PORTE DISPARU DEPUIS …1924 LE SECRET IMMUABLE DU DÉSERT (2ème PARTIE ET FIN)-PAR K.HADJOUDJA

Publié le par LAGHOUATI

PORTE DISPARU DEPUIS …1924 LE SECRET IMMUABLE DU DÉSERT (2ème PARTIE ET FIN)-PAR K.HADJOUDJA
PORTE DISPARU DEPUIS …1924 LE SECRET IMMUABLE DU DÉSERT (2ème PARTIE ET FIN)-PAR K.HADJOUDJA
PORTE DISPARU DEPUIS …1924 LE SECRET IMMUABLE DU DÉSERT (2ème PARTIE ET FIN)-PAR K.HADJOUDJA

PORTE DISPARU DEPUIS …1924

LE SECRET IMMUABLE DU DESERT

(2ème PARTIE ET FIN)

Rapporté par SI EL HADJ MABROUK KOUISSI (A.Y.)

 

Le voyage dura 5 jours sans difficultés notables. Durant son expédition, il n’a eu à croiser qu’une caravane de chameaux venant du pays des « Chaambas » et faisant route vers les AURES pour faire du troc (échange de dattes sèches contre du grain).

Parvenu à destination en fin d’après-midi, le panorama qui s’offrit à sa vue fut une « Daïa » encaissée entre deux gigantesques blocs de roches calcaireuses abritant un oued à sec. Légèrement en retrait de la rive gauche de ce cours d’eau, sur un large espace protégé de l’érosion des eaux se détachaient les vestiges d’un vieil arbre solitaire, sombre et efflanqué, enfoui à moitié dans le sable et qui, de toute évidence, avait été frappé plusieurs fois par la foudre des années auparavant…

Le lendemain, au lever du jour, après avoir passé une paisible nuit à la belle étoile à l’abri d’une cavité rocheuse, il se mit en devoir d’examiner minutieusement, d’un œil expérimenté, cette mystérieuse tombe anonyme émergeant à peine de la couche de sable, délimitée par deux gros galets de pierre.

A première vue, cette fosse semblait remonter à plusieurs années ; auquel cas elle ne pourrait être celle de son fils… Mais comment pourra-t-il en avoir la certitude ? La seule méthode qui lui sembla judicieuse à ce moment-là était de découvrir carrément la sépulture et d’examiner de visu son contenu ! Après avoir effectué ses ablutions et une courte prière ; ne possédant ni pelle ni pioche, il se mit à creuser délicatement avec ses mains le sol sablonneux recouvrant le tombeau ; aidé d’un banal bout de bois arraché au tronc de l’acacia( ?) calciné ; dans l’espoir de dénicher des fragments de tissus, un objet personnel ou un quelconque indice permettant une identification formelle…

L’intérieur de la tombe ne révéla aucun indice probant ; juste quelques fragments d’os probablement humains épars, vermoulus et apparemment très anciens. Seul le crane paraissait encore intact. Il le prit délicatement dans ses mains et l’examina attentivement sous toutes les coutures. Celui-ci possédait toujours l’intégralité de sa denture. Le défunt (ou la défunte) devait être relativement jeune : 16-18 ans. Impossible de dire s’il s’agit d’un squelette d’homme ou de femme ; les os pelviens qui auraient permis de trancher la question manquaient…

En conséquence, il ne pourrait s’agir de son rejeton, car celui-ci était plus âgé, de grande taille, et avait perdu dès l’âge de 16 ans deux molaires de la mandibule inférieure droite ! La prospection de la profondeur fut improductive : Pas le moindre lambeau de linceul ou d’une quelconque étoffe…Aucun objet non plus…

La déception fut à la hauteur de l’espoir. Bientôt il dut s’atteler à accomplir, la mort dans l’âme, le douloureux devoir de rendre à la sépulture son aspect originel. Il combla soigneusement le trou convaincu que les restes enterrés-là n’avaient aucune corrélation, du moins, avec l’aspect morphologique de son garçon. Aussitôt ce rite achevé, il rassembla ses affaires et se mit en route faisant confiance à DIEU pour le trajet du retour ; déçu et navré de rentrer bredouille auprès des siens.

La mère et la grand’mère, en qui cette opération avait allumé une petite lueur d’espoir au cœur de cette tragédie, furent très frustrées de son non- aboutissement. Ce qui contribua à exacerber le profond sentiment d’affliction qui persistait encore depuis le commencement de ce drame…

Le vieil homme vécut le restant de sa vie, et ce jusqu’en 1943, date de son décès ; nourrissant l’espoir de revoir un jour son cher fils disparu, ou tout au moins recueillir un écho avéré l’avisant avec certitude de sa mort, pour enfin être en paix avec lui-même et se soumettre, le cœur apaisé, à la volonté divine.

