Le four et le réfrigérateur.-Par Dania-

Publié le par LAGHOUATI

Le four et le réfrigérateur.

Encore une fois, je suis transportée dans mon enfance et dans mon village natal. Cette fois-ci, une histoire si naïve qui refait surface en ma mémoire. Une histoire du four et du réfrigérateur.


 

Je devais avoir sept ou huit ans, pas plus que cela. C'était au mois d'août et l'été battait son plein. J'avais l'habitude de me lever très tôt pour accompagner mon père à l'unique boulangerie du village où chaque matin, après avoir salué le boulanger, il lançait presque automatiquement : "deux pains longs." Et ce dernier, tout en répondant au salut des clients qui arrivaient,,

encaissait l'argent, rendait la monnaie et enveloppait dans du papier d'emballage fin et transparent le pain que lui ont commandé ceux qui sont déjà là...

 

De notre boulanger,

je me rappelle encore de sa petite silhouette vêtue d'une tenue bleue de travail et de sa toque en laine noire qui laisse échapper, sur les tempes et sur le front,

des touffes de cheveux , et, le tout blanchi de farine

. Je le revois aller et venir entre le four et la petite échoppe destinée à la vente du pain.

Mais le moment auquelj'espérais assister, c'était

quand il était dans l'arrière-boutique, près du four

. D'ailleurs, certainement, pas moi seulement, mais d'autres enfants aussi, les filles et les garçons, à peu près de mon âge. L'esprit pas encore bien réveillé, mais les yeux bien écarquillés, sans oser prononcer un seul mot, tentions de découvrir le monde mystérieux qu'était le four. Un monde qui se refermait très vite, aussitôt que son maître refermait sa petite porte métallique

 

... Un souvenir qui resta intact en moi, pour la simple raison que, pour moi, cette curiosité ne fut jamais, jamais inassouvie...


 

Quant au réfrigérateur, cet été là, je lui découvris, par hasard, une pièce bien étrange.

Mon père avait l'habitude de faire une virée matinale à son jardin, alors souvent c'était moi qui rapportais le pain à la maison. Un jour, une chose attira mon attention. La petite clé insérée dans la poignée du réfrigérateur. Je pus très vite deviner que c'était ma grand-mère qui avait oublié de la retirer de là. Elle nous interdisait, ainsi, d'ouvrir à tout moment ce gros coffre blanc qu'on installa cet été dans notre cuisine.

Sans hésiter un instant, je tirai vers moi le levier en guise de poignée qui aussitôt produit un clic et actionne l'ouverture de la portière.

Quelques légumes de saison étaient dans les bacs inférieurs. Et sur les grilles métalliques qui formaient les étagères. Il y avait deux petits paniers couverts de larges feuilles de vigne et de figuier qui gardaient la saveur de leurs fruits respectifs. Du muscat, le raisin aux grains dorés et des figues, Bartoletti, nommées ainsi en référence à leur premier cultivateur dans notre région. Une espèce de figues gorgées de miel transparent qui s'échappe des vergetures de leur peau claire et verdoyante. Mais, ce n'étaient nullement ces beaux fruits que je convoitais. Encore moins, l'eau fraîche que ma grand-mère prétendait être la raison pour laquelle elle gardait la clé du réfrigérateur...

"- A quoi peut servir le réfrigérateur, si les carafes sont toujours vides, ne cessait-elle de réprimander tout le monde."

Cette fois-ci, je voulais percer le secret du frigidaire. Comment l'eau se transformait-elle en glaçons dans cette machine dont la marque "Frigidaire" est vite devenue très courante dans les discussions. Certainement, seule ma grand-mère qui en savait quelque chose!! Elle qui n'était guère dérangée quand nos voisins la sollicitaient pour les glaçons durant les jours de grandes chaleurs. Tout au contraire, c'était le passe temps qui lui convenait le mieux. En ces temps là, en effet, elle se réappropriait en quelque sorte son rang parmi ses proches, ses voisines et ses clients. Elle, dont le métier principal, se voyait disparaître avec l'introduction des machines à coudre chez les couturières du village. Elle remplissait d'eau, les récipients qu'on lui apportait, les rangeait, dans le freezer, le compartiment réservé à la formation des glaçons et soumettait l'heure à laquelle on devait venir les chercher. Mais si on est en retard, pour avoir ses glaçons pour midi, il faut savoir patienter jusqu'au soir. Il ne faut jamais déranger lala'f ;lala Fatma

 

Pour certains ou khalti'f ; khalti Fatma pour d'autres ou encore "Daliythe"* ma tendre et adorée grand-mère. Dans le village, tout le monde respectait ses heures de sieste, elle la talentueuse artisane de gilets brodés et de chéchias pour les hommes, et de sarwel et boléros pour les femmes...

