LES PEREGRINATIONS PSYCHIQUES D’UN INSOMNIAQUE-PAR K.HADJOUDJA-

Publié le par LAGHOUATI

LES PEREGRINATIONS PSYCHIQUES D’UN INSOMNIAQUE

 

Nuit du 9 au 10 Février 2017. Contrairement à mon habitude, cette nuit-là je n’ai pu trouver le sommeil. Une insomnie tenace m’obligeait à écarquiller les yeux dans le noir en quête d’un « coup de massue » salutaire qui me précipiterait droitement dans le sommeil du juste…

LA CAUSE ? Me diriez-vous ? Aussi incroyable que cela puisse paraitre, l’origine de cette déconvenue n’était autre qu’une espèce de COUETTE de lit neuve provenant d’un pays asiatique, très jolie d’ailleurs, achetée le matin même par la Maitresse De Maison ; pourtant d’apparence très douillette, où les moutons paraissaient facile à compter… Néanmoins, fait regrettable, je me sentais très mal à l’aise dans cet édredon de dernière génération, confectionné avec de la fibre synthétique, rêche au toucher ! Et dire que depuis des années, je dormais comme un luron entortillé dans ma bonne vieille couverture espagnole, acquise en 1985 à la SN. COTEC de GHARDAIA pour la modique somme de 600.00 D.A. ! Dans laquelle j’aimais tant me lover. AH ! La belle époque !

« Il faut te débarrasser de ces reliques d’un autre âge et vivre avec ton temps ! », Tonnait la Maitresse de Céans pour justifier son acquit.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, et constatant amèrement que les bras de MORPHEE m’étaient temporairement fermés ; je n’avais pas d’autres choix que de laisser libre cours à mes pensées pour voyager dans toutes sortes de mondes…

Au bout d’un moment, je me revoyais en pensée, comme dans un rêve, en train d’évoluer dans le LAGHOUAT des années 1950 /1960 ; ville d’art et d’histoire, réputée pour ses jardins luxuriants et son potentiel phoenicicole très apprécié. Au risque de me répéter, je rappelle que ce LAGHOUAT d’antan, par la diversité de ses paysages et son patrimoine riche, était une cité où il faisait bon vivre. On ne percevait aucune distinction entre le riche (espèce rare) et le pauvre (la majorité) ! La population accueillante, aimable et confiante, vaquait paisiblement à ses tâches quotidiennes. Cette espèce de routine, ce train-train de chaque jour faisait du bien à la tête et au corps ! On prenait conscience du plaisir et du confort de marcher dans un lieu où l’on connait les gens et où les gens vous reconnaissent !!

Bizarrement, en écrivant ces impressions, j’ai la sensation que ces souvenirs appartiennent à une autre vie !!!

QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI ? Tout le monde sait qui a fait quoi, ou, comment et pourquoi de l’état déplorable dans lequel elle se débat... Personnellement je préfère ne pas y penser.

Délaissons les émotions de côté, si vous le voulez bien, et revenons à l’objet de notre rêverie. Laissons-nous aller à la contemplation au gré d’images et de souvenirs tristes ou riants. Donc, je me voyais, ENFANT, parmi mes camarades de classe, copains de voisinage ou compères de jeux…

Hélas ! Beaucoup d’entre eux ne sont plus de ce monde aujourd’hui. Puisse DIEU leur accorder sa sainte miséricorde…

En ce temps-là, en tant que « Schettetiens », c’est-à-dire natifs et résidents dans cette zone, nous étions régis par un « code moral », sans doute transmis de génération en génération, accepté tacitement par tous. Toutes les composantes du groupe social y adhéraient sans exception. Celui-ci déterminait nos actes et régentait notre comportement citoyen. Tout écart à ce « code » était inadmissible pour tous, enfants ou adultes. Le coupable était stigmatisé et mis au ban de la société.

Les éléments de ce « code » se particularisaient par des réactions face à des situations données ; comme le montrent les quelques exemples illustratifs suivants :

1 / DANS LA VIE DE TOUS LES JOURS :

Je me rappelais que pour avoir le privilège, car c’en est un, de compter parmi le clan « schettetien », il fallait absolument avoir poussé le premier cri de naissance au sein de ce quartier. Les nouveaux débarqués étaient mal vus et difficilement assimilables…

En grandissant, cet enfant, était l’objet d’une éducation reposant sur le respect et l’obéissance absolue à ses parents ; lesquels, n’hésitaient pas à l’associer aux travaux domestiques, voire aux travaux des champs !

