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E DERNIER JOUR DU RESTE DE LA VIE
Par Lotfi Amine Soukhal - Partie Cinq et fin
LAGHOUAT a surtout besoin d’une âme, alors ensemble insufflons la lui.
A l’est au sud au nord à l’ouest, des laghouatis ont été massacré brûlés emprisonnés dans des réserves, réservés à la mort lente, sans espoir et sans regret.
Au sud d’Alger, il est un pays en guerre et des gens qu’on traite comme des animaux « la population a été déportée depuis plusieurs mois, de l’autre coté de la montagne, la civilisation française (la terre des droits de l’homme de DANTON et de ROBESPIERRE) est passée par là ».
Chère ville dévastée pour avoir vaillamment résistée ! Tes enfants les meilleurs ont tous péri les armes à la main.
En l’absence de témoins, l’ennemi a ligoté brûlé de valeureux habitants, femmes comprises, comme la jeune HARZLIA Messaouda qui dans un autre combat contre la hogra fut saisie d’une exaltation causée par la HOGRA la honte et la douleur, animée d’une sublime résolution joignant ainsi l’action à la parole se précipita au milieu des assaillants pour sauver l’honneur des siens comme la légendaire Fatma N’Soumeur, l’amazone aux longs cheveux rouges, qui s’en allait au combat en habits de fête, avec tous ses bijoux.
Elle fut ainsi capturée, conduite au camp adverse, et son cheval baissait la tête, comme s’il portait en lui tout le poids du malheur……… »
Dans nos têtes endolories galope et galopera encore et toujours le cheval de NACER BEN CHOHRA qui n’est jamais autant en vie que dans la résistance à l’envahisseur.
Il n’a pas manqué à la ville martyre de LAGHOUAT qu’un adversaire à sa hauteur, un ennemi qui l’autoriserait à courir sus à la mort, peinte aux couleurs de la guerre et en bijoux pour sa dernière fête, le mariage avec l’honneur et la mort.
Mais peut être la hauteur exigée n’est-elle qu’ostentation et morve, refusant à la ville rebelle les honneurs et la reconnaissance même à titre posthume de son ennemi juré la France et de ses pairs.
Les temps d’hier et d’aujourd’hui sont malheureusement à la déchéance des vainqueurs.
Toutefois ces réminiscences nous permettent de continuer de galoper comme NACER BEN CHOHRA, MESSAOUDA EL HAREZLIA ou FATMA N’SOUMEUR, à l’est au sud au nord à l’ouest sillonnant le pays, à travers des paysages qui résonnent du bruit furieux des sabots irréductibles.
Un seul centre d’intérêt la mémoire et les mots qui composent une seule et même cavalerie, que le cheval soit monté par NACER BEN CHOHRA, MESSAOUDA EL HAREZLIA, FATMA N’SOUMEUR, JUGURTHA ou débarrassé de son cavalier sous les remparts de Laghouat ou les murailles de Mansourah, en attente du peuple qui le chevauchera à l’heure de la délivrance, dans le grand incendie du 1er novembre 1954.
C’était fantastique ! On avait beau mélanger l’espace et le temps, la boussole pour la ville de Laghouat restera toujours figée quoi qu’en pense les jaloux de tous bords sur le mot Honneur et sacrifice.
LAGHOUAT un siècle et quelques années plus tard a encore besoin de sérénité pour panser toutes les blessures que français et les pouvoirs successifs lui ont infligé le temps le colonisateur
Les jeunes d’aujourd’hui doivent tout connaître de l’histoire de leur pays pour comprendre et apprendre à mieux aimer cette terre qui a vu couler depuis 1852 le sang valeureux de nombreux martyrs. Tout le monde doit s’y adonner pour mettre de l’ordre dans les idées reçues et dédramatiser une situation sciemment figée.
D’abord il faudrait que l’on arrête de noircir plus qu’il n’en faut le tableau et les perspectives pour rassurer les gens des démarches à entreprendre pour aller de l’avant.
LAGHOUAT en plus de ses richesses immenses, de son histoire colorée a aussi une autre grande richesse incommensurable l’amour singulier et pluriel de sa jeunesse.
