AIN MADHI (W de Laghouat), berceau de la Tidjania : des enjeux insoupçonnés Par Mohamed-Seddik LAMARA

Publié le par LAGHOUATI

AIN MADHI (W de Laghouat), berceau de la Tidjania : des enjeux insoupçonnés

 

Par Mohamed-Seddik LAMARA

 25114_356892449488_643184488_3476996_4616191_n.jpg

Mon cher Mohamed Hadj Aïssa, je te propose cette réflexion que j’avais soumise en 2012 à mon ami Smail MIMOUN ex ministre du Tourisme dont il a été enchanté, mais qui hélas, avait rencontré une inexplicable réticence pour sa prise en charge par les décideurs.

 

Aïn Madhi (70 km au sud ouest de Laghouat), campe depuis bientôt trois siècles le rôle   de berceau de la tidjania, tarîqa qui, selon des sources suffisamment crédibles, comptabilise plus de sept cent millions (700 millions) d’adeptes à travers le monde. Ses représentations pratiquement disséminées à travers tous les continents (jusqu’en Alaska), sont d’année en année, très actives et jouissent d’un intérêt grandissant, en particulier sous la férule du Maroc qui a su en faire une force de mobilisation spirituelle et même politique, notamment à travers le continent africain  qui comptabilise à lui seul, la moitié du nombre de  personnes se réclamant de la tidjania. Réagissant à cette surenchère, l’Algérie, qui aurait du réclamer avec force la paternité de cette voie, avait organisé, au milieu des années quatre vingt, à Aïn Madhi (W de Laghouat où j’ai séjourné treize ans en tant que correspondant de l’APS), une grande cérémonie de retrouvailles de la majorité des représentant de la tarîqa implantées en Afrique, retrouvailles qui, malheureusement, n’ont pas été renouvelées laissant le terrain libre à notre voisin de l’ouest qui a réussi, au cours des deux dernières décennies, à engranger de précieux dividendes fournis par cette force tranquille.

Abstraction faite de l’impact politique et religieux, la tarîqa Tidjania constitue, pour nombre de pays, surtout le Maroc et le Sénégal, un véritable gisement d’accumulation de revenus en devises générés par le tourisme religieux, spirituel, cultuel, maraboutique, c’est selon… Au Sénégal comme au Maroc où j’ai séjourné au cours de voyages professionnels, j’ai pu relever, avec effarement, l’exploitation parfois éhontée de cette tarîqa au profit d’intérêts foulant, sans retenue ni le moindre égard, son authenticité et ses valeurs.

Au Sénégal où j’ai résidé de 2000 à 2003 en qualité de chef de bureau régional d’Algérie Presse Service en Afrique de l’ouest, j’ai, périodiquement, assisté au Magal (Grand Pèlerinage des adeptes de la tidjania) de Tivaouane (ville sainte des tidjanes  dominant toutes les autres tarîqa, mouride, khadr, layane etc…) où accourent, au début de chaque printemps, des dizaines de milliers de visiteurs (tidjanes), surtout d’Europe et d’Amérique. A chaque fois  en pole position, le royaume chérifien mettait les bouchers doubles pour encadrer et sponsoriser un tel événement en veillant à accréditer, par un savant matraquage, la thèse de sa paternité exclusive de la tidjania, au motif que Sid Ahmed Tidjani fondateur de la Tarîqa est enterré à Fès où son mausolée reçoit, à ce jour, un nombre considérable de pèlerins d’Afrique noir et d’ailleurs.

  Au moyen d’envois en hors série (HS) et en collaboration avec notre représentation diplomatique, j’ai tenu à sensibiliser nos autorités (la présidence de la République en particulier) sur la nécessité de renverser cette concurrence déloyale, en rétablissant la vérité et restituer à Ain Madhi son rayonnement originel qui l’avait alors hissé au rang de « Mecque » de l’Islam Noir.