Cet enfant, pour mériter son statut social, devrait obligatoirement acquérir certaines connaissances et compétences ; c’est-à-dire :

- S’imprégner d’un esprit de solidarité sans faille, de fraternité, d’honnêteté et de respect d’autrui.

- Apprendre à respecter ses voisins. Se tenir à leur disposition pour les aider à accomplir certaines tâches, par exemple : aider à la corvée d’eau, qu’on doit aller chercher à la fontaine municipale distante de quelques centaines de mètres, avec des seaux en zinc et des cerceaux ; ou amener la grande galette dite « koucha » à la boulangerie des Bensenouci le jour d’une grande lessive ; l’achat de bois à la Place des Caravanes pour la cuisine et le chauffage ou du carbure pour la lampe d’éclairage ; enfin l’apport de foin pour le cheptel ainsi que diverses acquisitions…

2/ JEUX ET LOISIRS :

Dans ce contexte, j’imaginais le jeune Schettetien d’antan :

- Faire montre d’une aptitude extraordinaire à jouer au ballon, pieds nus, sur un terrain vague parsemé d’embuches.

- S’imposer, par sa dextérité et son adresse dans certains jeux, tel que : le football, les billes, la toupie, les courses et les cascades de vélos, les courses de cerceaux, le jeu de dames, le « sig », etc…

- Doué d’une grande habileté à la chasse aux moineaux et autres volatiles, en maitrisant le maniement du lance-pierres, la fronde, le tire-boulettes, et la pose de pièges…

- Apte à franchir rapidement un obstacle, sans se faire repérer, tels les murs de clôture des jardins, afin de récupérer le gibier abattu ou approvisionner la « troupe » en cas de nécessité.

- Accomplir des exploits cyclistes pour semer d’éventuels poursuivants ou opérer une retraite tactique quel que soit la topographie du terrain en question.

- Animé d’un fort « esprit patriotique » et se tenir prêt en permanence à défendre son fief contre les incursions « ennemies » provenant des quartiers rivaux ! En cas d’agression, on ripostait comme on pouvait. BATTRE EN RETRAITE ETAIT EXCLU ! car cela équivaudrait à être taxé systématiquement de poule mouillée !! Les « armes » de choix utilisées étaient : les gourdins, les cailloux, les ceinturons, les talons de souliers, les coups de poings et de pieds…En prévision de ces échauffourées, les « gros bras » étaient alignés en première ligne constituant les « unités de choc » ; et les plus chétifs prenaient en charge les « combats d’arrière-garde » ou mis en réserve, prêts à être engagés en cas de nécessité…

Mais le Hic, c’était de rentrer chez soi, après la bataille blessé ou avec des frusques trop abimés ou salis. Dans ce cas de figure, il y’avait de fortes probabilités pour que l’intéressé reçoive une raclée paternelle bien musclée ! Les « soldats » ennemis faits prisonniers doivent se délester de leur patrimoine de jeux pour être libérés…

3/ LA « MAHADHRA » OU ECOLE CORANIQUE :

Je me voyais, la peur au ventre, en train de mentir comme un arracheur de dents au TALEB, afin de protéger un camarade qui a fait l’école buissonnière pour aller se baigner ou voir un film.

Si le pot aux roses était découvert, la FALLAQUA devenait incontournable pour les deux pécheurs !! Dans cette situation funeste, le stoïcisme était de règle : Ne rien laisser transparaitre de sa souffrance … pour le priver de cette satisfaction morbide de vous voir pleurer.

4/ l’ECOLE : (ECOLES : Endroits Cruels Ou Les Elèves Souffrent).

Au gré de mon « errance », je me surpris en train de « faire une escale » de transit à mon école d’autrefois. Je me voyais en train de mâcher des « tonnes » de chewing-gum avec les copains, parlant musique, se racontant la dernière nouvelle qui a défrayé la chronique, commentant le score de foot de la veille, ou le film vu récemment au cinéma Saharien ou Jawhara…On chahutait le prof. Abhorré. Le chahut allait crescendo et se terminait en tempête. Il débutait toujours par un maximum de murmures, de chuchotements, de morve bruyamment reniflée, de soupirs de lassitude, d’odeurs suspectes, de pied qu’on traine, de crayons qu’on ramasse, de pages qu’on froisse…La grande ambiance quoi ! Il faut avouer qu’en pareil cas, le prof. Martyr, poussé à bout, se trouvait contraint de frapper fort pour ne pas s’entendre traiter de mauviette : « l’autorité ça se cultive ! Bande de chameaux ! » Haletait-il en exhibant son poing devant nos bouilles médusées.