LAGHOUAT a une culture, un passé et aussi un présent et un avenir, les jeunes ne doivent plus avoir honte des générations précédentes qui avaient bien résisté avec des moyens rudimentaires aux différentes invasions.
Aucun pays, aucune nation ne s’est faite sans difficultés même si le passage de quelques unes ne s’est pas passé dans la sérénité.
C’était le terrible contexte colonial avec son lot quotidien d’exactions et d’injustices d’ou la fracture irréparable entre deux communautés qui se faisaient la guerre.
C’étaient NACER BEN CHOHRA, et tous les révolutionnaires patriotes de la ville de LAGHOUAT. Personnages haut en couleur et hors du commun , intellectuels épris de justice et qui quêteront les éléments tout au long de leurs vies.
Ils furent les pionniers dans la lutte, des mentors exigeants des jeunes qui brûlaient de s’affirmer au combat pour établir à travers leur courage des passerelles avec la liberté confisquée et le peuple opprimé.
Ils étaient tous dévorés par une autre passion prenante, celle de la liberté le don de soi et dont ils constituent d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui une référence incontournable.
L’épopée vécue par ses preux chevaliers fut sans doute pour eux aux cotés du peuple tout entier une période faste glorifiante.
Mais sous la cendre couvait le feu, la spirale de la violence guerrière qui allait faire voler en éclat bien des rêves et des certitudes :
Rien ne sera plus comme avant l’holocauste commis contre la population civile de Laghouat et les événements allaient justement suivre le cours fracassant de l’histoire.
Le peuple Algérien, et il ne pouvait en être autrement, sortira vainqueur de l’épreuve de la guerre après sept années d’inlassables luttes et 132 ans d’écrasement colonialiste.
Enfin de compte qu’est ce que ça représente quelques années dans la vie d’une nation, d’une ville, rien quelques secondes si on mesure le temps qui reste pour accomplir tout ce qui reste à faire.
LAGHOUAT a surtout besoin d’une âme, alors ensemble insufflons la lui.
AMINE. LOTFI à mon grand père MOLINARI GIACOMO en hommage et regrets éternels
Les algériens floués
« Il n’y a pas d’avenir sans mémoire » Jacques Chirac, le 6 juin 2004 à Arromanches 16h20. Etienne Gérard, Maréchal de France, ministre dela Guerre sous Louis-Philippe déclarait en 1832 : « Il faut se résigner à refouler au loin, à exterminer même la population indigène. Le ravage, l’incendie, la ruine de l’agriculture sont peut-être les seuls moyens d’établir solidement notre domination. »
Le bilan des méfaits causés dans les trois premières années de la colonisation est extrêmement lourd, il peut être dégagé du rapport de la commission d’enquête parlementaire envoyée en Algérie en1833 : « Nous avons réuni au Domaine les biens des fondations pieuses ; nous avons séquestré ceux d’une classe d’habitants que nous avions promis de respecter ; nous avons commencé l’exercice de notre puissance par une exaction (un emprunt forcé de 100 000 FF) ; nous nous sommes emparés des propriétés privées sans indemnité aucune et le plus souvent, nous avons été jusqu’à contraindre des propriétaires expropriés de cette manière à payer les frais de démolition de leurs maisons et même d’une mosquée... Nous avons massacré des gens porteurs de sauf conduits, égorgé sur un soupçon des populations entières... » Imaginons un instant que la télévision et Internet aient existé à cette époque !... Ce déchaînement de cruauté, d’exactions va se poursuivre durant plus de cinquante ans. Les auxiliaires de Bugeaud : les PELISSIER, les SAINT ARNAUD, les ROVIGO, les MONTAGNAC, les LAMORICIERE, PELISSIER, GENERAL YOUCEF, BOUSCAREN pour les massacres et le génocide du 4 décembre 1852 et les CAVAIGNAC ont laissé des témoignages de ces exterminations massives : « Nous tirons peu de coups de fusil, nous brûlons les