SI EL HADJ ABDELKADER DADA CHEVALIER DU DÉSERT 3EME PARTIE.

Publié le par LAGHOUATI

SI EL HADJ ABDELKADER DADA   CHEVALIER DU DÉSERT  3EME PARTIE.
SI EL HADJ ABDELKADER DADA   CHEVALIER DU DÉSERT  3EME PARTIE.
SI EL HADJ ABDELKADER DADA   CHEVALIER DU DÉSERT  3EME PARTIE.

 

 SI EL HADJ ABDELKADER DADA

 CHEVALIER DU DESERT  3EME PARTIE.

 

Nous étions toujours deux amis à écouter avec le plus grand plaisir SI EL HADJ ABDELKADER nous narrer les épopées héroïques de son odyssée saharienne : Votre Serviteur et mon ami K.M. Nous étions des amis communs à son fils MD. YOUNES (A.Y). Nous formions un trio inséparable.

Celui-ci ne manquait jamais de donner un coup de main à son père dans son atelier de vulcanisation, sis au garage de Khanfar à l’entrée de la rue Diours (KRAA FARRAH). C’était là que nous nous rencontrions souvent ; et c’était là aussi que SI EL HADJ ABDELKADER nous révélait la majorité de ses souvenirs autobiographiques…

Cette fois, c’était un jour de l’AID EL FITR, mon ami K.M. et moi décidâmes d’aller chez lui pour lui présenter nos vœux, comme à l’accoutumée. Cette initiative était devenue une habitude à chaque occasion solennelle. Donc, je peux affirmer qu’il attendait, chaque fois, indubitablement notre visite…

C’était au cours de cette rencontre, qu’il eut la gentillesse de nous faire revivre les péripéties de sa mission humanitaire au NIGER voisin.

-« C’était l’année 1964, commença-t-il, l’Algérie venait de recouvrer sa souveraineté depuis peu. Un DON sous forme d’une aide alimentaire de notre pays nouvellement indépendant, devait être acheminé vers le nord du NIGER, précisément jusqu’à AGADEZ, qui abritait une importante population de pasteurs nomades Touaregs, menacée de famine !

Cette cargaison alimentaire composée de légumes secs, était répartie dans 5 camions, dont le mien. Notre convoi devait réceptionner le chargement à la gare ferroviaire de TOUGGOURT ; et de là, la convoyer à travers le désert jusqu’à AGADEZ au NIGER. Soit un long périple d’environ 2750 kilomètres de routes puis de pistes pour arriver à destination…Le trajet prévu devait suivre le tracé : TOUGGOURT/LAGHOUAT/GHARDAIA/EL-GOLEA/IN SALAH/TAMANRASSET/IN GUEZZAM/ARLIT/AGADEZ.

La route bitumée s’arrêtait à l’époque, à EL GOLEA. Au-delà, c’est  la « piste principale » qui mène jusqu’à TAMANRASSET ; entrecoupée çà et là d’innombrables pistes secondaires qui se dirigeaient partout et nulle part… ».

« D’habitude, nos chefs ne nous imposaient jamais un « chef de mission » officiel quand on devait évoluer en convois. Chacun était individuellement responsable de son fret. Mais entre nous on s’accordait pour « désigner » un chef « officieux », agrée par tous.

On considérait que c’était nécessaire, plus sage, et plus pratique…

En général, le choix se faisait sur le plus âgé, plus ancien, donc le plus expérimenté d’entre nous. Ses directives et ses conseils étaient suivis et exécutés scrupuleusement. Les « jugements » qu’il prononçait, en cas de litige, étaient sans appel et acceptés par tous ! Par conséquent, ce fut SI EL HADJ TAHAR qui fut plébiscité « chef de notre caravane ».

Les préparatifs du voyage durèrent une journée entière ; puis le lendemain, avant le lever du soleil, le convoi s’ébranla vers sa lointaine destination. La traversée entre TOUGGOURT et TAMANRASSET se déroula sans incident notable, et dura 5 jours ».

« La halte de TAMANRASSET dura 2 jours ; que nous mimes à profit pour nous reposer un peu, vérifier l’état des véhicules, assurer l’arrimage des chargements, compléter les provisions, remplir les réservoirs de carburant, et refaire le plein d’eau. MAIS…plus que tout, nous étions tenus d’inclure avec nous un GUIDE Targui, engagé par la société pour nous indiquer le chemin à suivre ; et qui devait intégrer le convoi à partir de TAM. Ce guide, âgé d’environ 50 ans, mais qui en parait 20, nous rejoignit à la fin de la 2eme journée de pause et s’appelait BOUBACAR. Il était grand de taille, le visage grave mais les yeux doux, le sourire facile bien qu’empreint d’une certaine mélancolie. Celui-ci  nous était indispensable, car au-delà de TAM. C’était pour nous un mystère complet.

Passé cette ultime frontière, la route se fondait en piste avant de se perdre dans les sables du désert africain.

