La place du jardin dans la vie des Laghouatis

Publié le par LAGHOUATI

La place du jardin dans la vie des Laghouatis

La place du jardin dans la vie des Laghouatis

 

Merci, si Ahmed Benaya, mille merci et mille bravo pour ce style, pour ce sublime hommage que vous avez si bien rendu à notre regretté Kaddor qui doit se sentir heureux là où il est maintenant.

 Vibrant et pathétique hommage qui fait frémir et interpeller plus d’un : ceux qui ont détruit notre rêve et ceux qui ont laissé faire par passivité ou par lâcheté. Notre génération, qui a vécu ses plus beaux jours dans le cadre enchanteur des jardins de Laghouat, jadis  chantés par les poètes, ne pourra jamais pardonner à ceux qui   ont osé  détruire  ce magnifique  rêve. La France coloniale avec toute son armada a été incapable de le faire : la ville saccagée, les palmeraies brulées ont connu, au bout de quelques années une seconde naissance et tout est revenu comme avant. Mais ce qu’ils ont fait, eux l’a été pour de bon et jusqu’à l’éternité des jours et des nuits.  Notre génération qui a connu le paradis sur terre ne pourra jamais, au grand jamais oublier et le souvenir de cet Eden ne pourra jamais s’effacer de sa mémoire en dépit des années. J’en suis malade, comme le sont ceux de ma génération et rien ne pourra  nous en  guérir.

Mes vieux amis, à chaque fois que nous nous rencontrons, ne manquent pas d’évoquer avec  tout le chagrin  et l’amertume du monde, la ville qui a bercé notre enfance  au sein de sa végétation   et qui a incrusté en nous l’amour de tout ce qui est beau, tout ce qui est généreux, tout ce qui est sublime et noble. Ces belles valeurs que nous pleurons à chaudes larmes et qui font partie, désormais du passé, étaient les fondements de notre éducation et ont façonné de manière durable notre mode de pensée et notre façon de voir le monde.

Passéistes, nous le sommes mais pas dans le sens péjoratif visé par ceux qui se disent « modernistes ». Notre passé dont nous ne pouvons nous défaire en dépit de tout, est ce passé plein de magnifiques choses qui ont participé à la constitution de notre personnalité et ont marqué d’un trait indélébile notre parcours et notre traversée de la vie.

Pour illustrer cette belle réalité, quoi de mieux que cette histoire que vient de me raconter un ami que j’ai rencontré hier : cela remonte à bien longtemps. Nous avions un respect pour nos maitres plus que nous pouvions avoir pour nos parents et nous leur obéissions sans rechigner.  Longtemps après être sorti de la medersa, adulte, marié et exerçant en patron dans son propre atelier, notre ami eut une dispute avec un compagnon à lui qui fut jadis son camarade de classe chez un cheikh de la medersa.

Un jour, me racontait-il, je vis le cheikh venir à mon atelier et m’inviter à venir avec lui s’il n’avait rien d’urgent à faire. Sans même demander des précisions, mon ami ferma son atelier et suivit son maitre. Une fois dehors, il vit la personne avec laquelle il s’était disputé au volant d’une voiture qui les attendait. Le cheikh monta dans le véhicule et m’invita à en faire autant. Aussitôt montés et le moteur mis en marche nous nous dirigeâmes vers un endroit loin de la ville et que je voyais pour la première fois.  C’était un jardin, un jardin que seuls les laghouatis pouvaient posséder : un endroit paradisiaque avec plein d’arbres fruitiers, de la végétation à perte de vue et plein d’eau dans les seguias d’irrigation. C’était l’été ; le propriétaire du jardin s’empressa de nous installer dans un endroit ombragé près d’un grand bassin d’eau et disparut pour revenir, quelques instants après, chargé d’abricots comme on les aime. Il nous invita à nous servir, ce que nous fîmes sans hésitation.

Après avoir bien mangé, nous être désaltérés à l’eau glacée du bassin et remerciés Allah pour sa bonté et ses bienfaits, le cheikh eut ces simples mots pour nous : » après avoir mangé les mêmes fruits et bu la même eau, vous êtes désormais frères et par conséquent vous n’avez plus le droit de vous donner le dos »

Quelle belle leçon que celle-ci qui fait que les jardins de Laghouat servent de lieux où se tissent les liens d’amitié et de réconciliation  entre les membres de la société en situation de conflit.

Ceci n’est qu’un exemple de l’implication et la part que prend le jardin dans l’acte  éducationnel et culturel de toutes les générations qui se sont succédées  sur cette  terre  depuis la nuit des temps .

        Toute notre éducation se faisait au  travers du travail  de jardinage que nous accomplissions avec nos parents au quotidien.

Nous y apprenions le respect de la vie des arbres et des plantes en veillant constamment à leur irrigation à des heures choisies.

Nous y apprenions la valeur du temps et le choix des moments pour toute action entreprise.

Nous y apprenions le bannissement  de tout gaspillage : il nous était interdit, par exemple, d’égrener les grappes de raisins à même l’arbre mais il nous était recommandé de cueillir soigneusement la grappe entière, de la laver et de la manger en totalité.

