La porte des Oasis-par Ahmed Benmessaoud-

Publié le par LAGHOUATI

·         Je vous joins un petit écrit extrait d'un projet d'ouvrage personnel que je me propose d'achever et qui côtoie le sujet passionnant de cette brave Oasis que nous chérissons. Je vous laisse le soin de la décision de le publier

Sincèrement Oasien!                      Laghouat le 1 12 2012

La porte des Oasis

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Mon Oasis à moi est singulière. Elle est en même temps une sortie et une entrée. Elle introduit au nord comme elle conduit inexorablement au sud. Elle ouvre la voie aux grands espaces de la steppe des grands parcours des nomades et aux prairies vertes de l’atlas tellien, comme elle s'ouvre, grande vers le désert. Elle est plus encline à subjuguer dans son immensité, doucement jusqu’aux grandes falaises, les océans de sable soufi, les larges hamadas et les grands ergs du Sahara.

 Mon Oasis n’est pas le pays des grands lacs. En surface, c’est la région de la soif et dans ses entrailles, elle est le réservoir des richesses. Elle sait capter dans son ventre d’infinies ressources. Elle contente parcimonieusement, par de surprenantes fortunes souterraines, l’homme éternellement avide. Mon Oasis avait son histoire, son Sefridj, sa palmeraie et son Oued. Elle avait ses cultures et sa culture. Elle a sa fierté, ses tares et ses souffrances. Mais elle sait supporter, plier mais ne jamais s’affaler. Elle se défend, en silence. Elle plie mais ne tombe pas, Elle reste debout. Elle est malade ; Elle ne meurt pas. Ses sèves sont imbibées de la matière qui la ravive. Blessée dans sa chaire, son sang coule. Elle lance ce cri d’espérance d’une femme prodigieuse: Indira Gandhi, le Premier Ministre des Indes assassinée qui, devant sa mort n’a pas pleuré,  insufflant à son peuple: « Mon sang revigorera toute la Nation ».

Mon Oasis a mal, oui, très mal. Et, dans son mal elle est très belle. Elle reste digne malgré les stigmates des années de sang et de misère. Ses racines restent enfouies dans le tréfonds de chaque Oasien. L’Oasis ne lance pas seulement un cri de détresse, elle brandit l’espoir de voir resurgir, la verte palmeraie de toujours.

Les anciennes sociétés avaient le don inné de concevoir, sur un relief accidenté, les surplombant un plan d’eau, une superficialité aquifère. Les sources naturelles, l’Oued, un puits artisanal attirent inéluctablement l’implantation humaine. Reconnaissante de ce don les anciennes sociétés savaient économiser le bien le plus précieux : l’eau. Le système d’irrigation et de distribution, était géré, sans normes écrites. Des dispositions coutumières codifiaient les usages. Oh ! Il est si élaboré, le système des Seguias  et des foggaras qui attiraient les caravanes, qui à leur tour créaient  les cités. C’est ainsi qu’entouré de promontoires protecteurs, et à proximité des sources, le Souk de Laghouat est né.

Le marché de Laghouat recevait toutes sortes de marchandises, des épices, des objets artisanaux, des étoffes soudanaises et asiatiques. Tout y est : Les tissus côtoyaient les chèches, les gandouras, les « ougayates » de femmes, le musc et le parfum d’Orient. Plus loin, ce sont des feuilles de plantes sahariennes et des oignons aux vertus médicinales. On y trouve même des objets précieux, mais gare aux objets paraissant en or. Le troc y était roi et le henné est échangé contre de petits outils, de la laine, du blé et de l’orge contre des brebis et des chèvres. Les belles choses d’antan, hélas,  ont disparu ou sont devenues ternes. La pâleur du site n’a d’égal que le voile noir drainé par tant d’injustices venues de bien loin. Aucun parfum d’Arabie, si fort-soit-il, bien plus fort que le parfum censé faire disparaître les assassinats de Claudius et de Hamlet, ne peut effacer le crime des êtres brûlés vifs à l’entrée de l’Oasis. Les deux mille cinq cents martyrs restent encore vivants, parce que éternels et vivaces sentent l’encens du paradis éternel.

