J'avais 15 ans ....

Publié le par LAGHOUATI

J'avais 15 ans ....

En 1962 j’avais 15 ans , je commençais à comprendre un peu ce qui se passait autour de moi et ce qui était autour de moi en juillet de cette année c’était l’indépendance du pays et son athmosphère unique .

Le 5 juillet , j’arrive à m’en rappeler comme si c’était hier . La population de Laghouat a été invitée à assister au meeting populaire présidé par le colonel Chabani à Bab Dzair . La population a répondu en force à l’invitation , la place de Bab Dzair était noire de monde , même les femmes que l’on n’avait pas l’habitude de voir dehors étaient présentes .

Le colonel était entouré de son état-major ( Slimane « Lakheha », Kantar, hocine Sassi , Barkat…) et de personalités locales civiles . Pour se faire entendre le colonel est monté tout en haut de l’arc de triomphe .

Tous les yeux étaient levés au ciel dans une posture peu commode, obligés de tordre le cou pour avoir la possiblité de voir le jeune colonel , le plus jeune parmi les chefs de wilaya. Il était accompagné par le commandant Slimane dit le tigre , réputé pour son courage et son infléxibilité .

Le discours du colonel était très dur , sans concession , fustigeant « ceux que la France coloniale derrière elle pour continuer son œuvre destructrice ». Une phrase terrible de son discours a sonné très fort au milieu de l’assistance . Pointant du doigt l’assistance il a crié très fort cette phrase ( que certains par la suite le lui ont reprochée) : « je sais que parmi vous il y a des traitres qui ont été laissés par la France pour continuer son œuvre de destruction qu’elle a menée pendant 132 ans ….Je les vois …Ils sont là en train de m’écouter … «

Après avoir terminé son discours le colonel passa la parole au commandant Slimane après l’avoir présenté à l’assistance en louant ses faits d’armes .Le commandant , décontenancé , hésita longuement ,balbutia quelques bribes de mots , et dit finalement « Vous m’excusez , je ne sais pas parler aussi bien que mon frère si Mohamed , tout ce que j’ai appris à faire c’est le langage du baroud « et il se mit à tirer en l’air plusieurs rafales de sa mitraillette qui ne le quitte jamais, sous les applaudissements et les you-you.

Des moments d’une grande intensité que je garde toujours à ce jour .

Le colonel a donné ce jour-là l’impression d’un tribun , d’un homme d’état décidé qui sait où il veut en venir , d’un homme pétri de valeurs arabo-islamiques, d’un homme promis à un grand avenir politique dans un pays qu’il a contribué à libérer . Mais il était dit que deux ans à peine après l’indépendance du pays , le jeune colonel disparait à tout jamais car les tenants du pouvoir de l’époque l’ont voulu , accusé de « féodalisme » et de « haute trahison ». L’histoire finira bien par nous révéler un jour pourquoi Chabani a été exécuté et par qui . Son dernier mot a été (selon un témoin cité par la chaine de tv « chourouk-news ») « C’est la main de la France qui est derrière mon exécution «

 

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lamara seddik 02/04/2017 21:28

OUI MON CHER MHAL, JE L'AI EXPLICITEMENT AFFIRMÉ DANS MA CONTRIBUTION. LE REGRETTÉ SI SALAH KENTER ME L'AVAIT, SUBREPTICEMENT CONFIÉ EN 1973 À BISKRA: "L'OMBRE DE LA FRANCE NOUS ENVELOPPERA POUR LONGTEMPS, NOUS AURIONS AIMÉ QUE LA RÉVOLUTION AIT DURÉ PLUS LONGTEMPS, AINSI LE BON GRAIN AURAIT ÉTÉ SÉPARÉ DE L'IVRAIE..." UNE PRÉDICTION DE BAROUDEUR QUI SE VÉRIFIE CHAQUE JOUR. GIAP AVAIT DIT LORS DE SA VISITE EN ALGÉRIE : "LE COLONIALISME EST UN MAUVAIS ÉLÈVE AUQUEL IL CONVIENT D'ADMINISTRER UNE LEÇON RADICALE, CAR CE SONT LES MAUVAIS ÉLÈVES QUI PEUVENT DÉVERGONDER LEURS CAMARADES ! "

Soukehal Djamal Abdenasser 01/04/2017 18:26

Quand il avait pointé son doigt, il ne visait personne....c'est ce qu'on appelle la main étrangère ....le langage s'est continué dans le temps .....c'est toujours la main étrangère .....