Hadj Tedjani Mansouri- par Nouredine Cotte-

Publié le par LAGHOUATI

Hadj Tedjani Mansouri- par Nouredine Cotte-
Hadj Tedjani Mansouri- par Nouredine Cotte-
Hadj Tedjani Mansouri- par Nouredine Cotte-
Hadj Tedjani Mansouri- par Nouredine Cotte-
Hadj Tedjani Mansouri- par Nouredine Cotte-
Hadj Tedjani Mansouri- par Nouredine Cotte-
Hadj Tedjani Mansouri- par Nouredine Cotte-

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Hadj Tedjani Mansouri


A La Zaouia de l’Hadj Mohamed Cheifa, il manque un absent, c’est le regretté Hadj Tédjani Mansouri que Dieu l’accueille en Sa Miséricorde.
(au centre, sur la photo.)
Le disparu est une épopée, il a vécu la période glorieuse où le Sahara était d’une part le gagne pain de nombreux chauffeurs de la SATT (la Société Algérienne des Transports  Tropicaux) mais aussi le linceul de biens des gens courageux qui ont du payer de leur vie de s’être un peu frotté au grand désert, cette mer figée qui ne finissait pas. Courageux, certes, ces hommes l’étaient car ce n’était certes point une mince affaire que de lier Alger à Nicker de Nicker à Tamanrasset, dans les années 50 du siècle dernier. Ils y allaient, le cœur vaillant vers l’aventure, peut-être sera-ce la dernière aventure de leur lourde carrière humaine… Il était de force herculéenne, lui, El Hadj Tedjani Mansouri, comme l’homme sur la photo, ElHadj Tahar Douidi, aussi, disparu de nos heureuses rencontres du samedi matin à la Zaouia ; lui aussi n’avait pas son pareil, et tous deux étaient des chauffeurs de la SATT, lui, aussi, jusqu’à l’an dernier était un itinérant hebdomadaire de la Zaouia de Sgag Zoaimou, où l’on buvait le thé ...

(Hadj Tahar Douidi sur fauteuil et Hadj Mohamed Cheifa) debout.
C’est curieux qu’une génération puisse regorger de tant d’hommes illustres, la génération de l’Imam Ali, du général Khaled Bnou Walid, du Khalif Omar, du Shahid Hamza, d’Abu Bakr, le Calife et de tous les brillants compagnons de notre grand Prophète, plus près de nous, voyez la génération de Akkad, Taha Hussein, d’Ahmed Chawki,Tawfik El Hakim !..Cette profusion d’êtres exceptionnels est certes un mystère du temps.
Dans les années 5o à 52, Tedjani fut pris du désir d’aller au Maroc, il décida de partir avec Ziani Mohamed, un gars de son âge, habitant la Delaa. Il partit, sans aviser personne à la maison…
Ah la belle époque où sous le gouvernement des … malvenus -, on pouvait aller soit au Maroc soit en Tunisie, sans que cela inquiète le makhzen, ou les gardes du Bey…( ?!) 
Ils trouvèrent du travail chez Chouaib - un gars de Laghouat, qui avait des autocars et qui desservaient les villages de la région de Fès, il vivait pratiquement, fi l’gharb, là-bas, loin de Laghouat.
Il ne fut point long au Maroc sans qu’on réalisât la force magnifique dont il jouissait- le Hadj Tidjani. Et Shou’aib de vanter son jeune chauffeur à ses amis du Moghrab. Très tôt on paria sur lui, et les pieux ‘Moulana’ ont mis des paquets de douros sur les joutes au corps à corps, de notre jeune chauffeur. 
Puis, Tedjani s’en revint au pays pour affronter le puissant rire du grand Sahara qui narguait, ce chauffeur exceptionnel. Il y allait dans son camion couvrant les 3200 km qui séparent Laghouat de Fort Lamy, en trois mois de lutte contre le désert, contre vents et tornades! Il y allait en long convoi des camions de la SATT, armé de son courage et du courage indéniable de ses compagnons, les fameux chauffeurs de la SATT-. Dans les années 50, c’était vraiment des pionniers, ces chauffeurs au long cours qui affrontaient le grand désert car si grand qu’il fût c’était aussi la terre des hommes et d’hommes d’une trempe pareille, il n’ya pas à hésiter, c’étaient les aristocrates du volant – bien en avance sur leur temps.

