Prévalence des cancers dans la wilaya de Laghouat : les huiles askarel fortement incriminées Par Mohamed-Seddik LAMARA*

Publié le par LAGHOUATI

Prévalence des cancers dans la wilaya de Laghouat : les huiles askarel fortement incriminées

Par Mohamed-Seddik LAMARA*

En lisant l’article posté hier sur le blog de l’histoire et de la culture de Laghouat et relatif à l’inquiétante prévalence  à travers cette wilaya des cancers, imputés à juste titre aux huiles askarel connues des initiés sous le nom d’huiles à base de polychlorobiphényle (PCB), ma conscience a aussitôt été fouettée par une aussi dramatique révélation qui mérite mon témoignage. Un témoignage qui pourrait – je m’engage à l’apporter si besoin est ; c’est pour moi un devoir sacré – servir d’atout aux victimes (ou à leurs ayant droit) de cette redoutable pathologie s’ils venaient à se constituer partie civile. Celui de l’ex wali de Laghouat (1984 – 1989), M. Abdellatif Bessayeh, pourrait, lui aussi, être requis dans cette éventualité.

Au printemps de l’année 1987 (je ne me rappelle pas exactement du mois et du jour, car je ne suis pas parvenu à retrouver, présentement, trace des écrits de mon enquête sur le sujet), une source digne de foi ayant approché mon confrère du bureau APS de Médéa, m’informa dans l’urgence du convoiement depuis cette ville vers Laghouat d’un important chargement de transformateurs électriques de la SONELGAZ contenant des huiles askarel. Elle me fournit dans le détail le type de camion (un semi remorque), sa couleur et son immatricule et l’heure de son départ. Armé de ces informations j’ai, en tenant compte d’une moyenne pondérée de la vitesse de déplacement du véhicule estimée à 5O km/h, de la distance séparant Médéa de Laghouat, tablé sur une attente de dix heures. Prenant mes devants, à environ deux heures de l’arrivée probable du camion, je me suis rendu à l’entrée nord du pont de l’oued M’Zi pour guetter l’arrivée de ce dernier. Mes prévisions s’étaient avérées justes puisque, je n’ai pas eu longtemps à attendre. Un sourd vrombissement de poids lourd me parvint à l’oreille. Dans la voiture de service stationnée direction sud-sud, j’eu juste le temps de relever la tête du journal que je lisais, pour apercevoir un semi remorque s’engouffrant à grande vitesse dans le pont. Une course poursuite s’ensuivit. Ce n’est qu’au niveau du quartier « El Gouatine » que j’ai pu rattraper le camion. C’était bien lui. Sa course folle ne pouvait être autrement motivée que par quelque dessein de se débarrasser au plus vite de sa funeste cargaison. Chargé de plusieurs  dizaines de transformateurs électriques reconnaissables à leur structure dentelée, il tanguait tout en projetant des giclées  d’un liquide translucide sur le pare brise de mon véhicule. Ca collait fichtrement sur la lunette. Ni le liquide lave vitres ni les essuie glaces actionnés à la cadence « 3 », ne parvinrent à débarrasser les larges auréoles plaquées  sur la lunette. Ma conviction fut des plus nettes. Mon informateur s’est avéré  une source sûre. Les redoutables huiles askarel sont bien arrivées. Ceux qui ont décidé de s’en débarrasser pour les transférer jusqu’à Laghouat étaient-ils conscients du caractère criminel d’un tel forfait ? Me suis-je demandé. Mon inquiétude alla crescendo à mesure que je me remémorais les informations puisées, la veille dans l’encyclopédie « Larousse » alertant  sur les effets extrêmement mortels de ce produit dont la dangerosité avait été découverte plusieurs années auparavant au Japon suite à l’ingestion par des villageois de riz mêlé, accidentellement, à des huiles askarel.

 

 

 

