YOUCEF LE DERNIER DES DON QUICHOTTE

Publié le par LAGHOUATI

YOUCEF LE DERNIER DES DON QUICHOTTE

YOUCEF LE DERNIER DES DON QUICHOTTE 

 

Chanson de Daniel Balavoine : Partir avant les miens.

 

Petite foule dense

Autour d'un corps s'endormant

Douceur immense

Pour le départ d'un parent

Calmement

Peint aux couleurs de l'artifice

Des bleus lisses et roses et blancs

Et lentement

Visages tendres sur l'herbe glissent

Se sourient en chuchotant

Et sans le moindre tourment

Ils fêtent mon enterrement

Cendres folles et s'envolent

Sous les yeux pâles et contents

Et s'unissent aux lucioles

Pour vivre un dernier instant

Et à jamais

Restent en suspens

Et j'ai souvent souhaité

Partir avant les miens

Pour ne pas hériter

De leur flamme qui s'éteint

Et m'en aller

En gardant le sentiment

Qu'ils vivront éternellement

Et simplement

Qu'ils fassent que la nuit soit claire

Comme aux feux de la Saint-Jean

Que leurs yeux soient grands ouverts

Pour fêter mon enterrement

Père et mère, sœurs et frères

Je vous aime puissamment

N'adresser aucune prière

Où que j'aille je vous attends

La poussière

Vit hors du temps

Il faut rester à la lumière

Dansez, buvez en me berçant

Que je vous aime en m'endormant

 

 

Nous sommes extrêmement attristés par la mort subite de Youcef Bourzeg ce monument , cette icone et ce Don Quichotte des temps modernes qui n'a eu de cesse sa vie durant de combattre l'incurie , la clochardisation, la rurbanisation de sa ville Laghouat par toutes sortes d'indus et de "bédouins", le mépris l'occultation la Hogra dont il a fait l'objet et tous les moulins à vent qu'il n'a jamais cesser de combattre.

 

Je suis, comme tout le monde, sous le choc de cette mauvaise nouvelle qui m'ait tombé dessus comme la foudre.

 

C'est toujours affreux et pénible lorsque la vie s'échappe aussi subitement.

 

Aujourd'hui nous avons tous une pensée très particulière pour le Grand, l’immense, l'inénarrable l'incomparable Youcef dont nous admirions tous, la résilience et le caractère.

 

Bourzeg Youcef à lui seul incarnait les vraies valeurs de Laghouat des Maghraouas et des Saints sans peur et sans reproches, il était très curieux des autres, très ouvert, il faisait partie de ces êtres uniques qui ont un petit plus, ce petit plus qui faisait toute la différence.

 

Il faisait aussi partie de ces personnages qui ont une belle âme de poète confirmé et de saltimbanque connu et reconnu par tout un chacun, qui ont vécu, qui ont souffert pour atteindre un objectif, pour dépasser leurs limites mais qui ont été empêchés par les médiocres de tous acabits et de toutes obédiences , par les mauvaises langues et autres ronds de cuir pour ne jamais finaliser leurs quêtes d'absolu .

 

Tout cela avait forgé son caractère. C'est ce qui fait que ces personnages hors du commun se démarquent et se remarquent.

 

Bourzeg Youcef le Serghini iconoclaste et fier faisait partie de ces gens-là.

 

Au-delà de tout, sous les cieux infestés par la médiocrité, la ville de Laghouat qui se dépeuple de plus en plus, est constamment orpheline de ses authentiques enfants qu'elle perd les uns après les autres .

 

Ta présence nous manque tellement/tant,

Que si c'était possible nous reviendrions dans le temps,

Juste pour réentendre ton rire,

Et te voir à nouveau sourire

 

Tu nous a appris l’amour inconditionnel.

 

Vous savez ce don de soi qui ne se voit que dans les yeux brillants des êtres chers.

 

Il nous disait comment il aimait sa famille, sa ville et tous les autres sans les juger, tous, aussi compliqués ou simples qu’ils étaient les uns plus que les autres.

 

Il nous vantait toujours les mérites des uns et des autres, mêmes s'ils étaient si différents de lui et de ses pensées.

 

Il nous racontait , poésies et son Oud aidants comme au temps des anciens troubadours les premiers pas amoureux de ces couples de jadis qui étaient pareils à l'amoureux transi qu’était le grand Benkeriou qui se formaient et qui se plaçaient constamment entre l’arbre intransigeant du Papillon et l’écorce tendre de la Cloutier.