Une ville s’illustre, ai-je dis, de ses hommes hors du commun, de ses savants, de ses sages, de ses hommes de Dieu, et aussi de ses fous…
Laghouat, la ville natale de Hadj Tedjani, ne fait pas exception à cette règle, elle s’illustre de cette panoplie de gens pas normaux que voici :

Et ceux qui m’impressionnent dans cette la liste sont Hamad Aini, le premier en tête et Khalti M’barka, la seule dame du lot, en tête, elle aussi.

Laghouat en 1954 finissait à la borne impériale du Schettet l’Gharbi. Là, commençait la route du désert. Là, commençait le terrain où les chauffeurs de la SATT faisaient leur preuve.
Et des villes étapes de la vie, Laghouat,… Ghardaïa,… Hassi-Messaoud,… El Goléa,.. In Salah,.. Tamanrasset, … Nicker,…Blad Es Soudan, s’étalaient en long et en large, Tidjani avait saisi tout ce qu’il y avait à saisir. 
Dans son grand cœur vivait l’image, de Staïfi, de Lammia, d’Aïchamoussa, l’androgyne, une bonne vieille de In Salah, tous d’une vie éternelle comme il sied à ces personnages - clé de vivre ainsi dans les cœurs des grands hommes. 
Tidjani aimait la chasse et dans son camion était logé le fusil de chasse, son compagnon indispensable le long des trajets houleux du grand Sahara. Nombre de gens le voyait entouré de ses sloughis de race quand il était en congé de récupération. Souvent, quand il était en congé, il partait en campagne chasser la perdrix de l’Ohteba, - c’était, quand chasser l’outarde houbara était une chose permise ; il a bien du regretter de remettre son fusil à la gendarmerie pendant la réquisition durant la période noire de l’histoire d’Algérie.

L’Ecole du Schettet est derrière la borne kilométrique, indiquant la limite Sud de Laghouat en 1954. Cette borne date de l’empire de Napoléon III, et marque le départ vers la route de Ghardaïa et le grand Sud. 
Que dire de Tidjani ?
Il avait connu dans cette épopée, le Hadj Saouati de la SH-DTP, Et on le voyait- le ElhajSaouti - évoluer en ce milieu avec ce sourire que n’ont su démonter les dunes et hammada du grand Tanezrouft ou de Hassi Messaoud en 1959. 
Lui, aussi avait écumé le désert quand c’était le désert, et ce dès l’an 1957. 
Il pilotait pour Belahbib de Ghardaia nombre de semi-remorques qui ahanaient leur désertique de chemin jusqu’au Tchad ou le Mali ; c’était avec MORY l’autre grand servant de Gao, du Tchad, du Niger, et de Timbaktou, au Mali.
Il avait vécu la période glorieuse des « tôles » lourdes qui s’affirmaient malgré le sable des grandes dunes.
Ah mon Dieu, quelle grande équipe que c’était ! …L’équipe des démons du sable… Ces grandes dunes que Tidjani affrontait avec ses compagnons.
Il avait connu les Boukamel, le Rabbin Omar, un Juif de bien bonne compagnie, la SATT, Roulet, un Pied Noir, marié à une fille du séminaire d’El Goléa, Aicha - Roulet quand il tenait un bar-restaurant ,fort fréquenté à Hassi Lefhal, sur la piste d’El Goléa, et il a fini dans le syndicat de la grande SH-DP.
Il était fort et beau, il épousa une femme dont il eut dix garçons et une fille, il appelait sa femme la « Romia ». Elle vécut sa vie et partit chez le bon Dieu le laissant seul ; il se remaria avec l’une de ses cousines et prit un nouveau départ où il se voyait en devoir d’apprendre à sa nouvelle épouse toutes les habitudes que sa qualité de Chauffeur au long cours, l’obligeait de maitriser. 
Elle devint, Hadja Barta, la vaillante à acheter à marchander, à traiter avec des gens qu’elle ne voyait que pour la première fois ; elle veillait à apporter ce que son mari lui commandait d’amener ; elle apprit sous l’œil de l’Hadj Tidjani à conduire leur voiture sur le long des trajets qui mènent jusqu’à Tunis.
Le samedi matin, elle ne manqua jamais de téléphoner au Cheikh de la Zaouia de Zoaimo pour s’assurer que Tijani est bien arrivé, surtout que sa santé commençait à lui causer des problèmes.
El Hadj Cheifa, m’a dit :
- Je fus recruté par la SATT, en 1954. J’avais 19 ans. J’ai fait ma première traversée sur le camion de mon cousin Ahmed Cheifa, et nous allions vers In Salah. Première traversée premier accident de parcours, à 60 km d’El Goléa à Hassi Lefhal. Le camion est tombé en panne. Le ressort du camion s’était brisé, nous sommes restés une semaine avant d’être secourus. Nous avons fait parvenir à la Station d’ElGoléa, ce dont nous souffrions par un chauffeur qui affecte ce trajet. Et il nous fallut une semaine pour voir Ba lkheir Brahimi, le père de notre Brahimi Mohamed, ton ami de la DTP-ENTP, s’amener. Il répara notre camion, et tu veux savoir : à Alger, ils ont essayé toutes sortes de machins pour débloquer ce ressort sans y parvenir. Si bien qu’ils ont débloqué une lettre à Si Ben Echnati, le patron de la SATT à Laghouat, pour qu’il n’autorise plus ce mastodonte de serrer les ressorts en rupture des camions. Ba lkheir, avait la force du mastodonte entre ses doigts. Ensuite j’étais affecté comme graisseur du camion de Hadj Tidjani. J’étais fort heureux de ce coup de chance, Tidjani était réputé comme chauffeur, et aussi comme mécanicien. Le désert… Le désert est une ombre lourde de conséquences pour le petit jeune homme que j’étais, et ce pas assez que d’un mentor comme, lui, El Hadj Tidjani, pour affronter les terribles voyages à travers ergs, dunes et hamada du grand Sahara ! De plus, El Hadj Tidjani, était un autre mastodonte. Je crois qu’il a hérité cette force de ses oncles maternels- les Chtehat- Son oncle El Hadj Tahar Chettih, le père de Dahmane, le professeur de Sport, et même de son grand père qui fait Cayenne pour avoir rossé quelques soldats de l’empire, il était, m’a-t-on dit, réputé pour sa force herculéenne.

