Souvenir : Merci, Gens d'El-Goléa pour cette noblesse !

Publié le par MOHAMED BEN CHIKH AL -AGHOUATI

Merci, Nouredine d’avoir parlé  de la bonne ville d’El-Goléa et de ses habitants .Vous avez provoqué en moi un retour de mémoire qui date de 1978, année où j’ai été recruté par l’IAP en vue de prendre en charge la sélection et le recrutement des stagiaires pour les métiers du forage. C’était en septembre 1978, exactement le 20 du mois.

J’étais certes nouveau mais je connaissais pas mal de personnes du centre étant donné que je venais, déjà en 1975, mener les opérations de sélection des foreurs   qui étaient soumis à des tests draconiens car le métier était exigeant.

7826588J’avais remarqué parmi les stagiaires présents au centre, un jeune originaire de la ville d’El-Goléa. Il était d’une grande rectitude morale, calme et serein ; aimé de tous stagiaires comme enseignants. Il jouissait d’une grande sympathie et d’un grand respect, il paraissait plus âgé que ses autres camarades alors que réellement ils avaient le même âge.

Le jeune Mohammed avait un contrat avec la SNREAH qui avait décidé de former des techniciens  foreurs pour ses appareils de forage hydraulique
Les stagiaires passaient la moitié de leur séjour sur un appareil de forage ou sonde école qui ne fonctionnait que par eux. La sonde école, grâce aux stagiaires ,réalisait les meilleurs performances de tous les appareils de forage que possédait la DTP , elle en avait 112 ( c’est peu dire ! le plus grand parc d’appareils de forage  du monde). Les stagiaires assuraient les 3 postes par alternance et étaient soumis aux mêmes contraintes que les agents Sonatrach et ne bénéficiaient d’aucune faveur particulière.

Ce soir là, Mohammed était de poste, il devait assurer le poste de 20 heures jusqu’à 4 heures du matin. IL devait rester peu de temps avant que Mohammed et son équipe ne terminent leur poste pour aller prendre un bon somme réparateur. Mais il était écrit que Mohammed n’aille pas rejoindre ses amis au camp d’hébergement. Il restait encore quelques minutes avant la fin du poste quand ce qui devait arriver arriva, la clé pour visser les tiges de forage qui pesait plusieurs quintaux lâcha et atteignit le jeune Mohammed qui est projeté à terre dans un état pitoyable. Il fut transporté en urgence à l’hôpital mais il était dit que c’en était fini des jours de Mohammed, le vertueux.

918747-El Golea-El GoleaLe décès fut constaté le 1er Novembre 1978. L’ensemble du personnel de l’institut n’en revenait pas, tout a été si vite, quelques secondes ont suffi
Mais comment allons annoncer cette triste nouvelle aux parents ; c’est dur ! Nous en avons chargé quelqu’un pour sa grande sagesse et son don inné pour l’éloquence. Il se chargea de la lourde tache avec grand tact.

Une délégation fut constituée par le directeur de l’institut, j'en faisais partie , nous étions chargés d'assister aux funérailles et présenter les condoléances du personnel du centre à la famille du défunt

La distance séparant Hassi Messaoud d'El-Goléa était de 500 km environ. Il nous fallait au moins 7 heures pour arriver à destination, il nous fallait arriver avant la tombée de la nuit pour que les funérailles puissent avoir lieu.
Nous arrivons en fin d'après-midi, le soleil était encore bien haut. On nous indiqua la demeure familiale, nous l'atteignons en quelques minutes. Arrivés devant la maison nous trouvâmes une foule compacte en train d'attendre notre arrivée.
On nous indiqua une mosquée tout près vers laquelle nous nous dirigeames pour la prière des morts.
La prière achevée, il fallait rencontrer le père du défunt pour convenir avec lui du détail de l'enterrement.
Mais nous fumes surpris lorsqu'on nous apprit que le père était parti à son jardin, ne sachant pas à quelle heure nous arrivions. Nous avons donc décidés d'attendre son retour pour la cérémonie d'enterrement mais nous avons été encore plus surpris d'entendre les membres de sa famille nous dire: "il n' y a pas lieu de l’attendre, la nuit va tomber sous peu , le temps presse et l'enterrement selon la tradition doit se faire avant la tombée de la nuit"
 Aussitôt dit, aussitôt fait, le corps fut sorti de la mosquée et la foule se mit à réciter des chants religieux tout en se dirigeant vers le cimetière qui ne se trouvait pas très loin.

ElGoleaCe  n'est que bien après que l'enterrement soit terminé que le père se montra. On nous l'indiqua et nous l'accostâmes pour lui présenter nos condoléances et pour nous excuser de ne pas l'avoir attendu.  Sa réponse toute faite de sagesse et de résignation à la volonté de Dieu , a été une leçon pour nous : " Mais vous n'avez pas à vous excuser , vous avez bien fait, mon fils est certes mort mais la vie ne s'arrête pas , j'ai été à mon jardin pour achever un travail qui ne pouvait pas attendre"
On nous invita à prendre un thé, nous ne refusâmes pas cette aimable invitation. Une fois le thé pris, nous voulions prendre congé de nos Hôtes car nous devions nous hâter de prendre la route pour passer la nuit à Ghardaïa, distante de 250 km.

