Ramadhane à Laghouat : entre petite avancée et grand recul - par notre ami Ahmed Benaya-

Publié le par LAGHOUATI

Ramadhane à Laghouat : entre petite avancée et grand recul

31/08/2010 à 14:23

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Il y a deux ans, j’avais rédigé au profit d’un autre Blog cette modeste contribution dans laquelle je stigmatisais l’évolution fâcheuse et dérapante vers laquelle nos traditions ramadanesques laghouaties se sont malheureusement fourvoyées .Aussi incroyable que cela puisse paraître, ces stigmates sont encore d’actualité et consacrent bel et bien la plaisante expression attribuée aux reçeveurs des bus algérois « Avancez  en arrière ! ». Aussi, je laisse à mes amis et lecteurs du blog SIDI HADJ-AISSA, le soin d’en apprécier le contenu. :

« ….En parcourant votre dernier commentaire sur vos souvenirs ramadanesques de Laghouat, vous avez ravivé en moi des réminiscences de cette époque de bonheur insouciant. Rien qu’à répéter la Doukana, ce piédestal, œuvre exécutée exclusivement par des mains candides et innocentes pour y délimiter leur propre territoire, leur propre "No Adult’s Land", j’ai eu la gorge nouée et me suis senti écrasé par une forte émotion. Ah, notre enfance, cette belle époque, ce printemps immarcescible de notre vie d’ici-bas, comment ne pas y penser ? Comment ne pas y ressourcer doucereusement et pleinement jusqu’à l’overdose devant le conteste temporel d’aujourd’hui ou"tout le monde, il est laid, tout le monde, il est méchant et agressif" alors qu’il n y a pas longtemps ici à Laghouat "tout le monde, il était beau, tout le monde, il était gentil et bienfaiteur" ?

Ramadan 2008 dans notre contrée du sud, c’est presque un non –événement, Insipide comme sa chorba, il n’a ni saveur, ni goût ; et s’il n-y avait pas le son des hauts parleurs qui diffusent  la prière surérogatoire du Taraouih, les journées se seraient passées comme ordinaires. Et oui, les temps ont changé et les gens aussi, malheureusement. La coriandre n’exhale plus son odeur agréable qui taquinait auparavant nos narines et le café dont l’arôme se mêlait au doux parfum de l’armoise (Chih), n’est ni torréfié, ni moulu à la maison. A la galette bien pétrie et bien levée s’est substitué le pain industriel qui au premier détour se transforme en un véritable caoutchouc. La Zlabia croustillante et dégoulinante de miel n’est plus confectionnée exclusivement  par les mains expertes de cet homme chétif à la calotte tunisienne et au port altier et qu’on appelle Mabrouk Tounsi mais également et tragiquement par des va-nu-pieds qui vendent des pâtisseries orientales douteuses préparées dans des garages où s’entremêlent  les victuailles avec toute la panoplie relative à la préparation de la campagne Labour Semailles…La Doukana dites-vous ? Oh l’Acropole des chérubins, le Parthénon de leur chef-d’œuvre, le Panthéon de leur perfection architecturale et le lieu de leur sénatus-consulte, ce n’est qu’un lointain souvenir ! Attila et ses Huns locaux ont eu raison de ce pattern comme ils ont eu raison il y a deux décades, de notre BAB EDZAIR. A la place de ces Doukana, se sont substitués des monticules d’immondices et de détritus rendant l’atmosphère intenable et où les adultes s’y plaisent et s’y complaisent allégrement. Il est vrai cependant si j’ose paraphraser Hilary Clinton, d’affirmer qu’il faudrait toute une…Doukana pour éduquer présentement un enfant à Laghouat !!!—