Les années se succédèrent avec leur lot de défis et de problèmes puis vint l’année 1959…La révolution Algérienne battait son plein. Les opérations « jumelles » et « pierres précieuses » étaient lancées sans pour autant parvenir à faire plier l’A.L.N. Au hasard de la « waada » du CHEIKH BENAISSA organisée chaque année à MONGOLFIER (aujourd’hui RAHOUIA w. de Tiaret) à laquelle il avait l’habitude d’assister du fait de sa présence en transhumance dans la région, le frère cadet du disparu fit la connaissance d’un ancien sergent-chef de Tirailleurs Algériens, originaire de GERYVILLE (aujourd’hui EL BAYADH), qui avait participé à la GUERRE DU RIF. C’était une guerre coloniale qui opposa les tribus Rifaines d’ABDELKRIM aux armées Françaises et Espagnoles de 1921 à 1926 dans le RIF (chaine de montagnes du nord du MAROC). En cette année 1924, cette guerre faisait rage dans ce secteur. Les troupes Françaises et Espagnoles étaient mises à mal par les attaques audacieuses et meurtrières des Rifains dans les régions inhospitalières du GRAND ATLAS, MOYEN ATLAS et TAFILALET…Ce qui contraignit la France à envoyer des renforts de Métropole, d’Algérie et du Sénégal afin de conforter les troupes d’occupation du Maroc sous le commandement des maréchaux LYAUTEY puis PETAIN.

Ce sous-officier témoigna de l’existence dans ce temps-là, d’abord au centre d’instruction de SIDI BEL ABBES, puis en campagne dans les montagnes du Rif marocain, au sein de son unité, d’un personnage répondant au signalement du jeune homme ; avec qui il s’était même lié d’amitié ! Jusqu’au jour où il fut tué au début de l’année 1925 dans l’attaque par les Rifains d’un poste de couverture juché sur un piton rocheux isolé, défendu par une faible garnison de Tirailleurs Algériens et Sénégalais…Il fut enterré directement sur place…Celui-ci lui révéla un jour, autour d’un bivouac, qu’il avait été enlevé manu militari, contre son gré, en plein Sahara Algérien par une colonne militaire qui avait pour mission de faire de la prospection en vue du recrutement d’éventuels volontaires et d’appréhender les jeunes indigènes des tribus nomades en âge d’effectuer le service militaire obligatoire. (En 1924 il était de 18 mois).

Il lui confessa, sous le sceau du secret, que le nom qu’il portait ainsi que l’affiliation qui s’y rapportait étaient inexactes, fausses et trompeuses !! Il était persuadé qu’en agissant de la sorte, il protégerait les siens mais surtout son jeune et unique frère et lui éviter de subir le même sort que lui s’il venait à être repéré.

-« Hélas ! À chacune de mes nombreuses sollicitations pour me dévoiler sa véritable identité, il opposa farouchement un refus catégorique ! » Protesta-t-il avec une pointe de désolation dans la voix. « Il prenait toutes les précautions possibles pour s’éviter toute fuite susceptible de le démasquer de peur des représailles !! ».

-« S’il s’agit bien de lui, continua-t-il, il doit être maintenant enregistré sous de fausses données personnelles sur les registres matricules militaires…D’autant qu’à cette époque, les services de l’Etat civil n’existaient pas encore… ».

Avec du recul, c’est tout de même étonnant de remarquer qu’autrefois toute déclaration individuelle faite par les engagés volontaires ou les appelés du service militaire était transcrite telle que sur les fichiers du ministère de la guerre…Sous leur propre responsabilité pleine et entière ! L’objectif primordial de l’arbitraire colonial dans le contexte d’alors, c’était l’incorporation massive de jeunes recrues parmi la population indigène qu’elle soit nomade ou citadine, en vue de leur utilisation comme « chair à canon » dans les zones de conflits allumées par l’occident impérialiste !

Son frère cadet, âgé alors de 75 ans, tenta sous les conseils avisés de SI EL HADJ MABROUK KOUISSI (A.Y.), une ultime démarche peu avant son décès en 1986, de lever le voile sur la disparition inexpliquée de son frère ainé en saisissant l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre Français.

Deux mois plus tard vint la réponse de cet organisme : « Le nom patronymique ainsi que l’affiliation s’y rapportant sont INCONNUS des registres matricules militaires ainsi que des archives du Ministère de la Défense en relation avec le conflit de la Guerre du Rif !! ».

De ce fait, ce mystère n’a jamais pu être éclairci et demeura entier au jour de cette narration à l’été de 1987…Comme quoi, le héros de cette histoire ne doit la réalité de son existence qu’à quelques témoignages controversés de sa mésaventure dramatique !! FIN.

 

 

REMARQUE DE L’IMAM A LA FIN DU RECIT :

« Il est indéniable que le témoignage du Tirailleur serait le plus vraisemblable. Hélas ! Aujourd’hui tous les protagonistes ou témoins potentiels sont décédés. Il n’y’a plus moyen de rétablir la vérité un jour. Le désert gardera jalousement son secret jusqu’à la fin des temps ! ».

 

 

 

REMERCIEMENTS :

Mes remerciements vont spécialement à Messieurs :

- TELLI HADJ TAHAR (Muezzin et disciple de l’Imam)

- OUELHI BRAHIM (disciple de l’Imam)

Pour leur précieux concours.

 

MERCI POUR VOTRE BIENVEILLANCE.

QUE DIEU AGRÉE NOTRE JEUNE.

SAHA FTOURKOUM.

 

Publié dans K.HADJOUDJA

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