« De la ville jardin au rocher sans âme » (extrait du roman) Par Mohammed-Seddik LAMARA

Publié le par LAGHOUATI

« De la ville jardin au rocher sans âme » (extrait du roman)

Par Mohammed-Seddik LAMARA 

Notre nuit de noces avait, en cet automne prodigue, mis mal à l’aise nombre d’invités, surtout parmi la gent féminine. La beauté étincelante de « khanfoura », ne pouvait laisser personne indifférent. Si elle a subjugué ceux et celles qui m’ont félicité d’avoir eu une sacrée  chance en l’a « dénichant » dans un bus (loin de ressembler à celui dénommé désir, puisque, celui où nous nous rencontrâmes fut, véritablement, notre jack pot), d’autres, et elles et ils étaient nombreux, offraient, en cette soirée bénie, une mine d’enterrement. Celle des cousines hargneuses restées en rade du bonheur conjugal -  dont une s’est, depuis ma prime jeunesse, acharné, dans une chasse effrénée, à m’avoir comme parti – donnait peine à voir, tellement elle affligeait leur visage tourmenté par la jalousie. La cousine « chasseresse », ne pouvant supporter son martyrisant dépit, a trouvé matière à se venger le lendemain. Elle s’est proposée pour rectifier la coiffure de la mariée et au moyen de ce subterfuge, elle a réussi à gâcher la fête en apprenant à « khanfoura » que « la nuit d’hier aurait du être la sienne, n’eussent été les actions subversives de proches ayant saboté notre union. » Le soir venu, et dans tous ses états, Farida - je préfère revenir à son doux prénom - me fit part de cette outrecuidance. Et pas seulement, puisque une autre cousine, aussi envieuse et méchante que la première lui murmura ses venimeux propos : « prends garde tu t’es mariée avec un cousin que le tout M’Sila a refusé de  prendre comme beau fils ; c’est un adepte invétéré de la bouteille. » J’ai du, alors puiser dans les tréfonds de mon art persuasif pour la soustraire à la subite angoisse qui l’avait envahie une semaine durant. Elle voulait retourner à Khenchela.

"Mon Dieu que votre silence est grand, toi qui a dit, la fitna est plus grande que la mort, la fitna est plus intense, en douleur, que la mort, éloignes là de nous. » Dite, cette prière, ma femme, mon diamant bleu, mon émeraude, comme elle aimait ainsi m’entendre l’appeler, éclata en sanglots. Depuis ce jour, nous formulâmes, mutuellement le serment de rester fideles l’un à l’autre et de demeurer fermes face aux desseins subversifs visant à détruire notre couple. Les années qui allaient suivre ont corroboré l’utilité d’un tel pacte face au déferlement d’inimitiés gratuites, de jalousies mortifiantes et de méprisables délations. Il nous fallait déserter au plus vite cette atmosphère délétère. Emménager à Laghouat. Une semaine après notre mariage, je me rendis dans cette ville alors qu’il me restait vingt jours à consommer de mon congé annuel. Si j’arrive à disposer dans les prochains jours du logement promis par le wali, se sera pour nous deux, ai-je rêvassé, une sorte de lune de miel comparativement à l’atmosphère étouffante qui commence à gagner la demeure familiale devenue un espace de curiosités malveillantes autour de « l’intruse chaouia ».    Commérages, commérages, sont les passes temps les plus prisés à M’Sila qui, comme le dit si bien un adage local, « un douro de benjoin (djaoui) suffit à l’encenser.».

Cette fois, le wali de Laghouat me reçut sans avoir à attendre trop longtemps. J’avais pris le soin de l’appeler, dès mon arrivée, sur sa ligne directe dont je m’étais débrouillé le numéro auprès du charmant commissaire de police. Chose qui, à l’évidence, irrita le si bien nommé « m’gamat ». Contrariété irrépressible dont l’acariâtre chef de cabinet se soulagea en déversant sur son pauvre chaouch, un flot de reproches acrimonieux, au motif qu’il lui aurait servi un café froid. M. Benzaza m’accueillit avec un large sourire et me souhaita un heureux mariage.  « Avez-vous occupé votre nouveau nid, le logement individuel que je vous ai attribué vous-a-il plu ainsi qu’à madame ? » Je ne sus quoi répondre à cette question posée au dépourvu. « Non Monsieur le wali, je n’ai rien reçu, c’est pour cette raison que j’ai demandé à vous voir. » Rouquin mais au teint habituellement clair et avenant, M. Benzaza afficha, subitement,  en écoutant ma réponse un visage cramoisi, signe propre aux hommes de bonne éducation qui savent maîtriser leur colère. Le « ridé » accourra.

En dévisageant son patron il fut pris d’un subit frémissement. « Ne vous ai-je pas dit, dès l’arrivée de Monsieur le journaliste, de lui remettre, sans attendre, les clés du logement. » ; « J’ai pensé Monsieur le wali à organiser une cérémonie officielle de remise des clés aux attributaires  que vous présideriez ». Répondit en bredouillant le « ridé ». Le wali trancha pratiquement entre les dents : « trêve de simagrées, mettons les gens à l’aise et laissons les travailler, remettez séance tenante les clés à Monsieur Lamara.» A ces mots tout mon être fut empli d’un ineffable contentement. Disposer de mon premier logement, y vivre avec ma moitié, y voir naître nos enfants… Il me fallait vite partager ce bonheur avec qui de droit. Maintenant j’ai compris pourquoi mes deux confrères qui m’ont précédé, ne sont pas parvenus à ouvrir le bureau APS de Laghouat. Le chef de cabinet faisait barrage à une telle initiative. « Ben » avait raison de miser sur mon esprit d’entreprise et sur ma pugnacité d’arriver, à tout prix, à mes fins.

 

 Ce fut, en effet, chose faite en cette journée faste où tout semblait me réussir. Les clés en mains, je me rendis avec un responsable du service des biens de l’Etat de la wilaya au quartier «  Gourine » où m’a été attribué un logement individuel dans une cité réservée aux cadres locaux. Trois pièces, cuisine, salles de bain, une véranda et un assez grand jardinPlus que je n’espérais. Mon accompagnateur, instruit par le wali de faire un constat d’habitabilité du logement, releva certaines malfaçons. Plus entreprenant  que je ne le souhaitais, il me promit, pour faciliter mon déménagement, de  prendre en charge  les branchements d’eau, de gaz et d’électricité. Fou de joie, j’ai décidé de  retourner,  le soir même, à M’Sila dans le bus assurant la navette Ghardaïa – Constantine. Avant l’aube j’étais dans le logement parental. Ma fougue, mal contenue, avait quelque peu intempestivement tiré « Farouda » (autre déclinaison du prénom de ma bien aimée) de son profond sommeil. Elle tremblait presque, de peur et de joie, « ça y est, on l’a eu notre logement », ai-je crié. MSL

Publié dans Med Seddik LAMARA

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