A la sortie sud de Laghouat, le semi remorque vira, sans actionner le clignoteur, en direction de l’espace actuellement investi par la zone d’activité et de dépôt. Rattrapé à hauteur d’un grand hangar (celui de la Sonelgaz probablement), le chauffeur refusa de me fournir la moindre information se contentant de me rétorquer : « ana rajoul maamour ». Au district de la Sonelgaz j’eu droit au même mutisme. « Le chef est en mission », m’avait-on répondu. Je passe au bureau APS pour balancer, par télex, un flash urgent au siège central de l’APS avant d’entamer mon enquête. Mis au courant, le wali de Laghouat, M. Abdellatif Bessayeh à qui j’ai remis une copie du câble, semblait tomber des nues. Visiblement « paniqué » par l’information, il me sollicita afin de sursoir à l’envoi de mon enquête jusqu’à ce que la wilaya fasse la sienne par le biais d’une commission. Chose que j’ai totalement refusée puisque, le lendemain à l’ouverture du bureau j’ai envoyé pas moins de cinq dépêches copieusement documentées et recoupées à la centrale. Extrêmement sensible mon reportage a été mis sous embargo par l’APS qui en a référé aux hautes instances. Pour avoir bloqué sa transmission,  je tiens jusqu’à ce jour rigueur au directeur général de notre agence d’information officielle auquel, d’ailleurs, je n’avais pas manqué de reprocher sa pusillanimité. Dommage qu’à cette époque la presse indépendante n’avait pas encore droit de cité. Autrement j’aurais pu, à mes risques et périls, le faire paraitre dans un quotidien comme celui d’El Watan où mes écrits sont toujours bien accueillis. Je regrette, également, de ne pas l’avoir fais entretemps, croyant que la cargaison de PCB avait été traitée selon les normes pour annihiler sa nocivité. Malheureusement ça n’a pas été le cas. Le blog de l’histoire et de la culture de Laghouat vient de le révéler hier (le jeudi 08/01/2014). Mais il n’est jamais trop tard. Peut-être que mon témoignage constituerait-il une amorce pour relancer des investigations plus poussées sur les ravages des askarels à travers le territoire national. Il me semble qu’ils sont nombreux mais Tus pour des raisons d’impuissance coupables des autorités. Dernièrement j’ai appris que des artisans activant dans la récupération des métaux ferreux s’adonnaient, sur les rivages de l’oued Hamiz, au moyen de chalumeaux, au décapage de vieux transformateurs électriques en cuivre contenant des résidus d’huile d’askarel. De quoi avoir froid dans le dos, quand on mesure l’accroissement exponentiel des nouveaux cas de cancer enregistrés chaque année dans l’est algérois. Les effluents qui se jettent dans les barrages de cette zone ne constituent-ils pas une réelle menace d’intrusion des PCB dans les adductions d’eau potable (AEP) ? Il convient de le vérifier au plus vite.

Pour revenir au scénario du transfert des équipements de la Sonelgaz gorgés d’huiles askarel de Médéa à Laghouat, il convient de préciser que la wilaya avait, suite à mon alerte, provoqué un branle bas de combat pour parer au plus urgent : confiner les huiles mortelles dans des sarcophages en béton armé  enterrés dans un lieu situé au sud de la ville. Mais depuis, celle-ci a connu une fulgurante expansion urbaine dans cette direction. Que sont devenus les sarcophages ? N’auraient-ils pas été exhumés ou même éventrés par des travaux de terrassement généralement menés à la hussarde. Les PCB ne se seraient-ils pas infiltrés dans les nappes phréatiques ? Autant de questions qui méritent des réponses rapides. Les huiles askarel tuent pernicieusement. Pour s’en convaincre il n’y a qu’à lire l’article joint à cette contribution. Personnellement, je doute fort que les mesures qui y sont recommandées, aient été suivies à la lettre. M.S.L

                                                                                                          *Ancien correspondant permanent de l’APS à Laghouat

 

 

Les huiles askarel : hautement cancérigènes (in le Quotidien d’Oran)

 

 

Les huiles askarel, connues des initiés sous le nom d'huiles à base de polychlorobiphénile (P.C.B.), si elles ne représentent pour le commun des citoyens qu'une vague idée de danger, constituent par contre pour les autorités une préoccupation de premier plan.

Comme nous le dira M.Ramdani Toufik, ingénieur d'Etat chargé du dossier PCB à la direction de l'environnement de Constantine, c'est un produit hautement cancérigène, surtout en cas d'incendie, dès lors que les émanations de fumée peuvent mener toute une population à une véritable catastrophe. Et les propos de notre interlocuteur sont loin d'être emprunts d'alarmisme: preuve en est le décret présidentiel numéro 87-182 du 18 août 1987 qui réglemente d'une manière on ne peut plus stricte les conditions d'exploitation, d'utilisation, de manipulation, de transport, de stockage des huiles askarel, des équipements qui en contiennent et des matériaux contaminés par ce produit.

Reste à savoir dans quelle mesure dans notre pays ces conditions, draconiennes, faut-il le souligner, d'exploitation, d'utilisation et de stockage sont respectées. En tout cas, selon nos informations, les autorités centrales et particulièrement le ministère de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire sont passés à une vitesse supérieure pour faire désormais l'économie de stockage de ce produit et le danger potentiel qu'il représente. En effet, décision a été prise de recourir aux services d'une entreprise française de dimension internationale spécialisée dans le traitement des polluants dangereux, particulièrement l'amiante et les polychlorobiphéniles (PCB).

Cette entreprise française, COFAL en l'occurrence, comme le souligne M.Ramdani, a répondu aux sollicitations du ministère de l'Environnement pour se charger de recenser au niveau des 48 wilayas du pays les postes PCB en rébus, de les démanteler puis de les exporter vers la France et la Belgique où ils seront incinérés dans des unités spécialisées d'incinération. Cette entreprise, avec son partenaire Europlasma, propose des solutions de traitement de déchets solides et utilise des moyens technologiques afin d'éviter l'enfouissement en décharge.

