Partager l'article ! Mouloud ya Mouloud !: A l’occasion de la célébration des fêtes du Mouloud En-Nabaoui, je n’ai pas trouvé mieux à vous faire lire que ...
A l’occasion de la célébration des fêtes du Mouloud En-Nabaoui, je n’ai pas trouvé mieux à vous faire lire que cette excellente chronique que diffusait en son temps la chaine 3 de Radio Alger et qui malheureusement a disparu depuis, et le site web qui lui était consacrée a lui aussi disparu.
Le Mouloud est célébré à peu près de la même façon à travers les différentes régions du pays avec quelques variantes minimes. Il était célébré, de notre temps, avec beaucoup plus de faste et ferveur : partout, dans les mosquées, dans les maisons, dans les rues avec beaucoup moins de pétards mais avec beaucoup plus de piété et de récitations coraniques et chants religieux. La veille du mouloud toutes les familles de Laghouat préparent du couscous comme lors des mariages avec de la viande de mouton et beaucoup de légumes de saison, la soirée est ponctuée par la consommation de friandises (de Draz comme nous disions), de thé à la menthe et rituel du henné pour les femmes et les filles.
Très belle époque que celle que nous avons vécue !
Nos fêtes, de nos jours, ont perdu, comme toute chose, leur cachet d’antan, tout ce qui faisait d’elles un hymne à la joie de vivre, tout ce qui les singularisait véritablement des autres jours. On assistait à une grande solidarité entre les familles et les différences entre riches et pauvres disparaissaient le temps de quelques jours.
Sacrée époque, Reviens-nous le temps d’un court instant ! Reviens-nous pour nous aider à mieux supporter ces moments sans saveur ni attrait aucun.
Laghouati le 07 mars 2009
Mouloud ya Mouloud Mouloud ennabi
Lalla Amina weldet eçabbi
« …..Et même si je ne suis pas nostalgique de nature, il est vrai que le Mouloud de mon enfance était beaucoup plus beau.
Je me souviens que c’était une fête magnifique, unique, sonore et lumineuse. Elle se préparait longtemps à l’avance. Pour nous, enfants, elle commençait d’abord par des économies que nous faisions pendant des mois pour pouvoir acheter les pétards, ou différents jeux de pyrotechnie disponibles sur le marché. Les pétards étaient bien plus petits que ceux d’aujourd’hui. Ils étaient inoffensifs. D’ailleurs on pouvait même les faire exploser dans nos mains.
Mais, il était strictement interdit de faire exploser le moindre petit pétard avant le soir de la fête. Interdiction parentale formelle et nous la respections. Non pas que nous étions des enfants modèles, loin de là… seulement il n’était pas du tout sage d’épuiser ses munitions avant le soir du mouloud. Avant les autres. Car ce soir-là, à peine la nuit tombée, un véritable concours s’organisait entre tous les enfants du voisinage. C’était à qui avait le plus de pétards, de fusées, de Jex, ou Tampons Jex, connu dans le langage populaire sous le nom de ch’âr la’âdjouza. Ou bien de carbure, cette roche qui libère un gaz lorsqu’on crache dessus, que nous mettions dans une boite en fer. Le gaz emplissait la boite et la faisait exploser au bout de quelques secondes. Sinon, il y avait ce petit tube en fer qu’on remplissait du phosphore des allumettes et qu’on faisait éclater en frappant dessus avec un clou.
C’était à qui pouvait tenir le plus longtemps. Et surtout qui, réussissait les plus beaux effets sonores et lumineux.
Quoi qu’il en soit, tout cela ne durait pas plus d’une à deux heures. Et lorsque nous avions épuisé toutes nos munitions, il ne nous restait plus qu’à admirer les bougies. Il y en avait une pour chaque membre de la famille et quelques autres pour Assas Eldar. Le gardien de la maison. Un gardien invisible que ma mère n’oubliait jamais ce soir-là. Elle brûlait aussi quelques bâtonnets d’ânbar, de l’encens, destiné à purifier l’atmosphère et à chasser les mauvais esprits.
Ensuite, c’était le moment de se mettre à table et de manger ce que ma mère avait préparé pour la circonstance. Un dîner composé d’un plat à base de semoule, arrosé d’une sauce au poulet, légumes et pois chiche. C’était généralement de la Rechta, sinon, du Couscous, ou alors du Refis.
Après le dîner, venait le tour du henné. Ma mère nous enduisait les mains de henné et pour plus d’effet, nous nous endormions avec, les mains soigneusement enveloppées dans du linge. Nous nous réveillions le lendemain matin, pressés de nous laver les mains et de constater l’effet obtenu.
Nous prenions ensuite notre petit déjeuner de fête,
avec de la Tommina au menu.
La Tommina, pâtisserie inégalable pour célébrer une naissance en Algérie. Semoule dorée, beurre et miel fondus. Un véritable régal.
La fête du mouloud pouvait durer encore quelques jours. D’ailleurs dans certaines régions d’Algérie, elle dure 7 jours comme pour une véritable naissance dont on célèbre le 7ème jour : Assaba’ ou Sbou’. Pour exemple le Sbou’ de Timimoune qui rassemble des milliers de personnes pendant toute une semaine, à l’occasion du Mouloud.
Il est possible que les souvenirs du mouloud de mon enfance ne ressemblent pas exactement aux vôtres. Mais, la différence ne doit pas être importante, n’est-ce pas ? Car en Algérie, et dans tout le Maghreb, la fête du Mouloud s’est mêlée aux fêtes de la fécondité, et de la fertilité. Aux fêtes paysannes auxquelles elle a du emprunter certains rites. Etant une fête du calendrier lunaire, elle est mobile autour des saisons. Et a du se mélanger et se confondre avec les autres fêtes agraires, comme Yennayer ou la célébration du printemps, par exemple.
La fête du Mouloud, daterait de l’époque des fatimides, c'est-à-dire du 10ème siècle. Les fatimides ont fondé un état en Afrique du nord, puis se sont déplacés en Egypte. Et il semblerait que c’est à eux que l’on devrait la célébration du Mouloud. Par la suite cette célébration a été controversée et parfois même interdite au cours de l’Histoire.
N’étant pas une fête religieuse au sens strict du terme, les théologiens, et les souverains ont tenté de l’interdire en évoquant la bid’â, innovation ou déviation de la religion.
Elle a été par la suite rétablie et acceptée. Et nous célébrons aujourd’hui encore le Mouloud, comme date de la naissance du prophète Mohamed (âlih eçlat wesslam). Mais, également date de l’avènement de l’Islam. La religion qui a illuminé le monde. Et nous comprenons alors, pourquoi tant de bougies, le soir du mouloud.
Chronique diffusée le : 27/04/2004
Vous avez raison de dire que certaines coutumes sont très préentes encore dans les villages kabyles et de l'extreme sud. Nous avons besoin de nous y ressourcer de peur de perdre le peu qui nous reste encore de nos valeurs ancestrales.