Nous y apprenions la vie rude et l’endurance grâce aux pénibles, travaux de la terre, qui, mieux que tout, nous épargnent de toutes sortes de maladies propres à la vie citadine. Il faut dire que nous tombions rarement malades et la médicamentation, c’est de la terre que nous le prenions le plus souvent. Les herbes médicinales c’est encore du jardin que nous les prenions.

Nous y apprenions l’ordre et la discipline : nous devions ranger les outils de jardinage à l’endroit qui leur est consacré  sans erreur sinon gare !

Nous y apprenions aussi l’amour des animaux : chevaux, chèvres, lapins etc.… nous avons appris à les connaitre, à anticiper  sur leurs besoins et à deviner à travers leurs différents cris ce qui leur manquait. Nous étions très près d’eux et veillions à ce qu’ils ne manquent de rien et toute négligence de notre part nous valait de sérieuses remontrances.

Nous y avons appris la solidarité et la compassion, nous y avons appris que tous les biens ne nous appartiennent pas en propre et que nous avons à les partager avec ceux qui en sont privés. Je me souviens que mon grand-père avait plusieurs couffins en oseille  ou en paille et qu’il veillait soi-même à remplir des meilleurs fruits du jardin, destinés à ceux qui n’avaient pas la chance d’avoir leurs propres jardins. Les fruits étaient recouverts de feuilles de menthe, ce qui leur donnait une  très belle senteur  qui envahissait les rues par lesquelles nous passions pour nous rendre chez les personnes qui nous seront désignées. Il était connu à Laghouat que fruits, légumes et lait ne se vendaient pas mais s’offraient. Le seul marchand de fruits et légumes, qui n’était pas d’ailleurs de la ville, vendait sa marchandise aux seuls européens en majorité des militaires.

Même  chez les familles qui n’avaient pas de jardin, il y avait toujours un petit coin dans la cour de leur maison pour servir de potager avec un ou deux arbres fruitiers, le plus souvent un figuier (qui a toujours eu une place de choix dans le cœur des Laghouatis) et une vigne ou même un palmier. La maitresse de maison régnait sur le potager et en assurait l’entretien quotidien, les premiers légumes, les premiers fruits sont toujours pour les voisins qui en faisaient de même, nous concernant.  Comme il y avait de la place pour une ou deux chèvres, quelques lapins ou quelques poules qui nous offraient tout ce dont nous avions besoin pour notre alimentation : œufs, lait, viande,

Tous les grands évènements  familiaux (naissance, mariage, circoncision..) se voyaient abrités par les jardins, ce qui ne manquait pas de leur donner un cachet tout particulier empreint de convivialité toute Laghouatie, à l’ombre des palmiers et les pieds sous l’eau fraiche des seguias. Et il arrive souvent que les Laghouatis s’invitent  entre eux, juste pour le plaisir, pour partager de succulents méchouis sous le bel ombrage de leurs jardins.

Le jardin était encore là pour le bois qui servait au chauffage des foyers. Il est présent également pour la fabrication des tuiles en pisé pour nos constructions ainsi que pour les poutres taillées des palmiers et leur feuillage qui doivent servir pour la toiture des maisons. Sans oublier le jeu du sig dont les planchettes sont taillées à partir des branches de palmiers.

                En été, lorsqu’il faisait particulièrement chaud, certaines familles passaient leurs journées dans les jardins et ne revenaient chez elles que tard le soir.

 

Le jardin était partie intégrante de notre patrimoine culturel et Laghouat ne pouvait se concevoir sans ses jardins dont elle tire son nom. Le jardin était partout dans la vie du laghouati, toute la vie sociale lui était étroitement liée, il était le noyau central de toutes les activités de la ville et rien ne se faisait sans qu’il y soit associé.

Le jardin rythmait la vie sociale de la cité qui vivait à son diapason : les travaux de jardin commençaient tôt le matin après la prière du fadj et se prolongeaient jusqu’à l’heure du dohr, aux environs de treize heures. Entre ces deux moments, chacun était à son jardin et les rues de la ville étaient presque désertes. Le soir la ville s’animait et les places grouillaient de monde, attablés autour d’un thé à la menthe ou un café au chih.  Ce sont les mêmes personnes qui étaient à leurs jardins depuis l’aube, pourtant ils sont devenus méconnaissables, vêtus de leurs plus beaux habits.

Le jardin était resté le symbole de la résistance : les résistants de Laghouat ont organisé leur première résistance à l’occupant français à partir des palmeraies. Les moudjahidine  de l’armée de libération nationale y trouvaient refuge  pour entrer en ville ou pour en sortir.

Renoncer à son jardin pour un vrai Laghouati c’est renoncer à sa culture et à son  histoire, à sa vie tout simplement.

        Un Laghouati renoncerait aisément à tous les artifices de la vie mais jamais à son jardin qui constitue sa vie même, sa raison d’être.