Nos préparatifs achevés, nous primes la piste vers IN GUEZZAM à 400 kilomètres de là, le lendemain matin vers 8 heures. La ville dormait encore »

« Une jeune femme targuie surgit de nulle part, enroulée dans son TISSERNES multicolore, s’avança vers nous d’un pas hésitant. Arrivée près des véhicules, elle nous interpella en TAMACHEK. N’y comprenant rien à son baragouin, BOUBACAR fut mis à contribution et nous traduisit sa demande qui consistait à l’emmener avec nous jusqu’à IN GUEZZAM pour rejoindre son nouveau mari qui y travaille. SI EL HADJ TAHAR lui signifiât un Non catégorique.

-«  Il n’est pas question de nous encombrer d’une femme, inconnue de surcroît, et d’ajouter davantage de difficultés à notre entreprise, alors que nous sommes en mission officielle ! C’est une lourde responsabilité que nous ne pouvons assumer ! » Déclara-t-il. Nous soutînmes cette décision qui nous paraissait juste.

« Les camions lourdement chargés se mirent en mouvement et quittèrent, en cahotant la capitale de l’AHAGGAR.

Passé la dizaine de kilomètres balisés à la sortie sud de la ville, il n’y’a plus de plaques ni de bornes. J’étais en 3ème position.

Pendant les 80 premiers kilomètres, la piste était recouverte de sable mou, du sable poudreux qui se jetait contre les véhicules et recouvrait leurs occupants. En plus, elle n’était pas très visible ».

« Tous les 50 kilomètres, notre guide nous intimait de nous arrêter pour faire le point sur notre itinéraire ; reconnaitre ses points de repères ; corriger son orientation si nécessaire…Une fois rassuré sur notre sort, il retira lentement ses ustensiles d’un sac en toile, s’assit par terre, et commença à préparer son thé sur un feu de bois d’acacia. Nous n’avions plus qu’à faire de même. Le Targui aime le feu, mais juste pour le thé et le dialogue. Il ne manque d’ailleurs jamais l’occasion de se faire un thé ! ».

« Le trajet TAMANRASSET- IN GUEZZAM dura deux jours sans difficultés majeures. Nous roulions à une vitesse de 35-40 km/h. du lever au coucher  du soleil avec les pauses obligatoires : repas ; thé ; prière…

IN GUEZZAM à cette époque se limitait à quelques cabines sahariennes occupées par des éléments des Douanes Algériennes, en sus de quelques huttes de nomades Touaregs disséminées çà et là.

A quelques encablures du poste frontalier vers l’Est, on pouvait distinguer la margelle d’un puits ancien surmontée de deux piliers en bois sur lesquels était fixée une poulie de même nature avec une corde qui pendait à l’intérieur. Ce devait être la seule source d’approvisionnement en eau potable dans ce patelin du bout du monde ; me disais-je ».

« Nous étions arrivés dans ce lieu peu avant la tombée de la nuit. Les formalités administratives furent expédiées rapidement, et nous décidâmes d’y passer la nuit. Nous choisîmes une espèce d’esplanade assez vaste, un peu en retrait du cantonnement douanier, et nous y installâmes notre bivouac. La journée s’acheva  par un diner convivial entre collègues devenus des amis par la force des choses ; luttant ensemble contre cette nature hostile, surmontant ses multiples obstacles de toutes sortes ; cette amitié forgée dans la dureté de notre misérable vie ! Notre seul mot d’ordre était : Rester optimiste et garder l’espoir malgré les épreuves.

La conversation qui se poursuivait autour d’un délicieux thé préparé cette fois par notre guide BOUBACAR, allait bon train ; quand nous vîmes dans la pénombre, un agent de la douane, âgé d’une vingtaine d’années venir vers nous. La conversation marqua une pause ».

-«  Bonsoir chers frères ! La lumière de notre bucher éclaira faiblement le visage de l’intéressé. Je suis de LAGHOUAT. Je m’appelle…fils de ……Nous habitons au quartier…..rue……près de……Est-ce qu’il y’a des LAGHOUATIS parmi vous s’il vous plait ? ».

Nous étions 3 chauffeurs de Laghouat et 2 d’El goléa.

-«  Oui, nous sommes trois ici ; répondit SI HADJ TAHAR ; Moi, SI BRAHIM que vous voyez là-bas, et SI ABDELKADER qui est là près de moi. ». On lui servit  un verre de thé tout en lui souhaitant la bienvenue. Je réalisais que je connaissais son père, commerçant de son état.

-«  Je suis infiniment heureux de rencontrer des compatriotes dans cet endroit sinistre ; dit-il ». Il semblait abattu et dépressif. « Vous voyez, nous sommes ici une quinzaine de personnes avec un Infirmier. Nous logeons dans ces baraques. Nous préparons nous-mêmes nos repas. Le camion vient nous ravitailler une fois tous les 15 jours. Des fois, Il nous ramène  notre paye et le courrier. Pour l’eau nous avons un puits là-bas que nous partageons avec les caravanes de passage et les rares voyageurs qui transitent par notre poste. Pour tout véhicule, nous avons cette LAND ROVER, véritable pièce de musée, avec laquelle on fait des patrouilles sur un rayon de 30 kilomètres. D’ailleurs elle a rendu l’âme il y’a 20 jours de cela, et nous attendons toujours la pièce de rechange pour réparer !! ».