Les jeux populaires de nos Ramadans d’enfance ? Ceux qui faisaient partie intégrante de notre patrimoine culturel Laghouati- ? Ah, il n’en subsiste aucun car les adultes de par leur attitude égoïste, paresseuse et soi-disant moderniste n’ont pas su  conserver ce noble héritage de nos ancêtres. Les petites filles ne jouent plus aux osselets (l’Kaâb), jeu par lequel la joueuse devait faire montre de toute sa dextérité pour ne pas laisser tomber quatre éléments accrochés dans la  paume de sa main tout en jetant simultanément le cinquième en l’air et le récupérer ensuite. Les jeunes- et les moins jeunes ne jouent plus, non plus les parties passionnées et passionnantes du SIG, ce jeu qui se jouait au moyen de bâtonnets confectionnés à partir des tiges des branches de nos séculaires palmiers dattiers. Le Chach-Bach, ce jeu qui suscitait la passion de nos vieux et qui se jouait exclusivement au seuil de la boucherie Baayou à la place des Oliviers (Rahbet Ezeitoune) s’est étiolé au fil des temps- Et que dire des autres jeux tels que Bou-tlatha, Leêb Damma, Leêb Mlat, la marelle et la corde pour les fillettes ? Tous ont quitté les lieux-céants pour s’en aller se sacrifier sur l’autel de l’indifférence et de l’oubli—

Oui, , l’éthique de Ramadan a complètement changé de donne; il n’a y a plus de Zog Etter, cette forme sublime de solidarité enfantine, plus de Maârouf Echadia, plus de soirées musicales de Thouria, plus de Baroud Laghouati, plus de ghaita de Cheik Bourahla-

Certes, Laghouat est plus illuminée aujourd’hui et les gens continuent à aller faire la prière du Taraouih, parfois avec une religiosité tape-à-l’œil parmi les jeunes mais à quel prix ? Pour arriver sainement à la mosquée, il faut slalomer à travers les ordures ménagères et autres immondices jetés à même le sol ou éviter de tomber dans un des nombreux puisards ouverts à l’air libre et par lesquels remontent des eaux noirâtres et nauséabondes et dans lesquelles se pataugent innocemment certains enfants dans l’indifférence  totale de leurs parents qui préfèrent ne pas s’en soucier pour ne pas rater une …Rakaâ. Alors que dire sur cet exemple de comportement qui est l’anti- thèse des préceptes de notre religion sinon de conclure que ce n’est plus le Ramadhan de jadis où une semaine avant son arrivée, on organisait des Touizas pour badigeonner les murs extérieurs des maisons à la chaux vive et nettoyer tous les quartiers à grand eau puisée pourtant, des seguias.

En fin de compte, je peux affirmer sans risque de me tromper que Ramadhan d’aujourd’hui où les Laghouatis en arrivent à faire preuve de laisser-aller et se laissent entraîner vers des tendances dans lesquelles la valeur du"Radjel"se mesure non pas sur sa générosité et son esprit de l’entraide mais sur la grosseur de son porte-monnaie, ce Ramadhan n’est point celui de mon enfance, pardieu!!!  …… »

 

Ahmed Benaya

Publié dans ART ET CULTURE

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Medi 22/05/2017 18:57

après "Laghouat où les maisons entourées de jardins" Jean Mélia 1923

nous voilà

"Laghouat où les habitations entourées d'ordures" 2017

apoka 01/09/2010 00:44



 les blade aibha ala rdjlha  akhla ya laghouat  besbabe malique



LAGHOUATI 31/08/2010 23:45



ce qui me chagrine et m'horrifie le plus c'est l'état de saleté de la ville , c'est à se demander si les autorités locales sortent dans la rue ou bien elles sont soigneusement calfeutrées dans
leurs bureaux climatisés et n'ont aucune idée sur ce qui se passe "dehors"? QUI A UNE REPONSE ?



LAGHOUATI 31/08/2010 16:44



Merci si Ahmed pour ce très bel article . J'évoquais ce matin meme à jnene el beylik ce sujet avec des amis . Ah plus aucune comparaison entre notre époque et la "leur". Tout a été perverti, ils
ont rendu Laghouat une ville anonyme comme il en existe partout en lui faisant perdre toutes ses particularités culturelles.