Mais  pour nos Hôtes il était inconcevable qu'ils nous laisseraient partir sans dîner et passer la nuit. Nous insistons pour partir mais tous les présents se liguèrent pour nous en dissuader.
Nous avons été installé dans "Beit edhiouf" , une grande pièce située à l'entrée de la maison. Une grande Gass'aa de couscous avec une succulente sauce et de la viande d'agneau qui fond à la bouche, ensuite vient le tour du l'ben avec des dattes du jardin de notre hote et de savoureuses oranges qui font la réputation de la ville d'El-Goléa. Le mot de la fin revint au  traditionnel thé préparé sous nos yeux.
Il était l'heure des informations , 20 heures et l'Unique" ( comme elle sera dénommée par la suite) diffuse le journal .Notre hote , contrairement à ce qui se fait ailleurs dans les  maisons qui observent un deuil, alluma la TV : cela été la troisième surprise ( ils n'arretent pas de nous en faire, des surprises). Lorsque nous lui fimes la remarque , notre hote eut cette réponse foudroyante:"Mon fils , ce soir, est l'invité d'Allah , mais vous , vous etes mes invités à moi"

Le repas achevé , nos hotes restèrent avec nous en évitant d'évoquer tout ce qui rappelle le deuil pour ne pas nous gener. ensuite ,sentant qu'ils devaient nous laisser nous reposer après une journée aussi fatigante , ils prirent congé de nous en nous souhaitant une bonne nuit.

oasis-el-goleaLe lendemain , nous nous réveillames très tot parce que nous devions retourner à Hassi-Messaoud . Nos hotes nous préparèrent du café au lait de chèvre et d'appétissants "M'ssemen" que nous dévorerons goulument. Avant de prendre la route , notre hote héla ses enfants d'un geste et ces derniers s'empressèrent et disparurent quelques instants pour revenir chargés de régimes de Deglet nour d'El-Goléa , aussi bonne sinon meilleure que celle de Tolga . Ils chargèrent  prestement les régimes de dattes à l'intérieur de la malle de la voiture et s'en allèrent.

Nous fimes nos adieux à nos hotes tout en les remerciant de leur accueil et de leur générosité et partimes avec le sentiment que ce que nous avons vécu pendant une journée avec ces humbles gens , jamais ne s'effacera de nos souvenirs . Et effectivement ce souvenir m'est resté malgré  les 32 ans qui me séparent de cette journée mémorable.

Merci , Gens d'El-Goléa, pour cette générosité ,
Merci, Gens d'El-Goléa, pour cet accueil,
Merci, Gens d'El-Goléa, pour cette noblesse
Qu'Allah accueille dans son vaste paradis votre fils Mohammed qui a n'a laissé à Hassi-Messaoud qu'amour, compassion ,  piété et grandeur d'ame .



Mohammed Benchikh Al-Aghouati

 

Publié dans Mohamed HADJ AISSA

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Dania 11/02/2016 09:06

C'est une histoire très très émouvante, comme je l'ai déjà lue, je pensais que j'allais pouvoir la parcourir sereinement cette fois ci, mais rien à faire!! La narration et la description des faits sont telles que l'image de l'événement est nette. Un triste sort a été décidé ce jour là, il n'est pas des moindres !! Pres de quarante ans après, on le pleure!!

lamara 05/02/2015 17:22

Mon regretté père me répétait souvent ce ver dont j'ai fait ma devise: ''Nahnou qua mâî el Mouzni wa lâ ya3oudou fina bakhîl'' (nous sommes comme l'eau du Mouzn, et parmi nous il n'y à point
d'égoïste). L'événement d'El-Goléa, mérite de faire l'objet d'une oeuvre littéraire ou filmique pour l'immortaliser. La balle est dans ton camp Hadj, toi qui jouit d'une si grande sensibilité. Je
pourrais te donner un coup de main MSL

Med-Seddik Lamara corrompus 05/02/2015 15:50


Lorsque nous lui fimes la remarque , notre
hote eut cette réponse foudroyante:"Mon fils , ce soir, est l'invité d'Allah , mais vous , vous etes mes invités à moi"


Quelle grandeur d'âme que celle des heumbles
gens d'El-Goléa. Votre vibrant témoignage à leur endroit vous honnore si Mohammed Benchikh. Dès ma prise de fonction, en 1976, en ma qualité de correspondant permanent de l'APS, j'ai consacré ma
première grande mission de reportage à El-Goléa. Fasciné par l'hospiatalité loin d'être feinte de ces hommes dont le destin a, depuis des lustres, été confondu avec les ébats parfois traitres du
vent et du sable, déssinant sur les flancs de l'erg les criconvolutions de leur pugnacité à faire verdir une contrée si rebelle, j'ai opté pour ce titre: "El-Goléa, terre de toutes les mansuétudes". En effet, l'accueil qui m'a été réservé à cette occasion, loin d'être comparable à celle funeste
de l'enterrement de votre jeune compagnon natif de cette belle oasis, était résté gravé dans ma mémoire. Le desert m'a appris que les meilleures vertus naissent dans les vastitudes, surtout
celles des coeurs. Les gens d'El-Goléa ont cette qualité sungulière de vous offrir leur tendresse au point d'oublier d'en laisser un brun pour eux-mêmes. MSL

LAGHOUATI 05/02/2015 16:02



oui nous avons été , moi et mes compagnons, tout simplement éblouis par tant de grandeur d'ame et de piété . Nous étions génés mais nos hotes ont tout fait pour nous mettre à l'aise . Chez les
gens du sud l'hospitalité est quelque chose de sacré . Je n'oublierai jamais ce jour là comme je n'oublierai jamais un certain jour à Bousaada où  j'ai recceuilli , moi et mes enfants , un
acceuil tout aussi généreux . De meme que je ne pourrai jamais oublier l'accueil que j'ai reçu chez ton oncle Allah yarahmou, à Constantine , il y a de cela 43 ans