J’étais si fier de rouler avec des chauffeurs tels que mon cousin El Hadj Ahmed Cheifa ou l’Hadj Tidjani, je me souviendrai toujours de ce que mon frère ElHadj L’aid En Nams Boussaid m’a dit : 
« Quand je te voyais assis sur l’autocar de service à l’avenue Cassaigne, et moi comme un misérable en train de pousser les fûts de vin pour les placer dans le magasin de Léon, le Juif, je ne arrêtais pas de soupirer de n’avoir pas, comme toi un oncle ou un cousin pour me recommander à Si Ben Echnati comme graisseur… » Et, tu vois, peu de temps après Laid a été recruté par la SATT, et nous faisions partie des convois soit vers Oran soit vers le Sud. Nous avons bourlingué  à tort et à travers dans le grand Sud, nous nous considérions comme des frères. 
Notre frère En Nammes est devenu multimilliardaire et sa maison de désemplit pas d’hommes illustres, tu vois, comme le célèbre Moqadem Fechkeur, ou le Belkhadem du Parti.

Pourtant…
Deux hommes ont arrêté la visite quotidienne du Salon de Hadj Laid Boussaid En Namms, il s’agit de l’Hadj Belkacem Djeridane, avec lequel le Cheikh de la Zaouia de Zoaimo,Hadj Mohamed Cheifa se flatte d’avoir fait ses premières classes et dont il a appris à respecter et à vénérer les Cheikhs des Zaouia du Grand Sud, et l’Hadj Tidjani qui ne semblait trouver sa paix que dans la solitude de la Zaouia de Zoaimo. 
Autre trouvaille à la quête de Dieu de Hadj Tidjani, il venait de retrouver le Grand chauffeur Hadj Tahar Douidi dans la zaouia de Zoaimo. Il était là, tous les samedis, superbe dans son fauteuil roulant…
Il est parti le14 novembre 2012.Paix à son âme. 
Il avait des difficultés pour bien entendre mais, dans son vieil âge, il a conservé l’allure des Chefs ; les Chefs des gros camions de la SATT et de Delaunay qui sillonnaient les ergs, les hamadas et les dunes de Gao à Fort Flatters. 
Il était parmi  les Chefs, pour qui,  le désert n’avait plus de secret. En somme, il ne manquait que l’Hadj Mohamed Ben Chohra, surnommé Echaoui, pour que pétille comme une étoile brillante dans le firmament, ces grands conquérants du grand Sud. 
Vois-tu, passé un certain âge, on ne s’amuse plus des frasques de jeunesse que les chauffeurs ne manquaient à jamais à rappeler à la moindre occasion, dit Cheifa. 
C’est ça, le problème avec le Salon de ElHadj Laid EnEnams. On se plait à jouer aux dominos, à échanger les bonnes blagues du temps jadis… qui était très bonnes autrefois, mais qui n’on plus leur raison d’être de nos jours, à notre âge, disait l’Hadj Tidjani Mansouri …


