Adages et présages (17) Adages et réflexions autour de l’infamie des souks-PAR M.S.LAMARA

Publié le par LAGHOUATI

Adages et présages (17)


Adages et réflexions autour de l’infamie des souks

 

(En hommage à la date du samedi 20 décembre 2014 décrétée journée sans couffin)

Dans son immense sagesse, Dieu le Tout Puissant a réparti les qualités et les défauts, les vertus et les tares, les bienfaits et les méfaits entre tous les règnes qu’il a crées. Chez l’humain, comme chez l’animal, ou le végétal et jusque chez le minéral, il a imprimé une similitude d’ordres et d’organisations dont il est le seul à en saisir la sublime et secrète portée. De cette similitude, les humains ont su tirer des enseignements, des adages, des leçons et même des… présages pour se prémunir des pièges que réserve la vie et que d’aucuns ont comparé à une jungle.

« Chaque chose à (ou, « a ») sa place », un aphorisme qui reflète les valeurs réparties par le Seigneur entre toutes les choses de sa création. En nantissant la plus parfaite de celle-ci, l’homme, de plusieurs sens (la vue, l’odorat, l’ouïe, le goût et, surtout le discernement), il lui a permis d’établir une échelle entre le bon et le moins bon, le beau et le laid, l’utile et le oiseux.

Les marchés et autres souks nous offrent, dans une ambiance où la mauvaise foi est souvent la maîtresse des lieux, des morceaux d’anthologie en matière de fraude et de fardage. Ne vous est-il pas arrivé face à un étal de fruits de remarquer le haut (la première couche) des cageots garnis de superbes fruits et légumes et, le plus bas, des produits les plus pales, les plus ratatinés ?

S’il vous advenait d’en faire la remarque au marchand, il vous sortira cette arrogante antienne : « c’est le visage du souk » (wajh essouk) ; comprendre par là, le souk est une tromperie tacitement admise tant par les commerçants que par les clients. Moi je dirai : « wajh el ghech wa lbakhss ». Croyez-moi, rien n’y fera. Ni les descentes effectuées par les contrôleurs des prix et de la qualité, ni la grève du couffin qui vient d’être lancée ce samedi par l’association nationale de défense des consommateurs, ne parviendront à juguler cette infamie.

Une infamie qui, hélas, a fini par investir toutes les formes de transactions et même les « souks » du…mariage. En effet, combien d’unions passées selon les préceptes de Dieu et de son prophète se sont transformées en cauchemar pour le marié, qui, le lendemain des noces, découvre, au lieu de la fée que sa mère prétendait lui avoir dénichée, un affreux souillon. Maintenant je comprends pourquoi ma mère, Allah yarhamha, conseillait à celles parmi ces proches et voisines qui lui faisaient l’honneur de l’associer à une délégation de demande en mariage d’une fille : « il serait de bon aloi de la surprendre tôt le matin, avant la toilette et le maquillage. »

 

Qui mieux que notre Prophète Mohamed (QSSL), a mis en garde les croyants contre de si répréhensibles comportements. Lors de son passage dans un souk et constatant que le fond d’un sac était rempli de froment humide et avarié a émis ce grave hadith : « celui qui nous trompe ne fait pas partie de notre communauté », (man ghachana layssa mina). Autrefois, quand ce hadith était suivi à la règle, les souks étaient baignés d’une ambiance marquée par la bonne foi et la magnanimité. Point de prix affichés, point de balances, le troc (el moukayadha) et la vente en lots (‘ouram, monceau). A Laghouat j’ai assisté, à la fin des années soixante dix, à rahbat ezzitoun, à ces mode de cession appelés « m’galfa » des fruits et légumes provenant de l’oasis, nobles pratiques marchandes aujourd’hui révolues par l’âpreté du gain facile et souvent illicite.Images intégrées 1

 

Cependant, en ces temps bénis, les marchés comptaient leurs imposteurs (rares) qui finissaient toujours par les quitter quand les marchands honnêtes venaient à constituer la majorité écrasante des lieux. A cet égard, un adage, qui n’est, malheureusement, plus aujourd’hui de mise, disait : « quand le vendeur de dattes pénètre le souk, le vendeur de glands n’a qu’à déguerpir), (la dkhal baya3 t’mar essoug, ma 3’la baya3 el ballout ghir iggacha3). Souk, une seule et unique syllabe qui, à elle seule, résume une… encyclopédie d’entourloupettes.

 

 

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