-« Comment faites- vous pour communiquer avec le monde extérieur ? », demanda SI HADJ TAHAR.

-«  Nous avons un poste émetteur-récepteur de transmission radio que nous faisons fonctionner au moyen de notre groupe électrogène ».

La discussion continua ainsi jusqu’à une heure tardive de la nuit. Après quoi tout le monde se coucha. Le bucher s’était éteint depuis un bon moment…Il commença à faire très frais et on a  dû recourir à nos couvertures en laine. «  Le Sahara t’offre une journée « hammam » et une nuit « frigo », ironisait SI EL HADJ ABDELKADER.

« Le lendemain nous traversâmes la frontière et pénétrâmes en territoire Nigérien. Après IN GUEZZAM, c’est du sable à perte de vue. Nous nous arrêtâmes un moment pour procéder au dégonflage des pneus. Les pneus dégonflés seront plus mous et s’enfonceront moins. Nous continuâmes ensuite notre route jusqu’à ASSAMAKA, distante d’environ 30 kilomètres de la frontière Algérienne, et poste frontalier Nigérien.

Quelques Acacias et Tamaris isolés se distinguèrent au loin. C’est ASSAMAKA. Quelques gourbis surgis du désert, cerné par le néant des sables. Au poste frontalier il n’y avait que quelques militaires Nigériens qui déambulaient sans conviction entre les masures en TOUB. Après les formalités d’usage, nous reprîmes notre route : Les ordres de mission du Croissant Rouge Algérien faisaient office de passeports.

« Entre ASSAMAKA et ARLIT, on progressait à la vitesse moyenne de 20 km/h; en raison de l’état déplorable de la piste. BOUBACAR nous informa que la distance entre ces deux localités était de 200 kilomètres !

De temps à autre, dans ces lieux restés déserts, nous recevions des visites brèves et inattendues de quelques autruches, oryx, addax, ou gazelles. A 80 kilomètres  d’ASSAMAKA, nous installâmes notre bivouac au pied de deux acacias, dans un minuscule vallon rocheux qui nous protégeait un peu du vent. Ces arbres, les seuls que l’on puisse observer à plusieurs kilomètres à la ronde, constituaient un refuge, un endroit plus accueillant dans cette immensité ; en plus de leur utilité comme repères durant notre voyage.

Nous déballâmes notre « barda » pour la nuit. Des équipes de deux personnes se relayaient à tour de rôle pour la préparation des repas. Tout le monde s’activait, qui, pour faire sa prière, qui, pour laver son linge, qui, pour préparer le thé…BOUBACAR, lui, apprêtait son thé lui-même, à l’écart de toute cette agitation.

Un chauffeur d’El Goléa, nommé Abderrahmane, âgé d’une trentaine d’années, prit un broc rempli d’eau et se dirigea en direction d’un bloc rocheux, distant d’une centaine de mètres pour effectuer ses ablutions.

Soudain nous entendîmes un cri rauque provenant du rocher en question. Nous nous regardâmes un court instant sans comprendre, puis nous nous élançâmes tous ensemble comme un seul homme. Seul BOUBACAR, allongé sur le sable, savourant son thé, restât impassible et  ne  bougea  pas. N’a-t-il rien entendu ? Personne ne sait. Personne n’a osé lui poser la question. C’est resté un mystère non élucidé jusqu’à nos jours… ».

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 FIN DE LA 3EME PARTIE.  A SUIVRE.

 Bonne Journée à tous(tes).

 

KAMAL HADJOUDJA

 

Publié dans K.HADJOUDJA

Commenter cet article

Lamara 25/08/2016 01:29

Bravo si Kamal! Un récit ensorcelant. La manière d'en soutenir l'intérêt pour sa lecture, me rappelle le fameux roman: "LE SALAIRE DE LA PEUR"

HADJOUDJA KAMEL 25/08/2016 16:04

MERCI CHER AMI ! Moi aussi je me délecte de tes métaphores qui multiplient les vues de l'esprit et laissent voir la vérité à travers une image étrangère. L'image substituée que tu places réellement devant les yeux à la place d'une idée. C'est vrai qu' " une métaphore vaut mille mots", d'après H.G. SURVILLE.
Et tes RÉFLEXIONS judicieuses et O combien d'actualité !! Je me suis mis à les consigner dans un petit carnet pour la postérité. Qui sait? Peut-être qu'un jour l'un d'entre nous ou quelqu'un d'autre après nous en fera un petit recueil...
En attente de te lire avec plaisir, je te souhaite une très belle journée.