De l’amour de la patrie Par Mohamed-Seddik LAMARA

Publié le par LAGHOUATI

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De l’amour de la patrie

                    

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 Ma profession - que j’ai embrassée par conviction, contrairement aux « baveux » et autres écrivaillons à la petite semaine –, m’a donné la chance de  sillonner de long et en large notre vaste et beau pays et ainsi,  mesurer    la portée de ce précepte : « l’amour de la patrie est un des pactes de la foi.» A la faveur de mes pérégrinations, j’ai eu aussi l’heur de me dépouiller des clichés, des stéréotypes et des présupposés réducteurs. Tares qui, malheureusement, restent encore collées à l’esprit de nombre de nos concitoyens englués dans leurs microcosmes réducteurs. J’ai rêve un jour – je l’ai exprimé il ya fort longtemps, dans un de mes écrits – de voir nos gouvernants, inciter, tôt, les jeunes à découvrir leur pays et à s’imprégner profondément de son histoire multimillénaire afin, justement, de se défaire de telles tares et de leurs corollaires que sont, l’intolérance, le régionalisme et le rejet de l’autre. Je reste encore jusqu’à ce jour sidéré par la tenace survivance des exécrables mauvaises réputations que se font, mutuellement, des villes et des régions voisines les unes aux autres. Survivance, laissée en legs par le non moins exécrable « diviser pour régner » colonialiste expérimenté, jusqu’à ce jour, au travers des mortifères « printemps arabes ». Il y a lieu de prendre garde à ce funeste miroir aux alouettes inventé par les tenants de la mondialisation visant à atomiser les nations, à diluer le sentiment patriotique et, au final, à transformer les portions de peuples découlant de cette atomisation, en « khamès » de ce qui restera de leur pays. Une idée obsessionnelle me torture ces derniers temps face à ce qui est en train d’advenir à notre chère Algérie. Et si les diaboliques architectes de ce monde unilatéral, voué au seul culte de l’argent et de la puissance qu’il confère, seraient en train de tout faire pour pousser notre pays à « ramasser » tous les printemps arabes. Redoutable scénario s’il en et dont les prémices sont de plus en plus visibles à travers la multiplication des conflits à nos frontières (neuf frontières dont, sept terrestres, une maritime et une céleste) et  la recrudescence, dans nos murs, des contestations populaires. C’est loin d’être fortuit. Feu le général Giap n’a-t-il pas dit lors de sa mémorable visite en Algérie : « le colonialisme est un mauvais élève, mais un élève nanti d’une grande mémoire.» Le héros de Dièn Bién Phu, avait  lors de son passage à la même occasion dans une école, tenu à tester le niveau d’attachement de nos chérubins à leur pays et à son histoire. Il posa à plusieurs d’entre eux cette question : « c’est quoi pour toi mon enfant l’Algérie ? » Il n’a eu droit qu’à des réponses à caractère géographique du genre « c’est un pays de l’Afrique du Nord, un pays méditerranéen… »Quelque peu contrarié par ces répliques à l’emporte pièces, le prestigieux hôte de notre pays muni d’une craie, traça, tout en l’a prononçant d’une voix forte et articulée, cette phrase : « mes enfants si quelqu’un vous demande un jour c’est quoi l’Algérie vous devez répondre, l’Algérie c’est ma patrie ! » En effectuant durant son deuxième mandat une virée dans les établissements scolaires français, le Président François Mitterrand avait noté, avec quelque effarement, la baisse du niveau des connaissances historiques des élèves. Branle bas de combat ; il convoqua le gouvernement pour instituer une commission nationale chargée de la revalorisation et du soutien à l’enseignement de l’histoire avec, à la clé, un budget représentant un pour cent du PIB. Qu’en est-il chez nous. Autant dire le désert. L’école algérienne est sinistrée comme l’avait, dès son arrivée, relevé avec une grande tristesse, feu Bouadiaf.

 Allez demander à un élève, à un lycéen et, plus désolant encore, à un universitaire algérien, qui est Nacer Benchohra ? Peu, très peu parmi eux auront la capacité de fournir une réponse convenable de la part de têtes bien pleines de fantasmes mais loin d’être bien faites, puisqu’il leur manque cette vertu de porter comme une couronne l’identité nationale si chèrement payée. Par contre, si vous les questionnez sur l’occident dont l’attrait sur eux est des plus dévastateur, leurs répliques est souvent à l’endroit. Il y a péril en la demeure quand le pays devient objet d’indifférence et plus grave, de désamour. M.S.L             

  Très bel article , SML qui traduit ma pensée et mon douloureux constat , moi également, du recul de cet amour du pays que l'on décèle chez nos jeunes. Cela peut s'expliquer . Moi je l'explique par le mauvais exemple que nous avons donné à nos enfants . Nous les avons, pendant des décennies,  abreuvés de discours creux sur le patriotisme mais nous avons fait tout ce qui est en porte-à-faux avec les beaux principes que nous nous évertuons à leur enseigner vainement. Nos enfants ont tout compris. Nous ne pouvions leur servir de modèle lorsqu'ils voient ceux qui savent si bien parler de la patrie et meme verser des larmes , mais ils les voient dilapider les deniers publics, toucher les pots-de-vin, arriver en retard à leurs lieux de travail, se rendre injustes envers autrui, etc....

