PORTE DISPARU DEPUIS …1924 LE SECRET IMMUABLE DU DÉSERT (1 ère PARTIE) Rapporté par SI EL HADJ MABROUK KOUISSI (A.Y.

Publié le par LAGHOUATI

PORTE DISPARU DEPUIS …1924

LE SECRET IMMUABLE DU DÉSERT (1ère PARTIE)

Rapporté par SI EL HADJ MABROUK KOUISSI (A.Y.)

Janvier 1921, c’est l’année ou les autorités coloniales Françaises recueillent dans les camps de « Bouchakeur » à LAGHOUAT, les nomades des Larbaas qui mourraient de faim après avoir perdu les 2/3 de leurs troupeaux. De 1400 déplacés en Décembre 1920, ils sont 4.000 en Janvier 1921. Ce camp sera maintenu jusqu’à fin Mars 1921. Cette terrible période sera gravée dans la mémoire collective comme étant celle de la FAMINE et de la MISERE… (« AMECHAR »).

« La société nomade de cette confédération fut profondément ébranlée, sans parler des morts ; les gens ruinés vendaient leurs bijoux, leurs armes, leurs selles, leurs tapis, leurs burnous, jusqu’aux « flidjes » de leurs tentes !

Chassés de leurs terrains de parcours ravagés, ne trouvant pas de ressources en ville, 10.000 Larbaas partirent mendier ou chercher un peu de travail dans les départements d’ORAN et d’ALGER laissant derrière eux femmes et enfants…D’autres se sédentarisèrent par misère, par naufrage… » E. DERMENGHEM. « Le Pays d’Abel ».

Au milieu de cette année sombre, un pasteur de la Tribu des HADJADJ, âgé d’une soixantaine d’années, errant par monts et par vaux dans une région située entre Tilghemt et Berriane ; à la recherche d’hypothétiques pâturages, tentant de faire survivre une vingtaine de brebis rescapées de la tragédie collective ; avait jeté son dévolu sur une cuvette asséchée, traversée par un petit oued d’accès facile pour le cheptel dont les flancs sont pourvus d’un maigre tapis végétal propice au pacage.

Il décida d’y planter la « khaima », son habitat temporaire et transposable.

Un jour, après une violente nuit orageuse, une demi-douzaine de brebis s’égaillèrent dans la tornade pendant leur retour précipité des pâturages. Manifestement il fut impossible d’aller à leur recherche en pleine bourrasque au vu des dangers existants et potentiels caractérisés par les crues imprévues des oueds, à la foudre et à l’obscurité…

Le lendemain matin la pluie cessa, le temps s’éclaircit et le soleil fit son apparition. C’est alors que le Maitre de Céans ordonna à son fils de 23 ans de seller son cheval et de partir à la recherche des brebis fourvoyées. Celui-ci habitué de par son éducation à se soumettre aux oukases paternels, obtempéra aussitôt et commença à rassembler arme et provisions pour l’accomplissement de cette tâche qu’il pressentait ingrate et ardue. Dans ce genre de situation, le préposé n’avait souvent d’autres choix que de partir battre la campagne à l’aveuglette, ignorant complétement dans quelle direction les animaux se sont divagués ; se fiant uniquement à son intuition et en l’espoir d’une rencontre fortuite heureuse en mesure de l’aider dans sa délicate mission.

Après avoir pris un repas frugal composé de petit lait (l’ben) et de quelques dattes sèches ; il enfourcha son canasson, le fusil maintenu fermement sur ses cuisses. Après un signe d’adieu de la main à ses parents debout devant la « khaima », le voilà prenant résolument la route à travers la steppe désertique accompagné, comme à l’accoutumée, par les ferventes prières de sa mère et de sa grand’mère. Le père, immobile et inexpressif, lui rendit son salut par un léger hochement de la tête, tout en le suivant du regard jusqu’à ce qu’il se fut effacé dans l’éloignement. A cet instant seulement il consentit à s’asseoir à même le sol, sans force, fixant obstinément le sentier à peine visible emprunté par son fils…Et l’espace où il venait de disparaitre…

A CE MOMENT IL ETAIT LOIN DE SE DOUTER QU’IL NE REVERRA PLUS JAMAIS SON CHER FILS !!

Subitement envahi par un pressentiment confus, on l’entendit psalmodier à haute voix des versets du SAINT CORAN. Sa vieille mère, sentant son désarroi, vint s’accroupir près de lui dans un élan de compassion, le regardant d’un air dubitatif en égrenant les perles de son chapelet…

Quelques instants après, la vie reprenait son cours routinier autour du campement. Le père, enfermé dans un mutisme soudain réunit son maigre troupeau, aidé de son fils cadet âgé d’une quinzaine d’années, en vue de le mener au pâturage dans la grande plaine semi-aride ; tandis-que les femmes s’affairaient autour des nombreuses tâches domestiques quotidiennes qui leur sont naturellement dévolues…

Les journées passèrent les unes ressemblant aux autres, et le jeune homme n’est pas toujours rentré !! Aucune nouvelle non plus des moutons égarés !! Peu à peu, l’inquiétude commença à fissurer le sang-froid légendaire du vieux bédouin…Il y’avait bien eu deux jours auparavant une estafette à cheval qui venait de l’annexe de Ghardaïa et se dirigeait vers le caravansérail et poste militaire de GUELTET ES STAL (près de Hassi-Bahbah. W. de Djelfa).