Les jardins qui ont donné sa réputation à Laghouat ont disparu mais le rêve des Laghouatis de revoir de nouveau leurs jardins comme aux plus beaux jours, lui, n’a pas disparu, il est toujours vivant, plus vivant que jamais.

REVONS TOUJOURS, IL N’EST PAS INTERDIT DE REVER !

« Comment Damas peut-elle tirer vanité de ses deux Oasis

Alors que notre Laghouat la surpasse de loin en beauté ?» ?

 

avait dit l’illustre poète saharien MOUFDI ZAKARIA, comme vous nous le rappeliez, Si Ahmed Benaya. C’était vrai pour un temps qui n’est plus de mise aujourd’hui.

 

Il faut dire que d’autres gens sont passés par là, des gens bien de chez nous mais tellement différents de nous, ils ont eu le temps de commettre leur méfait dans l’indifférence la plus totale, nous laissant dans la plus grande des désolations.

Méritions-nous ce qui nous est arrivé ? Assurément non ! Mais entre vous et moi, avions-nous fait le minimum de ce qu’il fallait faire pour ne pas en arriver là ? Nous avons prétendu aimer cette terre que nos ancêtres ont si vaillamment défendue en y laissant leurs vies et nous l’avons abandonnée sans coup férir à des incultes qui ont « assassiné » son innocence et sa pureté.

 Il ne nous reste  plus qu’une seule chose à faire et qu’ils ne peuvent pas nous enlever c’est Rêver mais cela changera t-il grand chose ? Non ! La partie a été jouée il y a bien longtemps alors que notre souci était ailleurs.

 

Mohamed Hadj Aissa

Publié dans Mohamed HADJ AISSA

Commenter cet article

BENSMAINE 13/08/2012 20:15


MEME BORDJ EL SENOUCI EST EN DANGER ,SI NOUS, NOS ELUS ET AUTRES RESPONSABLES NE METTENT EN PLACE UNE STRATEGIE EFFICACE, POUR LA SAUVEGARDE DE LA RAISON MEME DE L'EXISTANCE NATURELLE DE L'OASIS
DANS LE DESERT.

ZIGHEM 10/08/2012 19:31


Salut ! " les trottoirs de Rahbet Ezzeitoune et les arcades de El gharbia annexés " ça c'est le journal LIBERTE  du 10/8/2012 qui le dit dans son article sur Laghouat , aussi à mon humble
avis il faut que les bloggers se penchent sur ce problème qui risque de défigurer le centre ville.ce qui serait dommage. 

makhlouf 23/03/2012 18:56


Rien n'est encore perdu mon cher Mohammed,on peut de nouveau faire renaître les jardins de Laghouat.Il suffit de sortir un peu de la ville ou le béton est roi.Il existe encore des pionniers,à
l'instar de notre ami Brik Mohammed,qui se sont totalement investis dans l'agriculture à Bordj Senouci.Son jardin est merveilleux.

Slimani 07/08/2010 12:43



Ces cris rechauffent le coeur mais autant ceier dans un desert personne n'entend les responsables s'en moquent ils sont occupés à detourner l'argent de la rente petroliére à leurs profits
exclusifs laissant des miettes aux HARKIS de service la société civile regarde et laisse faire des strapontins à coté des decideurs est considéré comme un acquit et un exploit quant au peuple
berné et grugé il n'a que ses yeux aux trachome pour pleurer merci à Sohbi et à Samir et à Hadj pour ce requisitoire c'est à deseperer.



Sohbi 06/08/2010 10:04



Bravo Samir pour ce cri qui vient du coeur les responsables c'est nous on a laissé faire , ton cri de colére demontre que toi tu as été à bonne école du moment que des Laghouatis natifs du Bled
s'en moquent du devenir de leur ville merci Samir et mes amitiés à cette belle région de Kabylie qui a toujours été à l'avant garde un autre Laghouati qui pleure les larmes de son corps sur cette
gabegie à ciel ouvert merci pour ce cri qui nous vient du DJURDJURA.



Samir 03/08/2010 17:43



Les jardins de Laghouat parlons en un mot qui résonne et qui par la faute de gens incultes a perdu de sa splendeur c'est la faute aussi aux gens de Laghouat qui ont laissé le chiendent envahir
toutes les interstices la nature c'est connue a horreur du vide le reste est la suite logique de l'independance confisquée par ceux là qui étaient dans les rangs de l'énnemie je parle en
connaissance de cause je suis natif de la région qui a donné à l'Algerie Abane Ramdane et de ses semblables Laghouat ses jardins sa luxuriance à nulle autre pareille c'est le resukltat de la
conjonction de la mediocratie et du silence complice Beaumarchais nous le dit "NE CRAIGNEZ PAS VOS AMIS AU PIRE ILS PEUVENT VOUS TRAHIR NE CRAIGNER PAS VOS ENNEMIS AU PIRE ILS PEUVENT VOUS TUER
CRAIGREZ LES INDIFFERENTS LEURS SILENCES AUTORISENT TOUS LES EXCES " Samir Amirouche Ouramdane qui pleure des larmes de sang sur Laghouat