DES PETITS ANGES SOUS LES MURIERS-par KADER BRAHIMI-

Publié le par LAGHOUATI

DES PETITS ANGES SOUS LES MURIERS-par KADER BRAHIMI-
DES PETITS ANGES SOUS LES MURIERS-par KADER BRAHIMI-
DES PETITS ANGES SOUS LES MURIERS-par KADER BRAHIMI-
DES PETITS ANGES SOUS LES MURIERS-par KADER BRAHIMI-

QUE DE BONS SOUVENIRS DE L'ARBRE "AMI DES ENFANTS ET DES PAUVRES". NOUS NOUS RÉGALIONS DE MURES SUCRÉES, DES BLANCHES , DES VIOLETTES....NOUS EN TROUVIONS DANS TOUS LES COINS DE LA VILLE . ALLEZ EN TROUVER AUJOURD'HUI A LAGHOUAT ; MALHEUR A NOUS NOUS AVONS DÉTRUIT TOUT CE QUI ETAIT BEAU !

 

DES PETITS ANGES SOUS LES MURIERS-par KADER BRAHIMI-

Sur cette terre belle et hospitalière, nous sommes venus au monde. Elle, si accueillante et généreuse, nous a gardés à jamais pour  couvrir nos petits corps de sa glaise soyeuse, d’où le TOUT PUISSANT par son souffle parfait nous  a créés.

Nous n’avons eu de temps pour vivre ni même, pour garder une infime image de ce que furent nos maman et papa, nos géniteurs qui se pourrait-il parmi tant de méchants, vous faisaient la guerre. Aussitôt nés, le départ vers l’ETERNEL survint, nous délivrant déjà des portées douloureuses de votre légitime colère.  

Ce sentiment troublant qui, jusqu’au-delà de notre mort dérange nos esprits juvéniles incommodés, nous accable très fort. Des noirs forfaits, que la folie des grands de notre ascendance, vous destinait à tous les moments de votre existence. Ce destin qui s’interrompit pour nous, libérera nos parents à leurs tâches cruelles, de gâter la vie des hommes sur le sol, qui ne leur appartient pas.

Ils se débarrassèrent de nos frêles dépouilles sitôt que, nos petites tombes fussent ouvertes. Des petites larmes qui n’ont pas eu le temps de couler, disparurent essuyées dans les mouchoirs de nos mamans. Des mères silencieuses et accablées, que nos pères dans leur hâte de distancer cette  tristesse passagère, poussaient vers la porte de la petite nécropole.   Pourtant, notre nouvelle demeure parmi les maisons emplies de voix d’enfants, était pleine de chants d’oiseaux et de lumière. Point de cyprès élancés pour le décore funèbre des lieux mais, des mûriers qui jetaient leur ombre jusque dans la rue grouillante de vies. Des bambins, dont aujourd’hui nous en reconnaissons certains, gagnés par l’âge, cueillaient leurs fruits qu’ils mangeaient en barbouillant leur visage réjoui. Repus, ils maculeront de leurs jus aux couleurs vermeil et d’ébène, les murs qui tantôt étaient  blancs.                                                                                                   D’autres, défunts à «l’Heure» qui fut la nôtre, se réjouissent à nous appeler par des noms, qu’ils durent forcer leur bref savoir pour nous les  apprendre.                                                                                                                            Ils partageront avec nous l’amour retrouvé dans les larmes de leurs mamans ; Nous, qui n’avons point de mère pour nous pleurer. Qui ? Sommes-nous et que sont devenus nos arbres verts et notre fraîche palmeraie.  

Nous nous trouvons parmi vous depuis si longtemps et ne ressentons désormais, aucun réel besoin de revenir à la mémoire de ceux de notre sang, qui n’ont hélas, plus jamais eu de pensées pour nous.  Nous avons apprivoisé l’exaltante mutation des clartés, à l’arrivée du jour, le réveil des moineaux, les complaintes des colombes et l’appel harmonieux des prières dans les mosquées voisines. Nous reconnaissons au passage chaque fidèle à son pas discret, dans la nuit d’avant l’aube. Nous entendons les versets du Coran, qu’ils n’oublient jamais de réciter sur la courte muraille du cimetière des «sept dans la kouba» et de vos petits,… ravis comme nous à l’aurore de leur vie. De qui sommes-nous les enfants ?

Progénitures d’unions engagées devant un crucifix en bois, nous sommes présentement retournés auprès de DIEU et n’avons rien connu de la foi de nos ancêtres puis de nos parents, dont nous avons échappé aux rites du baptême.

 Ici bas, dans vos cœurs et dans vos mœurs, dans votre âme et en votre corps, tous les Prophètes, les Saints Livres et Archanges se retrouvent dans la rigueur de vos  croyances. Qui ? Sommes-nous. Nuls meilleurs que vous, ne pourraient admettre avec la force reconnue de vos convictions que, c’est dans la terre que le riche et le pauvre se rencontrent car, l’ETERNEL a créé l’un et l’autre. Cette terre qui demeure notre seule mère et vous, nos prochains devant le SEIGNEUR.

Notes de l’auteur : A peine visibles sous les détritus, les petites tombes au cimetière chrétien de LAGHOUAT (Ksar el Bezaem) sur lesquelles, nous pouvons lire les dates d’une courte vie, ne reçoivent jamais la visite des leurs. Ils sont partis il y a très longtemps. Saurions-nous leur donner la réponse des gens sincères, aux grandes qualités humaines que nous sommes ? Pourrions-nous faire revivre des souvenirs lointains dans le cœur de leurs parents ? Mais avant, rendons notre indifférence moins honteuse et redonnons un peu de salubrité aux lieux.   

                                               (16/02/13)

                                                                Kader BRAHIMI

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