Laghouat in "Encyclopédie de l'islam" par G.Yver et Ali Merad

Publié le par MOHAMED BEN CHIKH AL -AGHOUATI

Laghouat in "Encyclopédie de l'islam" par G.Yver et Ali Merad

Me vifs remerciements à notre frère Si H’mida Mimouni , frère de notre regretté Si Abdelkader Mimouni dont il  nous a fait une très belle biographie que nous avons publiée sur le blog ( et que vous pouvez consulter ), pour nous avoir envoyé une seconde collaboration :l’article de »l’encyclopédie de l’islam » à propos de la ville de Laghouat. Cet article a été rédigé  conjointement par G.Yver et notre compatriote  le professeur Si Ali Merad , oncle maternel de notre vieil ami  Boubakeur Bensenouci .

 

Monsieur H’mida m’a rappelé que le 05 avril était la date

du 49 ème anniversaire du décès de si Abdelkader , à cette occasion nous levons nos mains au ciel pour demander à Allah le tout-puissant de lui accorder sa sainte miséricorde et de lui ouvrir toutes grandes les portes de son paradis ,AMIN.

 

Mohammed Ben Chikh Al-Aghouati

 

LAGHOUAT (AL AGHW‘T), ville et oasis algérienne, chef-lieu de wilâya (département) à 420 km au Sud d'Alger (o° 30' E. (Paris), 33° 48' N. Altitude : 787 m). Anciennement chef-lieu de l'un des quatre «Territoires du Sud » formant le ter­ritoire de régime militaire en Algérie, jusqu'à la réforme instituée par la loi du 20 septembre 1947 (Statut de l’Algérie). Par sa position géographique, commandant la défense du Sahara, autant que par les souvenirs attachés à l'histoire mouvementée de sa conquête par les Français (1844-1852), sans oublier son attrait touristique, Laghouat a fait l'objet de nombreuses études (voir Bibl.). D'autre part, elle occupe une place de choix dans l'histoire culturelle et religieuse de l'Algérie contemporaine, notamment comme l'un des tout premiers centres de rayonnement du réformisme orthodoxe des Salafiya [q.v].

Population - Par sa situation isolée aux portes du désert, fort loin des principales zones d'activités économiques du Nord, Laghouat a longtemps végété comme oasis repliée sur elle-même. Son économie en vase clos se limitait aux ressources agricoles de la palmeraie, complétées par un artisanat local (tissage de la laine) et l'élevage du mouton selon d'antiques usages d'association entre Laghoua­tis et Bédouins des tribus avoisinantes (Larbâ’ et Mkhâlîf). Dans cette stagnation économique, la population n'a évolué qu'à un rythme très lent : de 7.000 en 1928, à 11.999 en 1954, le taux de croissance est inférieur à celui du reste de la population musul­mane de l'Algérie. Avec l'indépendance (1962), et malgré le départ des Européens (un millier de personnes) et de la communauté israélite (environ 600 âmes), la population de la ville connaît un accroissement spectaculaire, grâce à l'influx économique engendré par l'industrie des hydrocarbures (notamment les prospections et l'exploitation du gisement de gaz naturel de Hâsî Rmel, l'intense trafic routier vers les champs pétrolifères du grand Sud).

Situation. - La ville et l'oasis sont situées sur la rive droite du wâd Mzi, qui descend du Djabal ‘Amûr pour aller se perdre dans le Shatt Malkhir, dans le Sud Constantinois. Les quartiers anciens s'étagent sur les deux pentes de deux mamelons rocheux, contreforts du Djabal Tizgrârîn. La ville neuve se développe au Nord-ouest de ces collines, et gagne de plus en plus sur la palmeraie. L'oasis proprement dite s'étend en demi-cercle au Nord-ouest et au Sud-est de la ville. La partie Nord-ouest est la plus importante et comprend à la fois la palmeraie et des champs de céréales. Les palmiers (une quarantaine de milliers) produisent des variétés d'excellentes dattes (à l'exclusion de la fameuse daglat nûr) et constituent l'un des principaux sup­ports de l'économie locale. Par sa position sur l'axe central Nord-Sud (Alger-Sahara), devenu une artère vitale pour l’Algérie indépendante, et par sa situation entre le Sud Oranais et le Sud Constantinois, au point de divergence des routes conduisant, à l'Ouest chez les Awlâd Sidi 1-Shîkh, à l'Est vers les Ziban et Biskra, au Sud vers le Mzâb (domaine ibàdite), puis vers les champs pétrolifères (Hâsî Mas’ûd), d'une part, et vers la grande voie da pénétration africaine, la Transsaharienne, d'autre part, La­ghouat est au centre d'un réseau d'échanges consi­dérables.