Tout cela ne peut produire que des algériens qui ne croient à rien , complètement démotivés et qui ne pensent qu'à "partir" . 

N'est-il pas vrai que nous sommes , nous les ainés, les premiers responsables de cet immense gachis ?

Mohamed Hadj Aissa

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Paul Verlaine (1844-1896).

 

L'amour de la Patrie.

L'amour de la Patrie est le premier amour 
Et le dernier amour après l'amour de Dieu. 
C'est un feu qui s'allume alors que luit le jour 
Où notre regard luit comme un céleste feu ;

C'est le jour baptismal aux paupières divines 
De l'enfant, la rumeur de l'aurore aux oreilles 
Frais écloses, c'est l'air emplissant les poitrines 
En fleur, l'air printanier rempli d'odeurs vermeilles.

L'enfant grandit, il sent la terre sous ses pas 
Qui le porte, le berce, et, bonne, le nourrit, 
Et douce, désaltère encore ses repas 
D'une liqueur, délice et gloire de l'esprit.

Puis l'enfant se fait homme ou devient jeune fille 
Et cependant que croît sa chair pleine de grâce, 
Son âme se répand par-delà la famille 
Et cherche une âme soeur, une chair qu'il enlace ;

Et quand il a trouvé cette âme et cette chair, 
Il naît d'autres enfants encore, fleurs de fleurs 
Qui germeront aussi le jardin jeune et cher 
Des générations d'ici, non pas d'ailleurs.

L'homme et la femme ayant l'un et l'autre leur tâche 
S'en vont un peu chacun de son coté. La femme, 
Gardienne du foyer tout le jour sans relâche, 
La nuit garde l'honneur comme une chaste femme ; 

L'homme vaque aux durs soins du dehors ; les travaux, 
La parole à porter - sûr ce qu'il vaut - 
Sévère et probe et douce, et rude aux discours faux, 
Et la nuit le ramène entre les bras qu'il faut.

Tout deux, si pacifique est leur course terrestre, 
Mourront bénis de fils et vieux dans la patrie ; 
Mais que le noir démon, la guerre, essore l'oestre, 
Que l'air natal s'empourpre aux fleurs de tuerie,

Que l'étranger mette son pied sur le vieux sol 
Nourricier, - imitant les peuples de tous bords. 
Saragosse, Moscou, le Russe, l'Espagnol, 
La France de quatre-vingt-treize, l'homme alors,

Magnifié soudain, à son oeuvre se hausse, 
Et tragique, et classique, et très fort, et très calme, 
Lutte pour sa maison ou combat pour sa fosse, 
Meurt en pensant aux siens ou leur conquiert la palme

S'il survit il reprend le train de tous les jours, 
Élève ses enfants dans la crainte de Dieu 
Des ancêtres, et va refleurir ses amours 
Aux flancs de l'épousée éprise du fier jeu.

L'âge mûr est celui des sévères pensées, 
Des espoirs soucieux, des amitiés jalouses, 
C'est l'heure aussi des justes haines amassées, 
Et quand sur la place publique, habits et blouses,

Les citoyens discords dans d'honnêtes combats 
(Et combien douloureux à leur fraternité !) 
S'arrachent les devoirs et les droits, et non pas 
Pour le lucre, mais pour une stricte équité,

Il prend parti, pleurant de tuer, mais terrible 
Et tuant sans merci comme en d'autres batailles, 
Le sang autour de lui giclant comme d'un crible, 
Une atroce fureur, pourtant sainte, aux entrailles.

Tué, son nom, célèbre ou non, reste honoré. 
Proscrit ou non, il meurt heureux, dans tous les cas 
D'avoir voué sa vie et tout au lieu sacré 
Qui le fit homme et tout, de joyeux petit gas.


Paul Verlaine.

 

 

Publié dans Med Seddik LAMARA

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Med-Seddik Lamara 22/12/2014 18:14


Très juste, très juste MHAL! tu viens de compléter avec beaucoup  d'arguments persuasifs et combien suggestifs ma réflexion que j'ai conclue en queue de poisson. Comme toujours nous nous
complétons. Cordialement; M.S.L

LAGHOUATI 22/12/2014 18:34



Mais il ne peut pas en etre autrement, nous partageons beaucoup de valeurs