoir, à la faveur de ta contribution d'hier sur le blog (l'illustre horra autour du kanoun), réveillé en moi les "atres" d'un attendrissant passé enfouissant sous les éphémères cendres de l'oubli les inextinguibles braises qui, en les remuant avec le tisonnier de la nostalgie, provoquent la résurgence et l'éclat féerique des lumineuses paillettes pour nous faire remémorer dans une atmosphère magique les chroniques d'une enfance loin d'être dorée mais toute enrobée de tendresse et d'espoir. En ces temps de privations, nos parents, contrairement à l'ambiance défaitiste d'aujourd'hui dominée par les concepts de la désespérance (azma, taqachouf...) nous avaient déjà bien armés contre les épreuves et les vicissitudes de la vie. Notre Prophète (SAWS), ne nous a-t-il pas recommandé de nous exercer à la résilience: "IKHCHAOUCHINOU FA INNA ENNI3MA LA TADOUM" (ENDURCISSEZ-VOUS, LE CONFORT NE DURE PAS TOUJOURS).