 

 Plus d‘une décennie s’est écoulée depuis. Les mêmes enjeux demeurent. Présentement, ils sont plus sensibles avec ceux de la mondialisation et de la globalisation. Renverser, légitimement la vapeur, à notre profit, est tout à fait à notre portée. C’est un point d’honneur mais également un pari vital pour l’essor de notre tourisme.

Certes, le Président de la République, Abdelaziz BOUTEFLIKA, a eu le mérité de tirer Aïn Madhi de l’oubli en lui décernant les atours qu’elle mérite, mais le plus important reste à faire : restaurer la zaouïa, susciter un battage médiatique et organiser des rassemblements sur les lieux mêmes pour restituer à ce grand centre de rayonnement de l’Islam son histoire glorieuse de dissémination de la foi mohammadienne, notamment à travers le vaste continent africain.

Pour s’en convaincre, il n’est que de faire un tour à Aïn Madhi pour constater – grâce au  rôle des TIC – la volonté et la pugnacité manifestées par les  gardiens de la zaouïa pour renverser une telle tendance aux atouts multidimensionnels. Entre autres suggestions on pourrait songer à la création d’une agence de tourisme notamment au Sénégal dédiée à l’organisation de pèlerinages à Aïn Madhi et réfléchir à la possibilité de transférer les ossements de Sid Ahmed Tidjani de Fès à Aïn Madhi.

 J’ai relevé dernièrement, sur la foi des révélations qui m’avaient été faites par le Moqadem de la zaouïa, que des visites fréquentes y sont effectuées par les adeptes noirs africains de la tidjania (sénégalais, mauritaniens, maliens, nigériens, tchadiens, libyens, nigérians (au Nigéria, géant de l’Afrique au plan démographique, on dénombre pas moins de 55 millions d’adeptes de la tarîqa tidjania )  et constaté de visu l’attachement voué à son fondateur ; les pèlerins ne manquent pas de gratter de la fosse où est « tombée », à sa naissance, le maître de la tariqa, une poignée de terre en guise de baraka ou de …talisman.

 

NB : je me propose, à titre de consultant, à effectuer des enquêtes approfondies à travers tous les espaces de prédilection de la Tarîqa et d’esquisser un programme d’action pour son exploitation sur tous les plans (politique, culturel, spirituel et touristique).

 

M.S LAMARA 

 

 

Publié dans Med Seddik LAMARA

Commenter cet article

lamara 09/01/2015 23:09

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous SAVERNAZIAN quand vous me sollicitiez à dire aux membres de la zaouia de retrousser leurs manches et dellier leur bourse pour assurer les frais de
réstauration de leur patrimoine spirituel. Il y a lieu de tenir compte d'un ordre de grandeur et d'une échelle de valeur dans la hiérarchisation, aux frais de l'Etat evidemment, des programmes de
réstauration et de promotion des sites historiques sans exclusive. Le site de Aïn Madhi de par justement sa portée universelle, en ce qu'il a comptabilisé plusieurs centaines de millions d'adeptes
à travers le monde, mérite qu'on lui concède quelques subsides pour en accroitre l'aura qui peut être démultipliée sur tout les plans, économique, culturel, touristique etc... j'aurais aimé que
voys fassiez une comparaison entre le myrifique budget consacré au projet de la grande mosquée d'Alger (près de 2 milliards de dollards) et les poussières de dinars que demanderait la réstauration
des patrimoinnes de la Tidjania. Les zaouia, n'en déplaise à ceux qui renient leurs vertus, ont de tous temps consttitue un puissant ciment pour la cohésion sociale et un moyen de perpétuation de
la foi musulmane à travers notamment le continent africain où on dénombre pas moins de deux cents millions d'adeptes de la tariqâ Tidjania. Ce n'est pas, vous conviendrez en ces temps où les chocs
des civilisations et partant des religions constituent des enjeux majeurs face à une mondialisation aspirant à l'effacement des identités pour assurer la primauté à une seule et unique religion: le
capitalisme financiet ultralibéral ne s'embarrassant d'aucun humanisme. Je suis d'accord avec vous sur l'unicité de l'Islam. En parlant de l'Islam ''noir'' c'était juste pour m'appesantir sur la
gigantesque et perilleuse mission engagée par les tidjane pour gagner le plus grand nombre de noirs africains convoités par le proselytisme colonialiste chrétien. J'espère que ma mise au point vous
a quelque peu convaincue sur mes intentions. Cordialement MSL