Elle déclara n’avoir rencontré sur son chemin aucun jeune homme répondant à son signalement. Des grappes de nomades errants qui se repliaient vers le nord, laminés par la pauvreté et criant famine furent sollicités vainement pour d’éventuels renseignements pouvant aider à retrouver sa trace. En outre, les tribus stationnées dans la région furent alertées et priées de participer aux recherches.

L’officier du Bureau Arabe, le Commandant du Cercle, le Caïd de la tribu ainsi que le BACHAGHA DJELLOUL BEN LAKHDAR furent saisis de la disparition par une « Chikaya »…En vain…Les mois se succédèrent et le jeune homme demeura introuvable !

Une ANNEE entière s’écoula. Tous les efforts entrepris pour le retrouver furent infructueux. Il sembla même qu’à cette époque, le BACHAGHA DJELLOUL, touché par les incessantes doléances du vieillard, adressa une lettre dans ce sens au Gouverneur Général de l’Algérie GASTON DOUMERGUE …Classée sans suite ! Celui-ci avait d’autres chats autrement plus importants à fouetter que de s’intéresser au cas d’un misérable berger indigène disparu dans le désert !!

La disparition de leur enfant fut pour sa famille une véritable épreuve de la vie. Cependant, au fil du temps, elle finit par faire son deuil et accepter la volonté du TOUT PUISSANT.

Sa maman surtout fut inconsolable. Cette soumission, du moins en apparence, lui paraissait tout de même inacceptable. Il lui était impossible de vivre avec ce doute affligeant et injuste qui hantera éternellement son esprit…

Une profonde tristesse envahit le père et ne le quitta plus. Comment pourrait-il en être autrement étant donné que c’était son bras droit. Travailleur adroit, intelligent et honnête, il ne rechignait jamais devant les tâches les plus désagréables, les plus pénibles et les plus ingrates consécutives à l’élevage ovin surtout en cette période de disette et de grave sécheresse.

Pourtant…Un jour, un pasteur « Chambi » d’un certain âge, rencontré au hasard d’un « Souk » à bestiaux, l’informa de l’existence, dans une zone désertique dénommée « Chegget el Ftaiet », à 70 kilomètres environ à l’ouest de la petite ville de Touggourt, dans une dépression enclavée entre deux massifs rocheux près d’un arbre solitaire noirci par la foudre ; une tombe isolée, sans âge, qui pourrait éventuellement être celle de son fils disparu ? Le pasteur prétendit que nul n’a pu à ce jour dévoiler l’identité de celui, ou celle, qui reposait là…

Le vieil homme se montra d’abord très perplexe et sceptique à la fois en entendant cette nouvelle ; car un espace considérable, plus d’une centaine de kilomètres sépare le lieu d’implantation de sa « khaima » de l’endroit abritant la sépulture…Plusieurs questions se bousculèrent dans son esprit : « Pourquoi est-il allé si loin alors qu’il savait parfaitement que l’espace des recherches, dans ce cas de figure, ne doit pas dépasser un rayon de 30 kilomètres ? De quoi est-il mort et pourquoi ? Jamais durant sa longue vie de pasteur nomade, il n’avait parcouru une telle distance pour retrouver des bêtes égarées !! ».

Mais cette information, même à priori incertaine, méritait d’être vérifiée. Une petite lueur d’espoir brilla dans les yeux fatigués et rougis par le Trachome du sexagénaire.

Aussitôt rentré auprès des siens, il prit ses dispositions pour effectuer le long voyage, qui devrait durer, sauf imprévu, 5 à 6 jours. La distance à parcourir était d’environ 150 kilomètres à vol d’oiseau. Cette contrée il la connaissait de réputation, à cause de ses orages violents sporadiques et imprévisibles durant la saison estivale, accompagnés de foudre et de pluies torrentielles.

Ses préparatifs prirent deux jours. Des consignes strictes furent prescrites à son fils cadet et au reste de la famille sur la manière de prendre soin, durant son absence, des quelques brebis restantes ; ultime patrimoine crucial pour la survie du clan…

Le 3ème jour, après la prière du « fajr », il mit le cap vers le sud-est, hissé sur son magnifique destrier, tirant derrière lui un jeune dromadaire chargé de quelques provisions (dattes séchées) et d’eau ; progressant à travers une terre plate et caillouteuse brulée par la sècheresse, bravant cette immensité désertique inhabitée , traversant tantôt des « hamadas » arides, tantôt des plaines vidées de ses résidents conjoncturels dans lesquelles croissaient à peine, à de grands intervalles quelques arbustes rabougris…

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE.

A SUIVRE…

BONNE POURSUITE DU CAREME

SAHA FTOURKOUM

 

K.HADJOUDJA

 

Commentaire : hadj Kamal , il ne faut pas trop tarder pour la deuxième partie du récit qui s'annonce captivant .Merci ! Tu sais si bien faire durer le suspens !

 

Publié dans K.HADJOUDJA

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