Cheifa à 19 ans à côté du camion Wilhelm de la SATT . Il était graisseur du Camion de Tidjani Mansouri.

Quant à l’Hadj Tidjani…
Vous dirai-je l’histoire de cet homme qui a bourlingué en long et en large les ergs du grand Sud et qui vieillissant voulait ainsi que sa femme passer quelques jours heureux au bord de la mer à Bédjaia ? 
Il était là, El Hadj EtTijani Mansouri, humant l’air incomparable de la mer, et observant sans se lasser les monts de Lalla Gouraya et les gens, allant et venant sur la plage. 
Un grand autocar de la SNTV, l’auriez vous cru, s’est trouvé empêtré dans les sables, loin de la route, près de la mer. Autour de cet autocar, s’élevait le brouhaha ‘onjonk- onjonk-onjonk’ de nos frères Bougiâutes. 
Le pauvre chauffeur ne savait que faire. C’est alors que Si Tijani décida d’intervenir. 
- « As Salamou Aleikoum, vous voulez sortir de ce pétrin ?...
- « Oui, mais les gens disent qu’il me faut un tracteur. Où trouver un tracteur comme ça ? 
- « Oui, si vous voulez arracher le devant du car, il ne faut pas 
mieux !.. Avez-vous un cric et une pompe ? Oui ! 
- Alors suivez mon conseil et tout ira bien. J’ai passé ma vie à couvrir les routes transsahariennes jusqu’au Soudan ! 
Dégonflez les pneus de l’autocar,..ça va, démarrez, maintenant, n’ajoutez rien à la vitesse. » … 
(Hourra !) Miracle ! 
Le car put bouger, le car est sorti du guêpier !
Madame Tidjani, dans son Guittoune leur prépara un bon café, et El Hadj Tidjani put ainsi honorer ses hôtes : le chauffeur et les Bougiôtes…
Il faisait bon au soleil de Bougie. 
Il faisait bon d’écouter les anciens...car, Bougie se flatte d’avoir promené dans ses rues, Ibnou Khaldoun, l’historien sociologue, le Grand Maitre Soufi Andalou Mohyoudine Ibn Arabi, et elle se flatte d’avoir tendu la main au mathématicien Italien Leonardo Fibonacci, au philosophe Catalan Raymond Lulle ; sa gloire, la gloire de Béjaia est d’avoir été le champ où le Mahdi Ibnou Toumert déploya son œuvre réformatrice qui embrassa l’empire Almohade par son roi Abdelmoumin, mais même aujourd’hui, à l’ombre de sa Grande mairie coloniale Béjaia demeurera pour toujours la ville ouverte au monde entier et particulièrement à la méditerranée. Depuis lors, le Hadj Tidjani commença à aller tout l’été avec sa femme en Tunisie, terre d’art et d’histoire. 
Il en avait vu des peuples au cours de sa longue histoire saharienne et post saharienne. 
Une fois dans années 50, il avait débarqué à la Tamanrasset somnolente, dans un bar tenu par un Pied Noir dont je ne me rappelle plus le nom ; il était, lui, avec sa troupe de chauffeurs brillants, en train de déguster ce qu’il y avait à déguster…, si loin de Laghouat, quand tout à coup, il vit s’écrouler Ben Téligi, un des chauffeurs de la SATT à ses pieds, il demanda ce qui se passait, et le Pied Noir, bombant le torse lui répondit :
. C’est moi qui lui ai mis une baffe, t’est pas content ?
Oh ! Non, il n’est pas content le beau Tidjani, et il envoya le Pied Noir, paître d’un seul coup de ses terribles moulinets. Et, il n’en faut pas plus pour que le bar de Tamanrasset explose en pugilat réglé et… déréglé, on fit voler les tabourets on s’en est pris du Pied Noir d’abord, aux méharistes du coin, et il n’est pas du chauffeur Siga Lakhdar qui ne prit une pêche de Tidjani,..
Que voulez-vous ? on prenait le teint flamboyant de Siga pour le teint des enfants des Ouled Romia, nos belligérants, je regrette, disait-il, racontant cette histoire, en riant de ce faux coup, mal parti, il y a 60 ans…
Mais de ce jour en 1950, les chauffeurs de la SATT eurent à Tamanrasset le traitement dus au roi. 
Et pour cause !
Il avait avec ses chauffeurs osé relever le défi imposé à la population locale et aux Chamba de passage par ces Zouaves revêtus de l’uniforme de l’autorité régnante.
A Belgoubour, sur la voie d’In Aménas vivait « Lammia », c’est une légende, du grand Sud.
C’est une dame qui a perdu l’usage de ses yeux et qui est venue, un peu par miracle, installer une baraque de fortune dans ce lieu désertique de Belguebour, sur à Gassi-Touil, hanté par des gens de l’au-delà. Elle était connue que des Grands chauffeurs des gros camions de la SATT, de la SNTR, des Compagnie Pétrolières, et des Gendarmes en mission. 
Lammia vendait, si ça se trouve, le café et … l’amour en ce coin perdu de Belguebour. 
Lammia a cessé d’exister, vers la fin de l’année dernière 2003, paix à son âme. 
Cette malheureuse et gentille fille de Biskra avait donné son nom au Gassi-Touil où des hommes en mal d’aimer trouvaient à 1000 lieues de là, en plein désert de quoi satis faire « Pan » le démon qui habite en eux, avec en plus le gîte et le café de Lammia,…et mon Dieu, son éternel sourire qui semblait partir des yeux de Lammia, abimée sur l’éternel.