J'ouvris, donc, ce compartiment. Deux petits bacs métalliques étaient là. Je tentais de les soulever, mes petits doigts s'y collèrent aussitôt. Je les détachai à grand peine... mais j'étais loin de me préoccuper de la douleur qui leur était infligée, tant j'étais absorbée par mon exploration!! A ce moment, je vis des choses qui pendaient en haut du freezer, tels des bâtonnets, rigides et transparents. Je n'en avais jamais vue encore, une chose pareille!! Qu'est-ce que cela pouvait-il bien être?

Une fois encore, ma curiosité était sans limite!! Je détachai un bâtonnet pour le voir de plus près. Mais, à ce moment j'entendis du bruit. J'essayai de remettre la pièce en place... IMPOSSIBLE... Je refermai, à la hâte, le frigo. Qu'on ne m'attrape surtout pas la main dans le sac. Je devais alors cacher ce truc... où?? Je choisis, naïvement une cachett e qu'aucune autre n'aurait, mieux qu'elle, pu jouer son rôle de cachette pour cette étrange pièce que j'avais dans la main. Alors cette cachette?? Eh bien, c'était derrière le four... Non, voyons, pas le four du boulanger, mais celui de notre cuisinière, au buta-gaz, posée sur une petite table en bois!!


 

Toute La journée, mon esprit n'était préoccupé que par ce bâtonnet. Je faisais des va et vient dans la cuisine. Je glissais ma main derrière la cuisinière quand personne n'était là et je cherchais le « machin ». Nulle trace, juste mes doigts qui rencontrèrent, d'abord, une petite trace d’eau, puis plus rien!! Comment ce fait-il ?? Quelqu'un aurait- il trouvé ce que je cherchais et remis à sa place? C'était la question que je me posais après ce même geste que je répétais durant plusieurs jours...

  1. du moment que, pour ma'ma, rien n'avait changé, j'ai fini, par oublier cette histoire qui m'avait tant intriguée ...

En effet, ma grand-mère demeura longtemps après, comme elle l'a toujours été ; la seule maîtresse de cette machine à glaçons même quand ce n'était pas la période des glaçons... !!

Et vous, chers lecteurs, sauriez-vous, après plus de quarante ans, m'aider à résoudre l’énigme de cette unique pièce de glaçon??


 


 

* "Daliythe" un surnom en langue berbère du Dahra, le féminin de Dali, le nom de famille de mon grand-père. Ou ce qui veut dire aussi et tout simplement Mme Dali.


 

Amitiés de Dania.

 

Publié dans LES AMIS DU BLOG

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HADJOUDJA KAMEL 29/04/2017 23:56

Vous dites que vous avez mis le glaçon sous forme de stalactite dans votre main après l'avoir détaché du freezer. Quand on met un glaçon dans sa main, il se met à fondre, et une sensation de froid intense envahit la main car l'énergie nécessaire au changement d'état de la glace à l'eau liquide est puisée dans la main.
Votre stalactite, placée derrière le réchaud à gaz butane a fini par dégeler à la température ambiante de la cuisine en donnant une petite flaque d'eau...Laquelle plaque va s'assécher progressivement en ne laissant subsister aucune trace...
J'affirme cela sous toute réserve, car je ne suis pas un frigoriste, en espérant toutefois n’être pas tombé à coté de la plaque; auquel cas il ne me reste plus qu'à jeter mon bonnet par dessus les moulins! Bonne Soirée .

Dania 28/04/2017 23:10

J'adore la photo du réfrigérateur, en plus du sol, les carreaux en noir et blanc, comme la cuisine de mon enfance.
Merci Sidielhadjaissalaghouati.

Dania 30/04/2017 23:19

Bonsoir MKHADJOUDJA
Bonne déduction , bravo, sans avoir à donner sa langue au chat.
Merci d'être passé me lire. C'est un souvenir qui a rejailli en moi, suite à une visite à la grotte de Beni Add de Tlemcen. Des stalagmites et des stalactites merveilleusement "sculptées." On se croirait dans un monde de fiction... Même la tête de Socrate avait droit à sa représentation parmi d'autres formes que les guides ont eu la gentillesse de nous faire découvrir, tête de cobra, chameau...
En ce qui est de cette étrange pièce, un frigoriste, pour une fois, aurait eu raison de me dire qu'elle était en plus dans mon frigo ... !!
Cordialement.