Histoire - Au IVe/Xe siècle, il existait déjà sur les bord, du wâd Mzi une localité dont les habitants, après avoir reconnu l'autorité des Fâtimides, participèrent à la révolte d'Abû Yazîd al-Nukkârî [q.v.] La région voisine était parcourue par des populations berbères appartenant à la famille des Maghrâwa [q.v.] (cf. Ibn Khaldûn, Kitâb al-‘Ibar, Alger 1851, I, 64; éd. Beyrouth, 1956-9, VII, 96 ; Mc G. de Slane, Histoire des Berbères …, III, 273).L’invasion hilâlienne amena dans ces parages d'autres tribus de même race, notamment les Ksel, chassés du Zâb, qui fondèrent un village appelé Ben Bû‘ta (la nisba « al-Bû‘tî » est encore attestée à Laghouat). D'autres ksour (Bû Mendala, Nadja, Sidi Mîmûn, Badla, Kaçbat Ftû‘h) furent bâtis par d'autres émigrés, les uns d'origine arabe (Dwâwda, Awlâd Bû Zayân), les autres venus du Mzâb. L’ensemble de ces agglomérations fut désigné par le nom de Laghwâ‘t/ La‘kwâ‘t, cette dernière orthographe étant la seule à correspondre réellement à la prononciation courante dans le dialecte laghouati. La forme mo­derne al-aghwâ‘t dénote un souci d'harmonisation avec les paradigmes de l'arabe classique (cf. le modèle af‘âl) ; or le vocable classique ghaw‘t /ghâ‘t plur. Aghwâ‘t est totalement étranger à l'usage linguistique de Laghouat et de ses abords. En dépit du sentiment de l'arabité qui imprègne la conscience collective, un vieux fonds berbère est encore attesté sous des formes diverses : onomastique : de nombreux patronymes cités par Ibn Khaldûn (cf. supra.) continuent d'être portés à Laghouat et à l'entour; toponymie : les noms de lieux à consonance berbère dans la région de Laghouat sont trop nom­breux pour être cités (cf. les cartes détaillées) ; domaine agricole : le vocabulaire technique de la culture du palmier comporte des termes de souche berbère, notamment pour désigner des variétés de dattes nobles (timdjûhret, tizzâoet, taddâlet etc.) ; domaine social : la twîza (berb. thiwizi) a long­temps été une forme d'entraide collective ritualisée (travaux domestiques : tissage de la laine; travaux saisonniers de l'oasis ou des champs) ; folklore : les anciens antagonismes entre Berbères sédentarisés et tribus arabes s'expriment encore à travers un folklore satirique perpétuant une image plus ou moins caricaturale des «Arabes» (entendez les Bédouins).

Nous sommes peu renseignés sur l'histoire sociale et politique de Laghouat jusqu'au XVIIIe siècle. A la fin du XVIe, elle payait tribut au roi du Maroc. En 1666, les ksour de Badla et de Kaçbat Ftûh furent abandonnés. En 1698, un saint homme ori­ginaire de Tlemcen, Sidi 1-‘Hadjdj ‘Îsâ, s'établit à Ben Bû‘ta et chercha à réconcilier les différents partis en présence. Son autorité morale s'étendit aux gens des trois autres ksour ainsi qu'à la tribu voisine des Larbà’. Sous sa direction, les gens de Laghouat défirent les habitants du ksar al-‘Assafiyya, mais se virent contraints de payer tribut au sul­tan du Maroc, Mawlay Ismâ‘îl (1672-1727 [q.v.]), qui vint camper sous les murs de la ville en 1708. Après la mort d’al-‘Hadjdj ‘Îsâ, patron de la ville (1151/1738), l'histoire de Laghouat se réduit à celle des affrontements de deux partis qui se disputent la prépondérance politique et religieuse : les Awlâd Ser‘kîn, habitants du quartier Sud-ouest, d'obé­dience Tidjâniyya [q.v.] et les A‘hlâf, du quartier Nord-est, pour la plupart affiliés à la ‘Kâdiriyya [q.v.]. Au cours de ces luttes intestines qui ensanglantaient périodiquement l'oasis, les Turcs par­vinrent à faire reconnaître leur suprématie. Dès 1727, le bey du Ti‘tri avait en effet imposé aux ksouriens une redevance annuelle. D'autre part, les Mzabites, expulsés de l'oasis où ils avaient acquis une partie des jardins, formèrent avec les nomades du Sud une confédération dont les Laghouatis triomphèrent grâce à l'appui des Larbà‘ (1752). Cet épisode mémorable semble avoir mis fin à une longue guerre de religions, par l'élimination définitive de l'Ibâdhiyya [q.v.] d'une oasis uniment attachée à l'orthodoxie mâlikite, par-delà ses discordes an­cestrales. Vers la fin du XVIIIe siècle, les Turcs s'efforcèrent de rétablir leur suzeraineté, dont les Laghouatis s'étaient affranchis peu à peu. Des ex­péditions militaires furent entreprises pour la levée annuelle des impôts, avec plus ou moins de succès, par le bey de Médéa, puis par le bey d'Oran (1784 à 1802). Tour à tour, les A‘hlâf et les Awlàd Ser‘kîn furent l'objet des complaisances ou des représailles du pouvoir beylical.