sarvenazian 09/01/2015 00:45


salam


Je ne crois pas en ces tariqa, il n'y a qu'Une Mecque, il n'y a qu'un seul Islam dont le Prophète Mohammad (PBSL) nous a appris le tout de notre religion et de la suna mais aussi "qu'il n'y a
aucune différence entre un arabe et un a3jam sauf en ce qui concerne le degré de la foi" donc pour moi, il n'y a pas un islam arabe, noir ou a3jam, mais Un seul et unique Islam pour tous et
toutes, quelle que soit la race !  et ma foi je propose à Mr MSL de demander aux adhérants de cette tariqa de restaurer leur zawiya,  soit en retroussant leurs manches, soit en
mettant la main dans leurs poches. Ils n'en seront que plus fiers !


L'Algérie aborde une année cruciale, le pays a besoin de beaucoup plus de projets vitaux (écoles, CEM, lycées, routes, barrages, trop de chômeurs et j'en passe) que de restaurer une zawiya alors
que les adhérants peuvent très bien le faire en se "soulageant" de 100 DA à beaucoup plus selon leurs avoirs et leur amour pour leur zawiya !


A part cela je suis musulmane, pratiquante et croyante.


salam


 

Med-Seddik Lamara 08/01/2015 17:14


Merci pour vos remarques monsieur le laghouati anonyme. La Tariqâ Tidjania est universellement appréciée à travers les cinq continents et en particulier en Afrique où Sidi Ahmed Tidjani est,
comme vous l'aviez précisé,  parvenu avec peu de moeyens, à en propager l'aura grace à laquelle l'Islam tolérant tel qu'enseigné par le Saint Coran et la Sira Ennabaouia est encore adopté
par des dizaines de millions de musulmans. Parler de la gigantesque oeuvre de cet immense prédicateur demanderait une attention particulière et un appui sur des références solides qui, il faut
l'esperer inspireraient nos universitaires à accomplir des recherches détaillées et exhaustives. Dans ma contribution, vous devez l'avoir certainement relevé, j'ambitionnait de convaincre nos
résponsables sur la ncéssité de réstaurer et de promouvoir le patrimoine de la tariqâ, cette force tranquille que beaucoup de nations jalousent. MSL

Soukehal Djamal Abdenasser 08/01/2015 07:14


Cela fait longtemps que Laghouat dérange …..04 Décembre 1852 sciemment occulté ….Benacer Benchohra mis aux oubliettes ….. le 31 Mars 1959 J.Soustelle décide de transférer la
Préfecture des Oasis de Laghouat à Ouargla pour punir les Laghouatis d'avoir boycotté sa visite à Laghouat ……La Zaouia Tidjania en dehors des visites à contrecœur  des
officiels….elle est sciemment occultée et pire ….on donne l'impression….que sa place devrait se trouver ailleurs ….pas à Laghouat en tous les cas ……  

Un laghouati 08/01/2015 00:22


M Lamara, ce n’est pas dont il s’agirait si un adepte de la tidjania cite Ain Madhi, mais pour vous rappeler l’enseignement de son maître
qui, sans pub, ni média, ni finance est arrivé à gagner le cœur de tant d’hommes et de femmes à travers le monde. J’aime Ain Madhi comme je l’ai toujours connue, une oasis tout simplement. Pensez
à sa préservation plus qu’à autre chose.Merci pour vos contributions.