Je l’ai vue, moi, l’auteur de ces lignes en 1974, elle ne voyait pas mais son oreille était fine, elle connaissait tous - à la voix - les chauffeurs des plus anciennes compagnies pétrolières aux plus récentes de la DTP, d’ALFOR, plus ceux de la SNTR, il lui suffisait d’écouter la voix de l’interlocuteur et son nom pour que vous soyez fiché à Belgoubour...

En 1975, peut-être même avant, vivait à Hassi-Messaoud un jeune fou qu’on appelait Es Staifi ; son langage était impossible ! de blasphème en blasphème, de mot cru en mot cru, c’était tout le Staifi de Hassi Messaoud, au langage tonitruant.
Hassi-Messaoud sera célèbre, de cela j’en suis sûr, dans le cœur et la mémoire de ceux de ses habitants et de ceux que le travail a conduit là-bas, du Staifi, jeune maboul des années 70. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai rencontré Es Staifi, 25 ans après ; ce pauvre gars un certain soir à Hassi-Messaoud. Il m’a salué d’un « bonsoir Si El Hadj ».
- « bonsoir Es staifi ! »
Il ne paraissait pas vieillir. 
De part lui, il n’avait pas le moindre signe des ans passés, pas le moindre cheveu blanc ! …hier, c’était le 20 mars 1999…il s’est éteint cette même année…un accident de camion…Paix à son âme !
Un certain soir, il fut attaqué par une meute de chiens et il ne dût qu’à Dieu de pouvoir s’en tirer en se sauvant ; néanmoins il fut sérieusement blessé à l’avant-bras droit.
Soigner EsStaifi est une gageure ; sans compter que lui même le Staifi, - l’homme de Setifis - n’avait que peu de foi dans les médecins qu’il accablait d’un style linguistique à ne pas reproduire. 
Toutefois, Es Staifi connaissait Belarabi, un autre homme de Dieu, 
comment ? Dieu seul le sait … 
Il venait tous les soirs au portes de l’Institut IAP, héler ce : « maudit, propre à rien de docteur. ». 
C’est alors qu’il convient de voir Belarabi, bouche cousue, s’affairant sur la main droite blessée avec un tube de pénicilline, absorbant sans mot dire les phrases blessantes et les termes incongrus du Sieur Es Stafi et renouvelant chaque soir le badigeon salvateur jusqu’à la guérison.
Puisse Dieu protéger Belarabi, et puissions- nous tirer de sa vie le meilleur des enseignements.
Hadj Tedjani nous avait conté l’histoire de cette dame qui renonçant à vivre dans le Nord du pays avait choisi de monter un restaurant à l’Arak, une zone boisée dans le Hoggar par où les gens faisant route pour Tamanrasset étaient obligés de passer. 
L’officier responsable du fort de l’Arak, se sentit tenu de fermer ce restaurant, il conseilla à Mme André Gautier- c’est son nom, de fréquenter des sociétés plus amènes que les sociétés qui pourraient s’avérer nocives, car en dépit des apparences, les chauffeurs, les Chamba, les Targui, les hommes de troupes, etc, ce n’est pas  toujours des gentlemen… 
-J’ai été chargé, disait El Hadj Tidjani, de l’emmener, ainsi que ses deux enfants, Danielle et Christian à Tamanrasset. 
Elle vouait au père de Foucault une affection sans borne. Je me demande si elle vit encore ?
-Mais on peut demander ça à l’ambassade de France à Alger…
-Ah oui, vraiment, tu peux demander, ça pour moi, à l’ambassade. 
J’ai écrit cette lettre à l’ambassade par le truchement de sidielhadjaissa de Hadj Aissa Mohamed, mais en vain.