Les deux partis rivaux ne tardèrent pas à se réorganiser avec leurs alliés respectifs, et les af­frontements reprirent de plus belle, jusqu'au jour où le chef des A‘hlâf, Ahmad b. Sâlim, après s'être allié par mariage à l'une des principales familles Ser‘kîn, se rendit maître de Laghouat et des ksour voisins (1828). Après une certaine période de tran­quillité, Laghouat se trouva impliquée dans la lutte de l’amîr ‘Abd al-‘Kâdir contre les Français. Le chef des Awlâd Ser‘kîn, al-‘Hâdjdj al-‘Arbi (descendant du saint patron de la ville), fut nommé khalîfa par l'amîr; mais il ne put se maintenir et dut fuir au Mzàb. Son successeur, ‘Abd al-Bâ‘ki, ne fut pas plus heureux, quoiqu'il disposât de 700 ré­guliers et d'une pièce d'artillerie. Sa politique se heurta à l'opposition des notables et suscita l'émeute ; il dut quitter Laghouat (1832). Al-‘Hâdjdj al-‘Arbi fut nommé khalîfa pour la seconde fois. La même année, l'amîr ayant dû lever le siège de ‘Ayn Mâdhi (qui durait depuis huit mois), pour regagner le Tell, Ahmad b. Sâlim et ses partisans en profitèrent pour reprendre le dessus. Le khalîfa  al-‘Hadjdj al-‘Arbi fut renversé, puis rattrapé à Ksar al-‘Hirân, où il fut tué (1839). Redevenu ainsi maître de Laghouat, Ahmad b. Sâlim entra en relations avec les Français (Col. Marey-Monge) pour faire reconnaître son titre sur le Sud algérois (mars 1844). Ce protectorat con­stitue la première étape dans le processus d'occupa­tion de Laghouat, dont les épisodes seraient trop longs à résumer (cf. R. Le Tourneau, Occupation de Laghouat par les Français (1844-1852), dans Etudes Maghrébines. Mélanges Ch.-A. Julien, Paris 1964, III-36). A la suite de plusieurs expéditions (1844, 1847, 1852), la ville fut prise de vive force le 5 dé­cembre 1852, au prix de lourds sacrifices de part et d'autre (plus de 2.500 morts). La prise de Laghouat (sous les ordres du Gén. Pélissier), fut l'un des épisodes les plus sanglants de la conquête de l'Algérie. Du côté algérien, la mémoire des martyrs devait être honorée sans relâche, sous le couvert d'un rituel mi-folklorique mi-religieux, jusqu'à l'indépendance. Après sa conquête et sa fortification, Laghouat reçut une garnison permanente et devint la base d'opérations des Français dans le Sud.

