Monsieur Odmon-par Lazhari Labter-

Publié le par LAGHOUATI

 

 

par Lazhari Labter, jeudi 31 mars 2011, 10:47

Monsieur Odmon

 

De Monsieur Odmon, mon instituteur de CM2 à l’école primaire Schtett du nom de l’un des deux plus vieux quartiers de Laghouat, je garde trois souvenirs : son admiration pour Saint-Exupéry, son indulgence pour mes « dessins » et sa façon de manger la bouche fermée.

      Sur l’auteur du Petit prince, il était intarissable. Et sur le pilote aussi. Il admirait aussi bien l’écrivain que l’aviateur « aventurier », un héros à ses yeux, ce qu’il était d’ailleurs. Un jour, il nous révéla qu’il était lui-même pilote. C’était chose incroyable pour nous et devant nos yeux hébétés, il sortit un casque de pilote de sous le bureau pour nous prouver qu’il disait vrai. Avait-il choisi la ville de Laghouat parce que Saint-Exupéry y séjourna, à l'hôtel Transat, près de deux mois, du 5 mai au 2 juillet 1943,  s'y entraîna sur le Lightning P38 et y devint commandant ? Je ne le saurai sans doute jamais.

     J’étais très bon élève chez Monsieur Odmon. Pas terrible en calcul mais toujours en tête en français. Et en dessin. Mes dessins dont j’aurai  honte aujourd’hui plaisaient tant à Monsieur Odmon qu’il me les achetait 20 centimes. Avec du recul, je crois qu’il ne faisait ce geste que pour m’encourager et non parce que mes dessins avaient une quelconque valeur pour lui. 20 centimes, ça n’a l’air de rien, mais pour un gamin des années soixante, issu d’une famille pauvre, c’était une petite fortune. En tous cas, cela me permettait d’aller au cinéma me régaler d’un péplum ou d’un western ou d’acheter une des bandes dessinées dont je raffolais.

    Dans la classe située au premier étage, juste au-dessus du bureau du directeur (une terreur, ce directeur !) où notre avenir se jouait entre la réussite de l’examen d’entrée sixième ouvrant les portes du lycée et le certificat de fin d’études donnant directement sur la rue, monsieur Odmon, comme tous les jours que Dieu fait, à midi, l’heure d’aller à la cantine, distribuait les morceaux de pain qui permettait, dans la grande cours, assis à même le sol, d’accompagner l’assiette de lentilles, de pois chiches ou de haricots ou parfois simplement le morceau de chocolat noir, la portion de fromage ou l’orange.. Un jour, un seul, je le vis prendre un morceau de pain, en arracher une miette qu’il porta à sa bouche. Voir son instituteur respecté manger devant ses élèves, c’était tout bonnement incroyable. Fasciné, je le regardais mâcher lentement le petit morceau de pain, la bouche fermée.

     Je n’ai jamais rêvé de devenir pilote, j’ai dessiné et peins pendant longtemps, je lis toujours des livres et depuis ce jour je ne mange jamais la bouche ouverte.

 

 Extrait de La Cuillère et autres petits riens de Lazhari Labter, Editions Lazhari Labter, Alger, 2009,  Editions Zellige (préface de Yasmina Khadra), Paris, 2010.

 

Publié dans LAZHARI LABTER

Commenter cet article

Slimani Mohamed 13/08/2011 07:54



C'est sublime...


Ecrire de la sorte ne peut parvenir que d'un génie de l'écriture,un mélange de nostalgie,d'amertume et de bonheur.Loin de vous flatter vos écrits me rappellent Marcel Pagnol.Comme vous
adorateur de notre belle oasis j'ai écrit un poème sur Laghouat ainsi que des textes en prose.


Je voudrais avoir votre e-mail si c'est possible. "Saha Ramdankoum".


 Slimani Mohamed Laghouat. 



MOHAMMED HADJ AISSA 13/08/2011 15:28



saha ramdhanek si Mohamed , je vous félicite pour votre adoration de notre belle oasis. Mon adresse mail c'est mhadjaissa2003@yahoo.fr



Soukehal Djamal Abdenasser 31/03/2011 19:36



Ah ! la cantine. Le moment tant attendu par nous pauvres collégiens du CEM du Shettet, c'était 12 H 00, l'heure de la cantine. Avec Madame Noillac Femme du consul de France à Laghouat, notre prof
de maths, on était les premiers servis. Le vieux chargé de la cantine était célèbre par ses cris stridents appelant notre Directeur à venir à son secours : Ya Kadda........... quand nos
héros Parisien et Tikouk se mettaient de la partie pour chiper les morceaux de viande de la Loubia.



Youcef Laghouati 31/03/2011 16:44



Oui je me rappelle bien de cette promotion dont je faisait partie; Edmon, Leurson, Broussi, Karsenac et tous les autres; j'espère que mon fils Labter Lazhari n'a pas oublié son instituteur de CE1
Bourezg Youcef dit Laghouati.



LAGHOUATI 31/03/2011 17:40



s'il est un visiteur de notre blog , il ne manquera pas de nous le dire