Le combustible traditionnel n’y est pas absent avec la présence des petites bottes de bois, le « Rimth », arbrisseau des hauts plateaux et des contrées sub-sahariennes. Le grand souk local offre aussi le beurre rance de brebis. Le pays des autruches exterminées par la chasse à outrance ne fournit plus leurs plumes et leurs œufs. Il ne faut point oublier le charbon local dont la fabrication traditionnelle, hélas, détruit, à partir de l’embrasement volontaire d’un arbre entier, la végétation déjà chiche de ces régions. L’utilisation de crottes de chameaux était un moyen de faire un feu très vivace, de haute température avec un brasier d’un rouge très vif. L’huile d’olive et les figues sèches, prisées, sont ramenées de Kabylie par les commerçants ambulants.

          Le Souk fournit aux connaisseurs le « Djerbi el Aghouati », la cape nuptiale locale blanche indissociable  du trousseau des jeunes mariées du Ksar; d’une blancheur inégalée, tressée à la main par des tisseuses expertes dans la pure laine de mouton.  Plus jeune est la brebis, plus le poil est soyeux et d’une douceur voluptueuse. Les tapis, les burnous, les cachabias, aux fils de laine teintés dans les maisons avec des produits naturels « El Katssa », à base d’écorces de grenades jaunes sont pittoresquement  exposés attirant les visiteurs. 

          Un carrefour de civilisations, de  brassage des cultures s'établit à la faveur du transit des gens et l’échange de marchandises.

Laghouat, la capitale saharienne devient un centre de rencontre de civilisations. Son satellite, l’agglomération d’Aïn Madhi constitue le pôle religieux musulman qui étend ses influences dans les profondeurs de l’Afrique. Son Infitah sur le monde extérieur s’est réalisé grâce au dynamisme du chef spirituel de la confrérie Tidjania, le Cheikh Si Ahmed dont la démarche a permis, à son époque, à une soixantaine de millions d’Africains d’embrasser l’Islam.

L’Emir Abd El Kader, en homme d’Etat, guerrier, diplomate, homme de lettres et chef spirituel de la Nation algérienne moderne, avait bien compris l’intérêt stratégique de la Forteresse de Laghouat. Son séjour à la tête de son armée dans la région avait une signification particulière dans la lutte contre l’invasion. Les Roumis ont, eux aussi, saisi que la conquête du continent ne pouvait se faire sans la domination de ce Ksar incontournable. L’Emir a commis, sur les conseils douteux de Léon Roches, secrétaire et espion, une erreur stratégique, en assiégeant la grande Zaouïa en 1838 pendant neuf précieux mois.

L’aliénation de la porte saharienne, l’Oasis de Laghouat implique la main mise sur la grande Transsaharienne, le Sahara et l’Afrique.

Il y a dans l’esprit de n’importe quel nouveau venu dans cette première palmeraie du Sud, la nette impression d’être devant une porte ; Une porte ? »

 

Ahmed Benmessaoud

 

MERCI mon ami si Ahmed de nous avoir donné la primeur de publier quelques extraits de votre projet d’ouvrage. C’est un grand honneur pour nous de vous publier. Vous vous êtes « imposé « au blog en un temps record, grâce à vos réflexions judicieuses et toujours bien à propos et également à votre excellent style qui n’a rien à envier aux meilleurs écrivains d’ici et d’ailleurs.

Je vous dis Bravo et vous encourage à terminer votre ouvrage qui enrichira la bibliothèque des nombreux ouvrages publiés ces derniers temps par nos compatriotes.

M.Hadj-Aissa

Publié dans Ahmed Benmessaoud

Commenter cet article

Un visiteur 31/12/2015 09:42

vous avez évoquer l'Emir Abdelkader mais surtout n’oublie pas les Hommes (H) et les Femmes (F) qui ont contribuer à l'édification de cette Oasis. C'est vraiment beau et marquant ce que vous faite ya Si Ahmed.

Une amie 30/12/2015 19:33

Pour cette nouvelle année 2016, je vous souhaite de réussir la publication de votre ouvrage.

Soukehal Djamal Abdenasser 31/01/2015 08:31


Bravoooo ! .....

LAGHOUATI 31/01/2015 09:15



BRAVOOOOO ! J'ajoute un cinquième 0 , toi tu n'en as que quatre



BENAYA AHMED 02/12/2012 20:49



Mustapha 01/12/2012 19:55


Très belle dissertation, avec un gout de la juste mesure, pureté et clarté du style. Felicitations avec mes sincères encouragement pour votre nouvel ouvrage.

TADJ 01/12/2012 17:39


un grand BRAVO pour votre extrait si captivant de cet ouvrage et dans l'attente de sa publication encore une fois merci

makhlouf 01/12/2012 16:09


je vous encourage vivement à publier votre texte qui est d'excellente facture.Il enrichira certainement les documents sur Laghouat.