Un jour, en lisant un texte de littérature française, ou il était question de chèvres, il s’arrêta subitement et se mit à imiter le cri de cet animal. Comme de juste, toute la classe se mit à…bêler !! Il y’avait même un bouc dans le lot ! Il tenait parfaitement son rôle ; il ne lui manquait que la saleté et la puanteur caractéristiques !! Il fut impossible de rétablir le silence, et la séance s’acheva en apothéose dans l’animation générale d’un véritable zoo en folie !

 

Par ses réactions violentes et injustes, l’enseignant se trouvait souvent devant une hostilité déclarée et générale. Si celui-ci faisait montre d’un sadisme excessif, l’effet de solidarité doit intervenir immédiatement, consistant à utiliser « l’effet domino » ; c’est-à-dire installer le cirque dans les trois minutes qui suivent, n’hésitant pas à passer à la vitesse supérieure en lui déposant, à son insu, une grosse boule de chewing-gum (GLOBO) ou à défaut des punaises sur sa chaise…Mais durant les intermèdes de calme, le respect absolu du prof. Etait la règle pour tous ! Mieux encore, en dépit de tout cela, on travaillait dur avec peu de moyens !

Sur ces entrefaites, je tentais tant bien que mal, de réprimer un énorme bâillement qui mit un terme à mon périple psychique empreint de la nostalgie du passé ou le subconscient a été largement sollicité.

Ne parvenant toujours pas à trouver le sommeil malgré l’heure tardive, je décidais de mettre fin à ce calvaire en réhabilitant ma vieille couverture (chinchilla fausse fourrure s.v.p. !) ; en la rappelant au service, estimant à juste titre qu’elle a encore de beaux jours devant elle !

A une remarque désapprobatrice émise par ma moitié devant mon initiative jugée rétrograde : « Débarrasse-toi de cette vieille relique, disait-elle, elle a fait son temps ! Ce que tu peux être régressif avec tes habitudes moyenâgeuses ! » ; Je rétorquais : « Mes habitudes et cette couverture n’ont aucun rapport avec le moyen-âge. L’objet de ton invective date seulement de la fin du siècle dernier. Le siècle où je suis né. Le siècle des deux guerres mondiales, de la modernité, du progrès technique et des droits de l’homme. Il est le mien, mon époque, c’est comme ma famille, je ne les choisis pas…D’ailleurs le vieil adage ne dit-il pas que c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes ? Par extrapolation, on peut affirmer, que ce n’est que dans les vieilles couvertures qu’on peut savourer une bonne ronflette ! ».

Totalement convaincu du bien-fondé de cette maxime populaire, et pour parachever ce court plaidoyer élogieux consacré aux choses anciennes, je tirais affectueusement à moi mon antique édredon adoré en adressant une dernière prière à mon interlocutrice : « Maintenant, laisses moi roupiller s’il te plait, pour que, demain, In Challah, je puisse être d’aplomb pour NE RIEN FAIRE ! BONNE NUIT !! ». Il était environ 1 heure 30 mn. Du matin…Je n’entendis pas sa riposte car je dormais déjà comme un sonneur !!

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Message d’amitié :

HAPPY BIRTHDAY POUR TOUS(TES) LES NATIFS(VES) DU PLUS COURT MOIS DE L’ANNEE.

 

JE VOUS SOUHAITE UNE AGREABLE JOURNEE

Publié dans K.HADJOUDJA

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Dania 20/02/2017 10:38

Cela fait un moment qu'on a pas savouré des souvenirs d'enfance. Les dernières remontent à celles De SidiHadjAissaLaghouati qui nous conta avec brio"Son premier voyage à Alger."
Votre merveilleux récit est un vrai délice pour les lecteurs, en particulier pour ceux de votre génération qui ont connu ces lieux, ces jeux...enfin, cette vie et toute cette espièglerie qui les accompagne en cet âge de l'insouciance.
Mais, je dirais, un merveilleux partage dont on ne serait jamais imprégné si ce n'est la fameuse couette qui a fait à sa manière que cela se tisse même par le noir d'une nuit de février, probablement glaciale... Bénie, soit -elle!! Retenez donc que L'Asiatique ou L'Espagnole, chacune a son rôle!!
Merci pour ce magnifique partage, et Merci pour vos bons voeux envers les natifs de ce mois, dont je fait partie.
Bien à vous.