douars, tous les villages, toutes les cahutes », (Saint-Arnaud 5 avril 1842). Le duc sans honneur de Rovigo déclarait : « Apportez des têtes, des têtes ! Bouchez les conduites d’eau crevées avec la tête du premier bédouin que vous rencontrerez. » C’était l’époque où la paire d’oreilles était payée 10 francs, où l’on vendait femmes et enfants par centaines, c’était l’époque des « ENFUMADES », de tribus entières réfugiées dans des grottes (Cavaignac chez les SHLEUH Pélissier chez les OULED RIAH en 1845, et à LAGHOUAT le génocide et les civils mis dans des sacs et brûlés vif le 4 DECEMBRE 1852 suivis par Saint-Arnaud). Le colonel de Montagnac écrit dans ses "Lettres d’un soldat ": « Selon moi, toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées. Tout doit être pris, saccagé sans distinction d’âge ni de sexe... L’herbe ne doit plus pousser là où l’armée française a mis le pied. » Depuis 1881, l’Algérie vivait sous le régime de l’odieux code de l’indigénat et de ses lois d’exception avec leurs 41 infractions spéciales aux indigènes : soumission aux tribunaux répressifs, pour se déplacer hors de leur douar, les Algériens devaient demander, comme les esclaves noirs des Antilles, un permis de circulation... A la suite de la moindre plainte, ils pouvaient encourir une peine de cinq jours de prison et une amende de 15 FF. Ils pouvaient être jetés en prison sans jugement pour un temps indéterminé. L’Algérien, dont la chèvre a le malheur d’être surprise dans la forêt, se voit dans l’obligation de vendre tout son troupeau pour payer l’amende sans pour autant échapper à la prison. Outre la confiscation des biens HABOUS ce code consacrait l’inégalité devant la conscription, devant l’impôt, devant l’instruction. En 1894, le Conseil supérieur de l’Algérie proclamait que « l’Arabe est une race inférieure et inéducable » et « émet le vœu que l’instruction primaire des indigènes soit supprimée ». Ce vœu sera réitéré par le Congrès des maires d’Algérie en 1908 !
Moins d’analphabètes qu’en France !
L’Algérie de 1830 comptait moins d’analphabètes quela France de cette époque. En 1956, elle comptera 80% d’analphabètes totaux et 14% de demi analphabètes ! En 1911, des centaines de Laghouatis, algerois Kabyles oranais setifiens Tlemcéniens préférèrent l’exil en Syrie plutôt que de vivre sous un régime qui portait atteinte à leur dignité. Ils allaient grossir le lot des exilés de 1871. D’autres exodes suivront. Telle était la situation des Algériens quand, le 3 août 1914, l’Allemagne déclarait la guerre à la France. Il y a 94 ans éclatait la Première Guerre mondiale. Cette guerre se soldera en 1918 par une terrible saignée dans les rangs algériens qui, à aucun moment, « n’ont offert leurs services à la France par esprit de patriotisme ou d’attachement réel », comme le soulignait le gouverneur général Ch. LUTAUD. D’une enquête faite par le général MENESTREL à la demande du ministre de la Guerre , il ressort que :
Merci à vous HADJ Laghouati et grand bravo à Amine Lotfi, pour ce document d’histoire oubliée. Sa parution ne peut que réjouir tous ces combattants de l’ombre et ceux et celles qui les connaissent sans jamais oser les mettre au devant de la scène. Les valeureux laghouatis assassinés parla France des droits de l’homme en font partie et c’est à l’honneur de votre intéressant BLOG que de nous le rappeler, au moment où l’Algérie se perd en conjecture. Cela fait du bien de savoir qu’après 1 siècle et 58 années d’oubli et de condescendance, on peut avoir été combattante résistante et humble à la fois. Et surtout ne rien demander ni au pays ni au peuple, pas même de la reconnaissance merci à vous pour ce témoignage poignant sur la résistance de LAGHOUAT la ville martyr et chapeau très très bas Mr Amine Lotfi .qui fait honneur à son grand père MOLINARI GIACOMO et à la ville qui l’a vu naître..