Dans ses différentes phases, depuis les origines (IVe/Xe siècle) jusqu’au seuil de l’époque contemporaine, l'histoire mouvementée de Laghouat est à l'image de l'histoire générale :

a - du Maghreb Central, tel que le dépeint l'historien Ibn Khaldûn : une anarchie chronique, sans répit pour les populations, dont l'existence s'épuisait dans une lutte perpétuelle pour la survie, en dehors de toute am­bition d'ordre économique et culturel et de tout projet de civilisation ;

b - de l'Algérie moderne sous tutelle ottomane. Comme toutes les agglomérations ou tribus échappant à l'emprise directe du pouvoir central (Alger) et de ses beyliks (Oran, Médéa, Constantine), Laghouat n'avait que de lointains rapports avec l'administration turque, que seule intéressait la levée des impôts (dont la régularité était fonction du rapport des forces entre la puissance suzeraine et ses vassaux) ;

c - l'Algérie française. Après une dure conquête et une longue période de pacification, l'oasis de Laghouat sera pendant près d'un siècle tournée vers le Sahara, comme chef-lieu de l'un des quatre «Territoires du Sud» sous comman­dement militaire. Les populations de Laghouat et de sa région vécurent ainsi en marge de l'Algérie du Nord, sans pour autant s'imprégner de l'influence française. Faute d'une volonté politique et de moyens suffisants, la «conquête morale» par l'école et l'exer­cice des libertés républicaines apparaissaient comme un mythe incompatible avec les réalités coloniales. jusqu'à la période de l'entre-deux-guerres (cf. la célébration du Centenaire de l'Algérie, en 1830), la diffusion de la langue et de la culture françaises atteignit des proportions insignifiantes, y compris au sein de la communauté juive autochtone. De ce fait, les caractères traditionnels de la société musul­mane de Laghouat furent presque intégralement pré­servés. Par ses attaches naturelles avec les milieux bédouins avoisinants (en raison d'impérieux besoins d'ordre économique), par la permanence des supports spécifiques de la culture religieuse (mosquées : une douzaine ; écoles coraniques : une vingtaine), et la densité de l'implantation maraboutique (Tidjâniyya, Kâdiriyya, Shâdhiliyya, etc.), Laghouat se trouvait puissamment armée dans sa résistance culturelle à ]'Occident. Ces traits socio-culturels devaient être renforcés, dans les années 1920, par la prédication réformiste des Salafiyya. En effet, grâce au prestige et à la forte personnalité du shaykh Mubârak al-Mîli (1897-1945), Laghouat devint (à partir de 1927) l'une des premières places fortes du mouvement réformiste en Algérie, sous l'impulsion de l'Association des ‘Ulamâ' Musulmans Algériens et de son leader, le shaykh ‘Abd al-‘Hamid b. Bâdîs [q.v.] (cf. A. Merad, Le Réformisme. Musulman en Algérie . . ., Paris 1967, 199 sq.)­

Bibliographie : Outre les références données par G. Yver dans l'art. Laghuat de l’EI1, III, 5, voir : Gal du Barrail (un des acteurs de la prise de Laghouat en 1852), Mes Souvenirs, Paris 1896-8 (3 vol.); E. Hurlaux, L'Algérie. De Laghouat à Ouargla. Notes et Souvenirs, Alger 1904 ; Ministère de la Guerre, L'Afrique Française du Nord. Biblio­graphie Militaire, Paris 1935, fasc. 2, 280, nos  3463-8 ; E. Dermenghem, Le Pays d'Abel, Paris 1960 (Bibl., 200) ;        O. Petit, Laghouat. Essai d'Histoire Sociale, Paris 1967 (thèse inédite).

(G. Yver [A. Merad])

 

 

Publié dans HISTOIRE

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Soukehal Djamal Abdenasser 27/11/2015 07:55

Merci ....de me rappeler la ville que j'ai aimée ....que j'aime .....que j’aimerai ...

Soukehal Djamal Abdenasser 08/11/2014 22:25


les origines amazigh de cette ville martyre, belle et rebelle ...sont ainsi définies ....

DJOUDI HADJ ALI BEN BELKACEM 06/04/2010 14:21



Merci  à Si  H’Mida
pour cette encyclopédie de l’Islam  très précieuse et complète sur Laghouat. Si H’mida est une icône et un repère qui détient une grande partie de
l’histoire de Laghouat avec une très grande modestie, je l’est toujours écouté avec patient lorsqu’il parle de Laghouat et en reconnais tout de suite
sa passion et son amour pour la ville qui l’a vu naitre.  


Je saisie l’occasion pour prier Dieu le tout puissant d’accorder à Si Abdelkader sa miséricorde et de
le Considérer  parmi les Prophètes et les Chouhadas
dans son vaste paradis.    


HADJ ALI DJOUDI BEN BELKACEM