Nostalgie des lieux Par Mohamed-Seddik LAMARA

Publié le par LAGHOUATI

Nostalgie des lieux

Par Mohamed-Seddik LAMARA

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Mon cher MHAL, ton attendrissant appel nostalgique par lequel  tu as exprimé le langoureux éloignement de tes amis et de Gneifid où vous vous retrouviez pour noyer l’ennui de l’existence, est celui la même, qu’en ce  matin de grisaille, j’ai lancé face à la mer houleuse. Me manquent, à moi aussi, les « qaadat » d’antan autour d’un feu de bois en compagnie d’amis sincères pour égrener les souvenirs d’un passé où tout était à hauteur d’homme : la parole mesurée, le geste naturel, le rire vrai, la pensée loyale et, au bout, cette paix, ce soulagement, cette harmonie des cœurs épris d’espérances bravant la soumission aux viles choses de ce bas monde. En effet, quoi de plus beau, quoi de plus apaisant que de s’éblouir en lisant dans les yeux des vrais amis cette lumière invitant au partage de la fraternité dans un monde hélas, de plus en plus assombri par l’égoïsme et le repli sur soi.

Face à la mer, mon appel enveloppé dans les embruns salés, me revint cinglant mon visage. Il n’a pu aller au-delà des moutonnements de la houle rageuse. Le sac et le ressac des eaux écumeuses  tel un métronome battaient le rythme de l’existence parfois, douce, souvent tumultueuse et amère. Avancées et reculs, inlassables va et viens jusqu’au fracas final où tout se désintègre. Je me suis arrêté  pour deviser avec des pêcheurs téméraires. Autour  du brasier crépitant, ils se désolaient de la rareté du poisson ayant, lui aussi, fui les rivages souillés. Le vent s’apaisa pour un temps. Le feu se consume dans le silence retrouvé. Puis s’affaisse en un tas de cendres qu’une brise fugace vint soulever pour l’ajouter au néant.

 

·         Rainer Maria RILKE   (1875-1926)

 

Ô nostalgie des lieux...

Ô nostalgie des lieux qui n'étaient point 
assez aimés à l'heure passagère, 
que je voudrais leur rendre de loin 
le geste oublié, l'action supplémentaire !

Revenir sur mes pas, refaire doucement 
- et cette fois, seul - tel voyage, 
rester à la fontaine davantage, 
toucher cet arbre, caresser ce banc...

Monter à la chapelle solitaire 
que tout le monde dit sans intérêt ; 
pousser la grille de ce cimetière, 
se taire avec lui qui tant se tait.

Car n'est-ce pas le temps où il importe 
de prendre un contact subtil et pieux ? 
Tel était fort, c'est que la terre est forte ; 
et tel se plaint : c'est qu'on la connaît peu

  

 

 

Publié dans Med Seddik LAMARA

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lamara 20/01/2015 23:04

Comme toujours mon cher Soukhal, tu apportes la touche qu'il faut. Tu es comme feu ton père Allah yarhmou, apporter le gréfon qui embélit l'arbre de...la douce nostalgie. MSL

Soukehal Djamal Abdenasser 20/01/2015 18:20


Nostalgie :


Joachim Du
Bellay (Liré
1522-Paris 1560)



Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison, 
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge ! 

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison 
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province et beaucoup davantage ? 

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux
Que des palais romains le front audacieux, 
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin, 
Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.


Les Regrets