 

Par des paroles sages, il avait le don de nous faire tellement grandir en nous il était si encourageant et surtout, il nous inspirait par son témoignage poignant de vie.

 

On ne peut s’empêcher de voir dans ces gestes d’accueil inconditionnel à l'endroit de toutes personnes venant frapper à sa porte plus que dans n’importe quelle parole qu’il aurait pu leur dire ou proférer à leur encontre .

 

Jamais il ne semblait découragé de sa vie, de ses sacrifices et de ses efforts au service des autres.

 

Tellement il semblait immensément libre dans ses choix.

 

Libre aussi par ses pas lors de ses nombreuses marches et méditations qui, lorsqu’elles se sont subrepticement interrompues, ont marqué la première étape de son mal de vieillir.

 

Libre, il l’était également dans ses opinions contrairement à beaucoup de gens de son temps tous ou presque devenus des adeptes invétérés du prendre le bâton par le milieu, contrairement à lui qui n’était ni "faux cul" ni bigot et encore moins hypocrite .

 

Il constatait que beaucoup de gens jugeaient pas mal les autres sur des broutilles, ce qu’il ne se serait jamais permis.

 

Sa fierté de voir enfin les choses changer dans le bon sens lui donnait souvent un petit répit dans sa quête d’une liberté perdue même au sein de sa maison Bunkerisée et dont le ciel et le soleil lui ont été volontairement confisqués obstrués par un mauvais voisin, indu et rurbain de surcroît, encouragé par ses accointances avec les plénipotentiaires et les Ponce Pilate du pouvoir local !

 

Maintenant Youcef , puisque tu as brisé tes chaines , tu es enfin libre . 

 

Tu peux partir en paix pour rejoindre Bacha et Rey Malek dont tu vantais les mérites et dont nous avons pu constater de visu cette même et sublime appartenance.

 

Pars l'esprit serein et le cœur léger pour ce beau voyage vers ta belle éternité toi qui en avais si envie de voir du pays en compagnie de celles et ceux que tu avais tendrement aimé.

 

Veille quand même de la haut un peu sur nous et sur ta ville et salut pour nous celles et ceux qui nous ont déjà précédé dans les vastes prairies du Seigneur.

 

Nous savons combien ils ont été peinés ces dernières années de te savoir moins libre de tes mouvements, particulièrement celles et ceux qui t'accompagnaient inlassablement dans ta quête de liberté et d'indépendance et qui ne sauront plus comment occuper ce temps libre qui sera O! Combien fastidieux et très lourd que ton départ précipité oblige.

 

Quant à nous, inconditionnellement, nous continuerons d’accepter nos différences et notre multitude comme tu nous l’as toujours montré.

 

Merci de nous avoir aidé dans nos premiers pas vers la vraie liberté qui nous libère de nos vieux démons .

 

Merci de m'avoir beaucoup aidé à balbutier mes premiers mots rimés et de m'avoir aidé à relire fièrement le brouillon de mes nombreux premiers pas.

 

En sortant du cimetière de Sidi Yanes qui accueillit ton corps, nous avons repris notre marche, heureux de te savoir enfin délivrer et parfaitement épanoui.

 

Chapeau bas mon cher ami et Salut l'artiste

 

Amine Lotfi

 

Publié dans AMINE LOTFI

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Soukehal Djamal Abdenasser 12/05/2016 09:41

Merci Amine Lotfi ...Pour lui ....il aurait aimé lire cet hommage posthume ....il l'aurait surement commenté ......dans un de ses messages privés il m'avait écrit = plus tard je me contenterai de mettre des j'aime ou carrément passer inaperçu.J'en ai marre de souffler dans une gourde trouée.......
moi j'ai toujours condamné les acteurs pas leurs enfants que je respecte énormément
Djamal Abdenasser Soukehal
28/11/2012 19:29
Djamal Abdenasser Soukehal
il faut le dire que rien n'a changé, les acteurs ont changé, mais c'est le même scénario
bonne nuit mon ami....
Youcef Bourezg
28/11/2012 19:33
Youcef Bourezg
il y a des poèmes pire que ceux de 1986 mais la conjoncture s'avère très risquée pour un citoyen vulnérable sans défense.....C'était Youcef .....
Tu es bien là où tu es ....Troubadour des temps modernes .....