Leçon de tolérance

Publié le par Laghouati

Leçons de tolérance

 

En discutant des choses de la vie et des profonds changements que connaît notre société, un ami enseignant de son état me raconta une anecdote à propos de mon père et qui concerne le changement dont on parlait.

A l’indépendance du pays, le livre arabe était rare dans nos librairies et nos relations avec les pays arabes commençaient à peine à se tisser peu à peu après tant d’années de colonisation et d’isolement total. La société d’édition et de diffusion du livre venait d’être créée et elle commençait à importer des livres de l’orient arabe et les vendait à des prix très modérés, ce qui encouragea les jeunes à vouloir constituer de véritables bibliothèques à moindre frais.

Le responsable de la librairie  avait pour habitude, à l’arrivée de nouveaux livres, d’inviter l’élite intellectuelle de la ville, à en prendre connaissance avant de les mettre en vente. Un de ces jours, arriva en ville une forte quantité de livres religieux et mon père fut convié comme bien d’autres enseignants à venir consulter les titres avant leur mise en vente. Les personnes invitées, devant le nombre considérable de titres et leurs prix presque symboliques, débordaient d’une joie immense et ne manquaient pas de l’exprimer ouvertement.  Certains titres entraient dans le pays pour la première fois et c’était une chance unique pour les lecteurs de les acquérir à moindre frais.  Tout le monde était affairé autour des livres et personne ne prêtait attention à Cheikh Boubakeur qui se tenait sagement loin de la cohue, impassible et silencieux. Le voyant rester à l’écart, l’un des enseignants présents , s’approcha de lui , étonné de l’attitude du cheikh  qui contredisait l’image que tout le monde avait de lui en tant que  grand féru des livres .

-          « Cheikh, mais comment se fait-il que vous soyez à l’écart, vous qui aimez les livres plus que tout ; on dirait même , à vous voir que cela ne vous enchante guère ! »

-          « Non ce n’est pas que cela ne m’enchante pas, mais ce qui peut paraître comme étant une gratification de dieu peut s’avérer être une malédiction  et un danger pour la quiétude de notre société »

-          « Je ne comprends pas comment cela peut devenir un danger ? »

-          « Nos jeunes vont acheter ces livres, vont les lire et n’étant pas suffisamment armés, ils vont les comprendre d’une façon erronée et ce sera leur perte et celle de toute la société. Et c’est ce que je crains »

 

La crainte du cheikh et de beaucoup de personnes avec lui s’est avérée, malheureusement vraie : à partir des années quatre vingt la fitna était déjà présente et bien présente.

 

Les jeunes, certains pas tous, se sont jetés aveuglément dans la lecture de ces livres  sans en référer aux oulémas. Leur compréhension des textes religieux était forcement tronquée et leur effort d’interprétation était loin de correspondre au sens véritable visé, ce qui a eu pour effet d’engendrer toutes les dérives auxquelles nous avons assisté.

L’acceptation de l’autre et la tolérance ont été les plus grandes victimes de cette compréhension mutilée des textes religieux. 

Nos parents et nous-mêmes avions été témoins d’une période de l’histoire du pays où nous avons vécu avec d’autres communautés religieuses avec la plus grande des ententes.

Cet esprit de tolérance, ce respect des oulémas nous ont été légués par nos parents qui leur attachaient un grand prix. Cela ne veut absolument pas dire que nous devons renoncer à nos convictions religieuses pour plaire à l’autre ni à renoncer à la dénonciation des actes répréhensifs, contraires à la morale publique. Nous devons tout simplement défendre ce en quoi nous croyons avec la force de l’argument et la modération du croyant convaincu.

 

 Ce sont là les valeurs que nous avons héritées de nos parents et que nous voulons perpétuer à nos enfants.

La cohésion sociale dans laquelle nous avons vécu malgré les différences des niveaux de vie, la multiplicité des tendances politiques et religieuses a été une grande leçon pour nous. Il n’était pas rare de trouver dans une même famille plusieurs tendances politiques ou religieuses mais une parfaite harmonie y régnait grâce au chef de famille qui bénéficiait du respect et de l’obéissance de tous.

 

Laghouati le 16 février 2009

 

 

 

 

 

Publié dans SOUVENIRS

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Une amie 31/03/2013 10:26


 Le fait de rejeter l’autre, de penser
avoir le monopole de la Vérité divine, est un précédent dangereux spécialement quand il est enseigné aux jeunes générations. La meilleure façon de vivre sa religion, c’est de respecter l’autre
dans sa différence et d’avoir une attitude de paix face à ceux qui croient à autre chose. Il faudrait revoir les sujets traités dans les livres ainsi que les discours en rapport avec les
convictions de la foi. Pour éviter le  fondamentalisme
religieux, la haine et l’intolérance.


Votre défunt père « que Dieu ait son âme » avait
totalement raison.  

Ahmed benmessaoud 31/03/2013 09:57


C'est la vision d'actualité  du Grand Chikh qui prévale nous a toujours
eclairé par sa sagesse et ses conseils, et ses justes positions. Cette ouverture d'esprit et de tolérance je l'ai trouvés un jour en 1964 chez une enseignante Française, Mme Noillac. Un jour
quelques élèves, dont moi-même, à propos de notes, ont boycotté le cours du Professeur de l'Arabe. Cette enseignante nous a interdit simplement son cours tant que nous ne rejoignimes pas le cours
et présenter nos excuses à l'enseignant.  

@gathe 18/02/2009 23:00

bonsoir Monsieur j'aime beaucoup cet article je l'ai lu avec grand intéret  les trois dernières lignes me semblent tellement justes non elles ne me semblent pas , elles sont justes merci à vous pour tous les sujets que vous traitez chez vous, j'apprends beaucoup à bientot