Le 8/06/2016.

Mon cher El Hadj Guelbi,

Je te souhaite à toi et aux tiens et à tous mes amis de Hassi Messaoud un Ramadan heureux et pieux. Je me permets de joindre à ce mot, une lettre que m’invite à écrire El Hadj Mansouri Tidjani à une dame : madame Veuve André Gautier.
C’est une dame qui eut pour lot, le désert.
En effet le désert était son chemin à elle aussi, mère de deux enfants Danielle et Christian, elle n’hésita pas à couvrir maintes fois la distance mélancolique et désertique d’El Goléa à Tamanrasset-Laskrem.
Dis leur à l’ambassade que :
« Je suis Mansouri Tidjani, j’habite F.29 Rue Sidi Yanès, Laghouat, Algérie. J’ai eu à l’accompagner sur une partie de son périple, j’étais un chauffeur de la SATT. 
Son amour de la légende du père de Foucault, la poussa à créer un restaurant au bordj de l’Arak luxuriant, mais le capitaine de service en ce coin, jugea qu’il était inutile qu’une dame comme elle, s’expose de cette façon.
Je serais heureux d’avoir des nouvelles de cette heureuse famille, dit Hadj Tidjani Mansouri.
Je crois que l’ambassade de France pourrait nous aider à établir le lien manquant, pourrais-tu, par sidelhadjaissa, nous mettre en contact, et l’aviser ?
Merci, cher ami.

N. Cotte.

Voila, nul besoin des bons soins de l’ambassade de France, El Hadj Tijani est parti ce jour le 1er octobre 2016 à 14.30. Il a été ici-bas en quête de Dieu quelques 80 ans de sa vie. Il a connu le monde de Lammia, Staifi, Aicha moussa, et de ceux sur la panoplie des super fous de Laghouat, il a connu des sociétés comme Boukamel, Mory, la SATT, Bellahabib, la SONATRACH, il a connu, entre autre les pays comme le Tchad, le Maroc, la Tunisie, il a connu El Hadj Saouati et une foule de chauffeurs chevronnés, il a connu cette femme portant au cœur le père de Foucault, la veuve d’André Gautier, tu veux que je te dise, c’en est assez, il est temps de partir, ô Cheikh Zaouia, courage !...m’a-t-il dit, courage, ainsi, paisiblement, il est passé de vie à trépas à 14h 30 ce jour le samedi 1er octobre 2016, il est allé rejoindre les absents de liste El Hadj BenJridane, l’Hadj Douidi Tahar, et Hadj Mostefa Talbi.

Hadj Ben JRIDANE ( assis.)


El Hadj Tahar Doudi. Assis, le Chef de la Zaouia debout.


De gauche à droite :Hadj Kouédri « Khamassi », Hadj Tidjani, et Hadj Mostafa Talbi.

N. Cotte.

 

Publié dans N.COTTE

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