Il faut savoir que depuis le début des années 90, dans chaque wilaya, un comité askarel a été installé. Il est composé de représentants de la direction de l'environnement, de la santé, de la protection civile et de la Sonelgaz. Son rôle reste évidemment de veiller au grain. Par exemple, si les équipements électriques contenant les PCB qui sont en fonction font l'objet d'un entretien régulier ou encore si des équipements en rébus sont stockés en toute sécurité. En ce sens, il y a lieu de souligner que seules certaines réparations sont autorisées sur les équipements en question. En tout cas, celles qui ne nécessitent pas la vidange totale ou partielle de l'huile askarel et surtout d'opération de soudure. Ceci pour dire que la manipulation de ce genre d'appareil reste à hauts risques.

Selon le responsable au niveau de la direction de l'environnement, M.Ramdani Toufik, dans la wilaya de Constantine, l'entreprise française a recensé 100 transformateurs mis en rébus et stockés dans différents secteurs d'activité.

 C'est ainsi que COFAL a recensé 7 transformateurs dans le secteur de la santé, 1 transformateur dans celui de l'éducation, 5 autres à l'université. Dans le secteur de l'agriculture, l'entreprise française a recensé 2 transformateurs, 3 autres dans le secteur des collectivités locales et enfin 22 dans le secteur de la défense nationale. Le recensement a également touché le secteur des transports avec 14 transformateurs et 3 dans le secteur des communications. Il reste en dernier lieu à signaler que le secteur de l'industrie compte près de 40 transformateurs recensés par COFAL.

Durant une première phase, apprend-on de M.Ramdani, l'entreprise française a collecté 55 transformateurs qui ont été vidangés, confinés dans des conteneurs spéciaux (big bag) et expédiés en Europe pour incinération. Cette opération, qui a été effectuée à Constantine, l'aura été également dans les autres wilayas du pays. En attendant l'actualisation du dernier recensement, il reste près de 45 transformateurs usagés à Constantine qui feront l'objet d'une expédition vers l'Europe dans une seconde phase, qui devra intervenir prochainement. Nous saurons en ce sens qu'un avis d'appel d'offres international a été lancé par le ministère de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire pour l'enlèvement et l'incinération des transformateurs en rébus. 

 

 

 
 
Zone contenant les pièces jointes
 
 
 
 
 

Publié dans Med Seddik LAMARA

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Mustapha 26/06/2016 02:37

Que chacun sache que le mensonge a de tout temps était l'arme du lâche. On peut mentir une fois à tout le monde, on peut mentir tout le temps à une personne, mais on ne peut pas mentir tout le temps à tout le monde. Que les autorités suivent de près cette affaire pour faire jaillir la vérité. Mais s'aviser à ternir l'image d'un honnête autochtone qui ne fait d'ailleurs plus partie de ce bas monde, en voulant lui faire endosser cette triste affaire aux yeux de ses concitoyens, ca s'appelle la lâcheté et il n'y a pas meilleur qualificatif. La personne en question (R.Y) s'est endormi la conscience tranquille, mais eux !!!!

Mustapha 25/06/2016 14:09

Gallék : Le mensonge est comme une blessure, quoiqu'elle guérisse, la cicatrice reste toujours. Ceci pour rappeler avoir lu par le passé un article traitant de la présence de ces huiles dans notre Wilaya. Il se trouve que le journaliste auteur de l'article a gratuitement porter atteinte à la dignité et a la probité de l'Ex Directeur des PTT, rabbi Yarahmou (B.M puisque c'est ainsi qu'il l'avait désigné) qui n'est autre q'un digne fils de la ville, en lui faisant endosser vicieusement la responsabilité de cette affaire. Alors sachez Messieurs et une fois pour toute, que l'Ex Directeur des PTT n'a jamais demandé ni accepter le transfert de ce poison dans sa ville. C'était une décision inter- ministérielle et le poids d'une plume ne peut déséquilibrer celui d'un bœuf. Où était ce Bessayeh Wali de cet époque ? Où était son armada de Directeurs de la Wilaya ? C'est sous les ordres de qui pour que ce poison atterrisse chez nous, pour pouvoir essuyer le couteau sur l'un des nôtres. Mahgourti ya Jarti et c'est parcequ'il est d'ici !!! La responsabilité morale de cette catastrophe écologique, qui fait des centaines de victimes incombe directement aux hauts responsables qui ont pris la décision de tuer a petit feu la population.

Soukehal Djamal abdenasser 21/06/2016 18:17

Merci d'avoir dénoncé cette action inhumaine ....

lamara 22/06/2016 00:12

Il est des silences impardonnables, surtout ceux qui font trébucher la vérité.