Souvenir:Récolte des dattes à Laghouat dans les années 50

Publié le par Laghouati


 

Récolte des Dattes à Laghouat dans les années 50


 

Il y a des moments dans la vie de l’enfant qui ont un cachet particulier qui fait qu’ils restent gravés dans la mémoire pour toute la vie. Parmi ces moments privilégiés il y en a particulièrement deux qui me remplissent d’émotion chaque fois que je les évoque.

Cela remonte à quelque un demi-siècle en arrière : la cueillette des abricots en mai-juin et la récolte des dattes en début d’automne.

 

Le jour de récolte est décidé par le chef de famille qui en informe tous les membres de la grande famille : les cousins, neveux, nièces, cousines, oncles, tantes… Tout le monde répond présent. Le matin du rendez-vous, nous nous levons tôt avant même les adultes, mettions nos habits et attendions le départ vers le jardin de Grand-père qui se trouvait à la Rue Zebara.

 

Les enfants prenaient les devants, les femmes venaient après et les hommes terminaient la marche. Quelques minutes nous suffisent pour arriver à destination. Le jardin de mon grand-père était parmi les plus beaux de l’oasis Nord car mon grand-père veillait personnellement à son entretien en s’y consacrant totalement avec tout l’amour, l’attention et les petits soins, qu’il ne cessait de lui prodiguer quotidiennement, été comme hiver.


 

Une fois arrivés nous trouvons grand-père avec nos oncles et tantes en train de nous attendre.

  Le jardin comportait quelque dix palmiers de différentes variétés de dattes : ghars, deglet nour, thadala, temjourt, bent khbala et bien d’autre variétés dont les noms m’ont échappés …

Les femmes commencèrent à étendre sous les palmiers de grandes couvertures sur des dizaines de mètres afin qu’y tombent les dattes qui se seraient détachées des régimes pendant l’opération de descente.

 

Une fois ceci fait, les femmes s’éloignent de l’endroit et se tiennent en retrait pour laisser la place à l’équipe chargée de grimper sur les palmiers pour couper les régimes de dattes et  les descendre au sol à l’aide d’une corde. Nous nous empressons, à ce moment là, de détacher les régimes de leur corde et les ranger plus loin, chaque variété à part.

 

Chaque fois que l’opération achevée sur un palmier, nous passions à l’autre jusqu’à ce que tout soit terminé. Cela nous prenait souvent plusieurs heures. Après quoi, les ouvriers descendent du palmier, perçoivent leurs dus en argent et en nature et s’en vont vers d’autres jardins.

 

Les femmes reviennent alors et commence alors le tri des meilleures dattes, sous la surveillance de grand-père qui supervise cette opération.  Les meilleurs régimes sont destinés aux pauvres sous forme de zakat ou aumône et aux  amis de la famille sous forme de cadeaux.

 

Les dattes qui seraient tombées des régimes sont  rassemblées et triées par les enfants  et les femmes et mises dans des sacs ou des caisses, tandis que les régimes sont transportés par les hommes vers une pièce appelée « Kharaja » (il faudrait rechercher l’étymologie de ce mot, j’ai longtemps cherché mais personne n’a pu me renseigner utilement mais j’ai comme idée que cela vient du mot arabe kharaj خراج) et suspendus sur des pieux en bois sortant des murs et ce, pour permettre aux dattes non encore arrivées à maturité de mûrir lentement.  Les dattes de mauvaise qualité ou vertes sont mises de coté pour servir à l’alimentation des bêtes.

 

Les dattes qui se sont détachées des régimes sont, par la suite, triées soigneusement  par les femmes et mises dans de grandes jarres (ou zir comme on les appelle)  en veillant à ce que les différentes couches soient soigneusement et méticuleusement disposées avec alternance de couches de figues  qu’on aura cueillies et séchées préalablement. Ces dattes sont réservées à la consommation de la famille et mises dans les jarres, elles-mêmes entreposées dans le magasin de la maison (ou Hojra). Un savant calcul fait que ce qui est emmagasiné doit suffire à la consommation de la famille pour toute l’année.

 

Les dattes restantes sont dirigées vers le marché pour être vendues par régime, pas à la pesée comme cela se passe aujourd’hui. Les familles aisées achètent la récolte de plusieurs palmiers  pour assurer leur consommation tout au long de l’année

(3Awlat al3am ou besoins de l’année).

Loin de nous cette période bénie où on achetait les dattes pour l’année ; aujourd’hui, nos bourses ne nous permettent  même pas d’acheter quelques kilogrammes, dans le meilleur des cas.

Un vieil adage de chez nous dit : « celui qui n’a pas de dattes chez lui est considéré comme pauvre » même s’il possède des milliards.

 


A la fin de la journée, nous rejoignons nos domiciles,  fatigués mais satisfaits et heureux d’avoir fait oeuvre utile.

 

Je parlerai une autre fois de  la cueillette des abricots dont la production était abondante à Laghouat.

 

Posté par M.Hadj-Aissa le 08 Décembre 2008

 

  

 

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Dania 25/11/2015 11:59

Bonjour SidiMohamedHadjAissaLaghouati
Vous avez cité ghars, je pensais que l'appellation désignait seulement les dates écrasées qu'on utilise pour " labraj " sorte de gâteaux traditionnels à la semoule (voyons un peu de quelle région d'Algérie??!! ... bien sûr, bien sûr de l'Est... ) Vous avez cité l'incontournable deglet nour!! La thadala que j'ai enregistrée comme "Reine des dattes" je vous fais confiance, vous savez mieux que moi!!
temjourt, bent khbala que j'entends pour la première fois. La première, je trouve à résonance berbère et la seconde sudiste!!
Avant de clore, moi, je vous rappelle une autre variété "fegous"!! n'esr-ce pas??
Voilà, je m'aperçois que maintenant je connais plus de noms désignant des dattes que de termes pour les variétés d'oranges de ma région ; faut que je m'arrête!!
J'ajoute que je retiens de cet article la beauté de cette vie là et de ces souvenirs et particulièrement la phrase suivante "Les meilleurs régimes sont destinés aux pauvres ...?
Salam, par une journée qui s'est annoncée glaciale mais belle!!
Dania.

malek 11/03/2014 14:55


j'adore les dattes

agathe 09/12/2008 15:45

je ne savais pas que l'on pouvait mettre des dattes au congel, c'est tellement bon quand elles sont moelleuses, rien que d'en parler. . C'est un délice ! !  belle journée sous votre beau soleil si vous saviez comme c'est gris ici amicalement agathe

agathe 08/12/2008 16:01

Il est très intéressant cet article, je n'imaginais pas tout à fait ainsi, et surtout je ne savais pas que cela pouvait se conserver aussi longtemps j'adore les dattes, J'avais un ami, un vieux monsieur qui venait d'Algérie , chaque année il m'apportait des dattes en cadeau, si vous saviez comme cela me faisait plaisir, c'était un tel régal, tellement différent de ce que nous trouvons dans les magasins chez nous je vous souhaite une belle journée amicalement agathe

Laghouati 08/12/2008 16:16


Merci pour votre aimable commentaire. Quand les dattes sont conservées dans les jarres , vous pouvez les consommer tout le long de l'année sans qu'elles perdent leur saveur originelle.Mais
aujourd'hui c'est le congélateur avec la différence que les dattes perdent leur saveur première.